Tibi phase 3 : les assureurs en 1ère ligne

À l’occasion de VivaTech, Bercy a officialisé le 19 juin 2026 la troisième phase de l’initiative Tibi : 13 milliards d’euros d’engagements sécurisés, dont une large part portée par les assureurs et mutuelles français.

Au total, près de 31 milliards auront été mobilisés depuis 2020. Pour le secteur de l’assurance, ce nouvel acte consacre un rôle d’investisseur stratégique, au service de la souveraineté technologique européenne.

À retenir :

  • Enveloppe sécurisée : 13 Md€ — objectif 15 Md€ d’ici fin 2026.
  • Cumul depuis 2020 : ~31 Md€ mobilisés sur trois phases.
  • Rôle des assureurs : Investisseurs dans des fonds labellisés
  • Partenaires : Une quarantaine d’investisseurs, dont la majorité sont des assureurs et mutuelles.
  • Nouveaux entrants : Carac, SNCF, RATP, Eutelsat.

Un mécanisme qui repose structurellement sur l’assurance

Lancée en 2019 à l’initiative de l’économiste Philippe Tibi, l’initiative éponyme vise à mobiliser l’épargne longue des investisseurs institutionnels, assureurs en tête, vers des fonds de capital-risque et de capital-croissance labellisés.

Le principe est indirect : les acteurs de l’assurance n’investissent pas directement dans les startups, mais dans des fonds spécialisés homologués, qui déploient ensuite les capitaux dans l’écosystème tech.
Ce modèle a trouvé dans l’assurance vie un terrain particulièrement fertile. Les contrats d’assurance vie représentent en France près de 1 900 milliards d’euros d’encours, une ressource longue naturellement compatible avec les horizons de placement du capital-investissement. Florence Lustman, présidente de France Assureurs, l’a rappelé sans ambiguïté lors du lancement de Tibi III.

“L’assurance vie joue un rôle essentiel en faisant le lien entre l’épargne des Français et les besoins de financement de l’économie. Son cadre fiscal doit être préservé afin de maintenir son attractivité et sa capacité à mobiliser l’épargne de long terme. Avec Tibi III, les assureurs poursuivent cet engagement en faveur du financement de l’économie.”
– Florence Lustman, présidente de France Assureurs

Trois phases, 31 milliards : le bilan d’une mobilisation inédite

Tibi III capitalise sur deux cycles réussis. La phase 1 (2020-2022) avait mobilisé plus de 6 milliards d’euros. La phase 2 (2023-2026), annoncée par l’Élysée à VivaTech en juin 2023, avait engagé 7 milliards supplémentaires auprès de 28 investisseurs institutionnels, pour l’essentiel des assureurs et mutuelles.

Au 31 mars 2026, près de 16 milliards d’euros avaient déjà été effectivement investis, au-delà des 13 milliards initialement prévus pour les deux premières phases. À début juin, 176 fonds avaient obtenu une homologation Tibi. Tibi III fixe l’objectif de 15 milliards d’euros levés d’ici fin 2026, ce qui porterait le cumul total à 31 milliards depuis le lancement en 2020.

Tibi III : une inflexion deeptech et souveraineté

La troisième phase marque une inflexion stratégique majeure : 50 % des investissements seront désormais fléchés vers les deeptech, les infrastructures critiques et les technologies dites duales, à usage à la fois civil et militaire. Intelligence artificielle, informatique quantique, biotechnologies, spatial, cybersécurité et technologies de défense constituent les secteurs prioritaires.
Cette orientation répond à une pression géopolitique croissante. En plein VivaTech, la décision de l’administration américaine d’enjoindre l’entreprise d’IA Anthropic à restreindre l’accès de ses modèles les plus avancés aux ressortissants étrangers a relancé le débat sur la dépendance technologique de l’Europe. Le ministre de l’Économie Roland Lescure a présenté Tibi III comme la réponse collective à cet enjeu.

“Cela témoigne de notre capacité collective à orienter massivement l’épargne vers l’innovation et les technologies de rupture, au service de notre souveraineté économique et industrielle.”
– Roland Lescure, ministre de l’Économie

Les assureurs en première ligne : qui s’engage ?

Sur la quarantaine d’investisseurs partenaires de Tibi III, les assureurs et mutuelles constituent le noyau dur, comme lors des deux phases précédentes. Parmi les signataires figurent notamment : Aéma Groupe, AG2R La Mondiale, Allianz France, les Assurances du Crédit Mutuel (ACM), AXA, BNP Paribas Cardif, CNP Assurances, Covéa, Crédit Agricole Assurances, Generali, Groupama, Le Conservateur, MACSF, MAIF, Matmut, Mutuelle de Poitiers, SMA BTP et Suravenir.

La phase 3 accueille également de nouveaux acteurs. Le groupe mutualiste Carac fait son entrée dans le dispositif, aux côtés d’opérateurs d’infrastructures comme la SNCF, la RATP et le satellite-opérateur Eutelsat, signal que la mobilisation de l’épargne institutionnelle dépasse désormais le seul secteur financier pour toucher l’ensemble des grands gestionnaires d’actifs longs de l’économie française.

Une ambition européenne : fonds paneuropéens et capitalisation mondiale

Au-delà des frontières françaises, Bercy affiche une ambition explicitement européenne pour Tibi III. L’objectif est de favoriser l’émergence de fonds paneuropéens atteignant une taille critique mondiale, capables d’accompagner sur la durée les champions technologiques en phase de scale-up.

Le constat est partagé : si l’Europe concentre talents, laboratoires et startups prometteuses, elle manque encore de véhicules de financement comparables à ceux que les marchés américains ou asiatiques offrent à leurs propres champions.

Lutz Diederichs, directeur général de BNP Paribas Allemagne, a illustré ce paradoxe à VivaTech : des centaines de milliards d’euros d’épargne dorment encore sur des comptes courants en Allemagne, sans être investis dans des actions, des obligations ou des projets d’avenir. L’initiative Tibi cherche précisément à corriger ce biais structurel, avec l’ambition d’en faire un modèle continental.
Reste désormais à transformer ces engagements en investissements effectifs. C’est le vrai test de maturité du dispositif : prouver que l’épargne institutionnelle européenne, et assurantielle en particulier, peut devenir un levier de puissance technologique à l’échelle mondiale.

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