Il fallait oser. Sébastien Lecornu, en déplacement lundi dans une Gironde encore fumante, a trouvé la formule choc de la journée : il donnera le nom des assureurs « qui ne joueront pas le jeu » dans l’indemnisation des sinistrés du mégafeu.
Je suis très en colère.
Il fallait y penser ! Pendant que les élus locaux réclament un plan Marshall et que certains habitants, vêtus de noir, huent le convoi ministériel, le chef du gouvernement a trouvé LE coupable idéal tout désigné : l’assureur.
Parce que c’est tellement plus simple, n’est-ce pas, de menacer une profession entière d’exécution publique que d’expliquer pourquoi l’État met des semaines à débloquer des financements pour les bâtiments détruits. Tellement plus simple de jouer les redresseurs de torts sur un secteur ultra-régulé : ACPR, Solvabilité II, code des assurances, obligations CatNat, que de rappeler que le régime CatNat, précisément, est un partenariat public-privé où l’État fixe les règles du jeu depuis très longtemps.
« Un univers concurrentiel dans lequel nous avons bien le droit de donner notre avis« , dit le Premier ministre. Sauf que non : la concurrence, en assurance, elle est encadrée par le droit, pas par la mise à l’index médiatique d’un chef de gouvernement en quête de bouc émissaire. Qu’un ministre juge utile de rappeler aux assureurs leurs obligations contractuelles, très bien. Qu’il transforme ça en menace de délation publique sans le moindre critère objectif : délais de gestion ? taux de refus ? barèmes appliqués ? C’est autre chose : c’est une forme de populisme de comptoir qui cède encore au coup de boutoir d’un écosystème médiatique qui fait de l’immédiateté et du « sensationnel », sa priorité absolue. On aimerait connaître la grille de notation de M. Lecornu. On aimerait surtout qu’il commence par regarder du côté de la prévention, celle que les élus locaux réclament depuis longtemps sans jamais l’obtenir, avant de désigner qui, dans ce dossier, « joue le jeu« , ou pas.
Et pendant ce temps, silence radio du côté des principaux intéressés. Aucun dirigeant du secteur de l’assurance n’a pour l’heure réagi publiquement à cette menace de mise à l’index (à part ce matin Yann Arnaud de la MACIF, sur France Info).
Prudence stratégique ou sidération ? Difficile à dire. Mais le silence a ses limites : à force de laisser Matignon occuper seul le terrain médiatique sur un sujet qui touche directement la réputation de toute une profession, le secteur prend le risque de laisser s’installer, encore une fois sans contradicteur, l’image de l’assureur récalcitrant face au sinistré.
Sur le sujet du mégafeu en Gironde : Incendies en Gironde : dans les yeux d’Émilie
Jean-Luc Gambey

