La santé des femmes au travail, un angle mort

Alors que les accidents du travail reculent globalement, ceux touchant les femmes progressent depuis 2001. Un constat qui interroge l’organisation du travail, la prévention et la reconnaissance des risques.

Depuis 2001, les accidents du travail reculent chez les hommes, mais progressent d’environ 26 % chez les femmes. À l’occasion de la Journée mondiale de la sécurité et de la santé au travail, les Mutuelles de France pointent un angle mort persistant : derrière la baisse globale des accidents du travail sur le long terme affichée par l’Assurance Maladie, la santé des femmes au travail reste encore trop souvent sous-estimée.

Les atteintes à la santé des femmes sont encore fréquemment minimisées, banalisées ou renvoyées à la sphère privée. Une étude menée par Verian pour le Laboratoire de l’égalité montre pourtant un écart entre santé déclarée et santé vécue. Si 85 % des femmes actives interrogées se disent en bonne santé, 6 sur 10 expriment une inquiétude pour leur santé physique ou psychologique, et 36 % constatent une dégradation récente de leur état de santé.

Cette situation révèle une fragilité parfois peu visible : renoncement aux soins, manque d’information, prévention insuffisante ou adaptation silencieuse à des pathologies chroniques. La notion de bonne santé, subjective, peut ainsi masquer des difficultés directement liées au travail. 

Les travaux de l’Agence nationale pour l’amélioration des conditions de travail soulignent que les écarts entre femmes et hommes en matière de sinistralité professionnelle tiennent d’abord à la répartition des métiers et des conditions de travail. Les femmes sont nombreuses dans le soin, le nettoyage, le commerce ou l’agroalimentaire, des secteurs où les gestes répétitifs, les postures pénibles et les contraintes physiques favorisent les troubles musculosquelettiques (TMS). Ces TMS, première cause de maladies professionnelles, touchent donc plus fortement les femmes, tout en restant moins reconnus dans les métiers féminisés.

Les Mutuelles de France insistent sur un point : ces inégalités ne relèvent pas de différences biologiques, mais de la manière dont le travail est réparti, organisé et reconnu. Elles appellent donc à adapter les postes, à mieux prévenir les tâches pénibles et à revoir des modes de management jugés insuffisants pour protéger l’ensemble des salariés. 

Les violences sexistes et sexuelles constituent un autre enjeu de santé et de sécurité au travail. Selon un rapport de la Mission interministérielle pour la protection des femmes contre les violences et la lutte contre la traite des êtres humains (Miprof), plus d’1,4 million de femmes déclarent avoir subi des violences sexistes et sexuelles hors du cadre familial. Seuls 2 % des cas donnent lieu à une plainte. La peur des conséquences, le poids de la hiérarchie, la banalisation de certains comportements ou le manque de confiance dans les dispositifs de protection contribuent à cette sous-déclaration.

Ces violences exposent les victimes à des risques psychosociaux importants, notamment le stress, l’anxiété et la dégradation de la santé mentale. Elles peuvent aussi fragiliser leur maintien dans l’emploi. Les considérer comme des risques professionnels à part entière apparaît dès lors comme une condition nécessaire pour faire évoluer les politiques de santé au travail.

Pour les Mutuelles de France, cette évolution suppose de renforcer l’inspection du travail, de donner davantage de moyens à la médecine du travail et de développer une culture de prévention tout au long de la vie. Elles défendent une approche globale de la santé, articulant prévention, conditions de travail, égalité et justice sociale. Faire de la santé au travail un droit effectif implique ainsi de mieux reconnaître les inégalités d’exposition aux risques, en particulier celles qui concernent les femmes.

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