Carnet de route : le feuilleton de l’été #3

Cet été, nous vous embarquons dans le Carnet de route de l’assurance engagée, le livre d’Enola Gambey : trente-huit histoires, trente-huit lieux, un tour de France de vies ordinaires bousculées par l’imprévu. Chaque récit s’ancre dans un dispositif engagé bien réel du secteur, et chaque personnage vous mène au suivant. Une histoire par semaine, pour redécouvrir l’assurance en partenaire de vie inattendu.

Léna Diarra pousse la porte de l’open space. Premier jour dans sa nouvelle entreprise, à Nantes. Après quinze ans dans l’immobilier à Vitré, elle a accepté un poste dans le secteur de l’assurance. Un changement de cap, une nouvelle ville, et surtout l’occasion de se rapprocher de son père, qui vieillit seul.

Sa compagne Julie a accepté de quitter Vitré pour la suivre. Elles ont trouvé un appartement dans le centre de Nantes. 

À 42 ans, Léna a appris à compartimenter sa vie. Au travail, elle parle peu d’elle. Quand on lui demande ce qu’elle a fait le week-end, elle reste vague. « Des amis, des balades. » Elle ne ment pas vraiment, mais elle omet.

Dans ses précédents postes, elle n’a jamais parlé de Julie. Pas par honte, par prudence. Elle a vu des collègues changer d’attitude après un coming out. Des blagues, des regards, des promotions qui n’arrivent pas. 

Mais cette protection a un coût. Ne jamais pouvoir raconter son week-end simplement. Éviter les pots où les conjoints sont invités. Surveiller chaque mot. C’est épuisant, à la longue.

Sa première semaine se passe bien. Son manager s’appelle Franck Berthelot, il a la quarantaine, est direct, détendu, et surtout, met les gens à l’aise.

Le vendredi midi, l’équipe déjeune ensemble. La conversation dérive sur les week-ends. Une collègue raconte qu’elle emmène ses enfants au zoo. Un autre parle d’un match de foot. Franck mentionne que sa femme et lui vont voir des amis : « Antoine et son mari, ils viennent d’emménager à côté de chez nous, on leur file un coup de main ».

Léna note. « Antoine et son mari. » Dit comme ça, naturellement, sans appuyer.

Plus tard, elle remarque au cou de certains collègues des cordons de badge aux couleurs arc-en-ciel. Sur quelques écrans, des petits stickers. Elle ne dit rien, mais elle observe.

Les semaines passent. Léna écoute, regarde. Elle entend Clara, du service communication, parler de « ma femme » en réunion. Personne ne sourcille. Elle voit Thomas, de la compta, montrer des photos de vacances avec son copain. Normal, banal.

Un midi, elle déjeune avec Clara. Elles parlent de tout et de rien, puis Clara mentionne leur bébé, né il y a six mois d’une PMA.

– Tu as pu prendre un congé ? demande Léna.

– Oui, dix semaines. L’entreprise propose le même congé parental pour le second parent, peu importe le genre. Ça m’a permis d’être vraiment là les premiers mois.

Léna pense à Julie et elle. Elles ont parlé d’avoir un enfant, un jour. Dans ses anciens postes, elle n’aurait même pas osé poser la question.

Le soir même, Léna rentre à l’appartement.

– Alors, ta journée ? demande Julie.

– Bien. J’ai déjeuné avec une collègue. Elle et sa femme ont un bébé de six mois.

Julie se retourne.

– Elle en parle ouvertement ?

– Oui. Comme tout le monde parle de sa vie. C’est… normal, là-bas.

Julie sourit.

– Ça a l’air différent de Vitré.

– C’est différent.

Léna s’assoit, pensive.

– Tu sais, avant, je faisais attention à tout. Je ne disais jamais « elle » en parlant de toi. Je calculais chaque phrase. C’était épuisant.

– Et maintenant ?

– Maintenant, je crois que je peux juste… être moi.

Quelques jours plus tard, réunion d’équipe. Franck fait un tour de table informel, chacun partage un truc sympa de son week-end. Quand c’est le tour de Léna, elle hésite une seconde. Puis :

– Ma compagne et moi, on a découvert un resto japonais dans le centre. Excellent.

– Ah, lequel ? demande Franck. Ma femme adore la cuisine japonaise.

Et on passe au suivant. Pas de blanc, pas de regard appuyé. Juste une conversation normale.

En sortant, Léna réalise : elle vient de dire « ma compagne » au travail pour la première fois de sa carrière. Quinze ans à éviter ce mot. 

Un mois plus tard, Franck lui propose de participer à un événement interne. Une conférence sur la diversité, avec des témoignages de collaborateurs.

– Si ça t’intéresse, dit-il simplement. Pas d’obligation.

Elle y va. Elle écoute des collègues raconter leur parcours. Certains parlent de leurs années de silence, de la peur, du soulagement d’avoir trouvé un endroit où ils n’ont plus à se cacher. Un chiffre est mentionné : 40% des personnes LGBT+ ne sont pas visibles sur leur lieu de travail. Léna pense à ses quinze années à Vitré. Elle faisait partie de ces 40%.

À la sortie, elle croise Franck.

– C’était bien, dit-elle. Merci de m’avoir proposé.

– De rien. C’est important, ces moments-là.

Il marque une pause.

– Ma sœur est lesbienne. Pendant des années, elle n’osait pas en parler au boulot. Elle changeait les prénoms, inventait des histoires. Ça la bouffait. Quand elle a trouvé une boîte où elle pouvait être elle-même, ça a tout changé.

Léna hoche la tête.

– Oui. Ça change tout.

En 2017, Abeille Assurances est l’un des premiers signataires de la charte d’engagement LGBT+ de L’autre cercle. La même année, elle met en place un congé parentalité de 10 semaines pour le second parent quel que soit son genre.

Envie de connaître la suite de ce tour de France engagé ? Retrouvez les trente-huit histoires du Carnet de route de l’assurance engagée sur la fnac ou amazon.

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