Face à la faible couverture des forêts européennes contre les tempêtes, AXA Climate a testé un modèle d’assurance fondé sur la data, destiné à mieux mesurer, tarifer et indemniser le risque.
En Europe, parmi les aléas naturels, les tempêtes sont le premier facteur de destruction des forêts : entre 1950 et 2019, les tempêtes ont représenté environ la moitié des dommages recensés. Pourtant, la couverture assurantielle reste limitée : en Allemagne, seuls 1 à 5 % des espaces forestiers seraient assurés contre les dégâts dus au vent. Un angle mort de la protection qui dépasse les frontières allemandes et laisse de nombreux propriétaires d’Europe centrale et du Nord exposés à des pertes financières, alors que les risques climatiques s’intensifient. Pour répondre à cet enjeu, AXA Climate a développé, dans le cadre du projet européen PIISA, un dispositif d’assurance sensible au climat, testé en Allemagne, en France, en Irlande, en Écosse et au Danemark.
Le cœur du modèle repose sur un Wind Power Exposure Index, ou WPEI. Cet indice combine l’intensité du vent, sa direction et la durée de la tempête. Il est associé à une carte de vulnérabilité des peuplements forestiers, intégrant notamment la composition des essences, la structure des peuplements, la hauteur de canopée, la densité d’arbres, la pente et la topographie. Des techniques de machine learning permettent ensuite de classer les parcelles selon leur niveau de vulnérabilité.
Le modèle s’appuie sur les données ouvertes ERA-5 Land de Copernicus, traitées sur plus de 27 000 points historiques afin de calibrer les périodes de retour et d’éclairer la tarification. Cette approche vise à dépasser la seule mesure de la vitesse du vent pour mieux refléter le risque réel à l’échelle des peuplements.
Le cadre a été développé avec des acteurs de la chaîne de valeur, dont AXA Germany et le propriétaire forestier Arco Zinneberg en Bavière. Il a ensuite été testé en Irlande à partir des données de la tempête Eowyn, survenue en janvier 2025, puis validé avec différents niveaux d’analyse en Écosse, au Danemark et en France.
Les simulations de tarification font apparaître une prime indicative d’environ 5 euros par hectare et par an pour une valeur assurée de 1 000 euros par hectare. Ce niveau serait globalement cohérent avec la disposition à payer observée pour l’assurance forestière en Europe.
L’approche paramétrique présente un avantage opérationnel : elle permet une indemnisation plus rapide, sans expertise de terrain systématique après sinistre. Pour les propriétaires forestiers, l’accès à des liquidités en quelques jours peut peser sur les décisions de déblaiement, de replantation et de remise en état des parcelles.
AXA Climate souligne toutefois que ce type de produit ne convient pas nécessairement à tous les types de forêts ni à toutes les expositions. Le cadre combinant aléa, vulnérabilité locale et simulations actuarielles offre néanmoins une base pour développer des solutions d’assurance forestière plus adaptées aux tempêtes.
Le recours à des données disponibles à l’échelle mondiale rend le modèle déployable dans plusieurs régions européennes, sous réserve d’une calibration locale. Pour accélérer la couverture, le projet met en avant la nécessité de partenariats avec des coopératives forestières, des associations nationales et des propriétaires institutionnels actifs dans plusieurs pays.

