Derrière les factures d’énergie se cachent souvent des logements mal isolés, humides et parfois dangereux pour la santé. Alors que la précarité énergétique touche encore plusieurs millions de ménages en France, startups, bailleurs sociaux et assureurs explorent de nouvelles solutions pour mieux prévenir et accompagner ces situations.
En France, le froid dans le logement n’est plus seulement une question de météo. Selon le tableau de bord 2025 de l’Observatoire national de la précarité énergétique (ONPE), 35 % des Français déclarent avoir souffert du froid chez eux durant l’hiver 2024-2025, contre 14 % en 2020. Un triplement en cinq ans qui dit beaucoup sur la dégradation des conditions de vie d’une partie croissante de la population.
La précarité énergétique ne se résume pas à une question de budget. Les maladies respiratoires et cardiovasculaires liées au froid et à l’humidité aggravent la situation sanitaire des plus précaires, tout comme les vagues de chaleur estivales. Un logement mal chauffé, c’est aussi un logement dégradé : des moisissures sont présentes dans 64 % des logements occupés par des ménages en précarité énergétique, contre 17 % des autres logements.
La donnée comme levier de prévention
Parmi eux, la startup Homeys, fondée en 2018, s’est spécialisée dans le suivi énergétique des bâtiments et du logement social. Sa plateforme SaaS permet aux bailleurs sociaux et aux exploitants de chauffage de collecter et d’analyser en temps réel les données énergétiques de leur parc afin de détecter les dérives de consommation, optimiser les réglages et améliorer le confort des occupants.
Autre approche : la startup française Elax Energie intervient directement sur les équipements. Son boîtier connecté, installé sur les chauffe-eaux électriques en moins de vingt minutes, agit comme un thermostat intelligent qui apprend les habitudes de consommation des occupants. Les économies constatées atteignent en moyenne 22 à 25 % de la consommation liée à l’eau chaude, soit généralement entre 50 et 150 euros par an pour les ménages équipés, sans perte de confort. Le dispositif permet également d’anticiper certaines opérations de maintenance et de prolonger la durée de vie des chauffe-eaux d’environ quatre ans.
Ces deux solutions illustrent une tendance de fond : faire de la donnée en temps réel un outil de prévention, avant que la dégradation n’impose des interventions coûteuses.
L’assurance face à l’angle mort de la précarité énergétique
Pour le secteur de l’assurance, la précarité énergétique demeure un angle mort. Les contrats multirisques habitation couvrent principalement les dommages résultant d’événements soudains et accidentels, tandis que les phénomènes progressifs tels que la condensation, l’humidité chronique ou les dégradations liées à un défaut d’entretien sont généralement exclus. Or, ces situations figurent parmi les manifestations les plus fréquentes de la précarité énergétique.
Cette réalité crée un décalage : les ménages les plus exposés aux conséquences sanitaires et matérielles du mal-logement font souvent face à des problèmes qui relèvent davantage de la qualité du bâti que du risque assurantiel traditionnel, et qui sont donc rarement couverts par les contrats habitation.
Certains acteurs cherchent néanmoins à élargir leur rôle. Le groupe Covéa s’est associé à IZI by EDF et EDF ENR afin de proposer aux sociétaires MAAF, MMA et GMF des solutions de rénovation énergétique et d’installation de panneaux solaires. De son côté, la MAIF met à disposition de ses sociétaires différents partenaires et services d’accompagnement liés à l’amélioration énergétique de l’habitat.
Ces initiatives restent toutefois principalement orientées vers des propriétaires en capacité d’engager des travaux. La question de l’accompagnement et de la protection des locataires en situation de précarité énergétique, dont le logement dépend souvent des décisions d’un bailleur, demeure largement ouverte.

