Santé au travail : l’usure touche les 35-49 ans

Une enquête OpinionWay pour deuxiemeavis.fr montre que l’usure au travail touche toutes les générations. Les 35-49 ans apparaissent particulièrement exposés, tandis que les salariés attendent davantage de prévention.

La santé au travail s’impose comme un enjeu central pour les entreprises. En 2024, les indemnités journalières ont atteint 11,4 milliards d’euros, soit une hausse de 60 % en dix ans selon la Cnam. Pour comprendre ce que cette progression dit de l’état des salariés, deuxiemeavis.fr a mandaté OpinionWay, avec l’appui du sociologue Ronan Chastellier, pour interroger 1 180 actifs français en février 2026.

Les résultats montrent que les freins au maintien dans l’activité professionnelle sont à la fois physiques et psychologiques. La fatigue persistante ou l’épuisement physique est cité par 50 % des salariés, devant les troubles musculosquelettiques à 44 %, les maladies chroniques ou affections longue durée à 30 % et les troubles visuels à 25 %. Sur le plan psychologique, 46 % évoquent un épuisement mental, 45 % le stress ou la pression, et 43 % une baisse de motivation ou une perte de sens.

L’étude souligne un point de bascule chez les 35-49 ans. Dans cette tranche d’âge, la fatigue atteint 55 %, les troubles musculosquelettiques 46 % et l’épuisement mental 54 %, contre 39 % chez les moins de 35 ans. Ronan Chastellier y voit une intensification des contraintes : « Côté psychologique, on constate la même bascule : l’épuisement mental atteint 54 % (versus 39 % avant), la baisse de motivation ou perte de sens grimpe à 50 % (versus 37 %) et le stress reste très élevé (48 %). »

Chez les moins de 35 ans, l’enquête relève aussi des signaux d’usure précoce. Leur fatigue ressentie atteint 49 %, un niveau supérieur à celui des plus de 50 ans, situé à 46 %. Le sociologue l’explique par l’entrée dans la vie active, la pression de performance, des horaires parfois irréguliers et une frontière plus floue entre vie professionnelle et personnelle.

La maladie grave demeure, elle, un sujet délicat dans l’organisation du travail. Pour 36 % des salariés, le fait d’en parler ou non « dépend des circonstances ». Au total, 16 % éviteraient d’évoquer une pathologie grave dans le cadre professionnel, par crainte de répercussions. Cette réserve atteint 19 % chez les plus de 50 ans.

Les salariés se montrent toutefois prêts à agir pour préserver leur performance. Selon l’enquête, 75 % accepteraient d’intégrer au moins un changement de routine. Les moins de 35 ans sont les plus disposés à le faire, à 86 %, notamment via l’hygiène de vie. Les 35-49 ans privilégient davantage les formations et les adaptations professionnelles, tandis que les plus de 50 ans restent 65 % à envisager un changement, principalement autour de la santé physique et de la montée en compétences.

La prévention apparaît comme une attente forte. Plus d’un salarié sur deux estime qu’un bilan de santé global devrait être mis en place pour anticiper l’usure professionnelle, une proportion qui atteint 59 % chez les plus de 50 ans. Pour Ronan Chastellier, « l’entreprise ne peut plus se limiter à un rôle passif mais doit devenir un véritable acteur de prévention ».

Cette attente rejoint les évolutions récentes de la réglementation, notamment la loi en faveur de l’emploi des salariés expérimentés du 24 octobre 2025. Pauline d’Orgeval, cofondatrice et présidente de deuxiemeavis.fr, résume ainsi les enseignements de l’étude : « Le sentiment de fatigue ou d’usure n’est pas lié à l’avancée en âge, parler d’un grave problème de santé dans le milieu professionnel reste en partie tabou, les plus de 50 ans ne sont pas dépassés et demeurent proactifs pour rester performants. » 

Pour 45 % des salariés, l’entreprise doit prendre des mesures de prévention santé, comme l’ergonomie du poste, l’adaptation du rythme ou des ateliers santé. « Cela montre que l’entreprise n’est plus seulement perçue comme un lieu de production, mais aussi comme un espace de vie capable d’agir sur la santé », conclut Pauline d’Orgeval.

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