Santé mentale : quand l’IA devient un recours

Selon une étude AXA-Ipsos menée dans 18 pays, la santé mentale continue de se dégrader. Si les écrans sont perçus comme un facteur de risque, l’intelligence artificielle devient aussi un recours fréquent.

La santé mentale s’enfonce dans une crise durable. Selon la nouvelle édition du rapport AXA, réalisée avec Ipsos dans 18 pays et publiée le 2 juin dernier, 46 % des personnes interrogées se disent en difficulté ou dans un état de « langueur psychologique ». Dans 10 des 16 pays suivis depuis 2021, les scores de santé mentale atteignent leur niveau le plus bas.

Cette dégradation s’inscrit dans un contexte d’accumulation des facteurs de stress. Selon l’OMS, les troubles de santé mentale concernaient plus d’un milliard de personnes dans le monde en 2025. Dans ce cadre, les usages numériques apparaissent comme un élément important de compréhension, entre exposition aux écrans et recours croissant à l’intelligence artificielle. Les répondants déclarent passer en moyenne 5,1 heures par jour devant des écrans en semaine, hors temps de travail, d’études et week-end. Cette durée atteint 6,4 heures aux Philippines et en Thaïlande. Deux personnes sur trois estiment que cette exposition a des effets négatifs, même modérés, sur leur santé mentale.

Pour autant, les nouvelles technologies ne sont pas seulement perçues comme un facteur de fragilisation. L’étude montre que 61 % des personnes interrogées déclarent utiliser déjà l’IA pour des questions liées à la santé mentale, notamment en Chine, aux Philippines et en Turquie. Cette pratique répond à plusieurs freins identifiés dans l’accès aux soins : 43 % des personnes potentiellement en situation de souffrance mentale n’ont consulté aucun professionnel de santé dans l’année pour en parler. Le sentiment de ne pas avoir besoin d’aide médicale, le coût des consultations ou le manque de temps figurent parmi les principales raisons évoquées.

L’IA est ainsi décrite comme un recours accessible, disponible à tout moment et susceptible d’apporter des réponses rapides. Mais les expériences restent contrastées. Si 55 % des utilisateurs se disent satisfaits des conseils fournis par les plateformes d’IA, 32 % déclarent s’être déjà sentis mal à l’aise face à certains conseils. Plus d’un utilisateur sur quatre, soit 28 %, estime même que certaines recommandations l’ont conduit à adopter un comportement préjudiciable. 

Toutefois, l’adhésion à l’IA reste mesurée. Les répondants semblent conscients de ses limites : seuls 38 % déclarent faire davantage confiance aux plateformes d’IA qu’aux professionnels de santé mentale pour obtenir des conseils.

Le sujet concerne aussi directement l’organisation du travail. Les troubles dépressifs et anxieux sont associés, selon l’OMS, à des pertes de productivité estimées à 1 000 milliards de dollars par an dans le monde. En France, selon le Datascope 2026 d’AXA France, ils constituent la première cause des arrêts de travail de longue durée et représentent plus de la moitié de ces arrêts chez les moins de 30 ans. Les salariés semblent toutefois ouverts à un accompagnement dans l’entreprise : 84 % des répondants, et 88 % des 18-24 ans, se déclarent prêts à participer à des programmes de soutien en santé mentale et bien-être proposés par leur employeur. 

Pour Patrick Cohen, directeur général AXA Europe et Santé, « briser le tabou qui entoure la santé mentale exige que nous allions au-delà d’une approche purement individuelle et que nous la reconnaissions comme le défi collectif qu’elle est devenue ». Il souligne aussi que l’IA joue un rôle croissant dans la prise en charge précoce, tout en rappelant que « ces outils ne peuvent pas se substituer aux thérapeutes ».

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