Loi sur l’homicide routier, campagne « Priorité au respect », mobilisation des assureurs. En 2025, les initiatives se sont multipliées. Pourtant, on meurt toujours autant sur les routes françaises qu’il y a dix ans.
En 2014, l’agence néo-zélandaise NZ Transport a marqué les esprits avec une campagne devenue virale sur la prévention routière. Alors que deux véhicules sont sur le point de se percuter, le temps s’arrête subitement, laissant le temps aux conducteurs d’échanger quelques mots. L’un transporte son fils à l’arrière et pensait avoir le temps, l’autre roulait trop vite. Ils se rendent compte de leurs erreurs mutuelles, mais il est trop tard pour faire marche arrière : les véhicules se percuteront.
Le message est clair : les accidents de la route s’expliquent souvent par la conjonction de plusieurs facteurs. De simples erreurs peuvent se transformer en drame.
Onze ans plus tard, cette campagne n’a pas pris une ride. Et pour cause : le nombre de tués sur les routes françaises n’a toujours pas diminué.
Onze ans plus tard, un bilan qui n’a pas bougé
Selon le bilan de l’ONISR (Observatoire national interministériel de sécurité routière), près de 3500 personnes avaient perdu la vie en 2014 sur les routes de France métropolitaine ou d’outre-mer. Dans le monde, on comptait près d’1,25 million de personnes décédées – dont 90% survenus dans les pays émergents – et entre 20 et 50 millions de blessés.
Depuis, on pouvait imaginer que les nombreuses campagnes de sensibilisation, le durcissement des peines ou simplement l’évolution de notre conscience collective sur le sujet avaient changé les choses.
Pourtant, en 2025, 3 513 personnes sont décédées sur les routes de France métropolitaine ou d’outre-mer, et dans le monde, les dernières estimations mondiales restent proches de 1,2 million.
Entre faits divers et réponse législative
Le débat autour des comportements routiers resurgit à chaque nouveau fait divers : Pierre Palmade et sa condamnation pour avoir provoqué un accident sous l’emprise de drogue ; Antoine, le fils du chef Yannick Alléno percuté par un chauffeur ivre et multirécidiviste ; ou encore le cycliste Paul Varry tué en octobre 2024 par un automobiliste.
Alors oui, les choses tendent à évoluer. Le 9 juillet 2025 a (enfin) été mise en place la loi créant un délit d’homicide routier. Ce délit sera constitué en cas d’accident mortel causé par un automobiliste à la suite d’une conduite délibérément à risque (état d’ivresse, prise de drogues, conduite sans permis…). Il est également (enfin) créé, pour les conducteurs condamnés, un module d’actions spécifiques pour prévenir la récidive de violences routières et la consommation de drogues. Enfin !
Dans le même registre, le ministre des Transports Philippe Tabarot a lancé en juin 2025 une campagne spécifique pour la sécurité des agents des routes, après la mort d’un agent de la DIRIF percuté sur une bande d’arrêt d’urgence en mai 2025. Depuis 2014, treize agents des routes ont été tués en intervention.
La Sécurité routière a lancé le 15 octobre 2025 une grande campagne nationale baptisée « Priorité au respect », un an après la mort de Paul Varry. Tournée autour du partage de la route et de la lutte contre l’agressivité au volant, cette campagne proposait cinq engagements concrets aux usagers de la route et ciblait un phénomène nouveau dans la communication de la Sécurité routière : l’incivilité et les tensions entre usagers.
Et ce alors même que le budget consacré à la sécurité routière a été revu à la baisse entre 2024 et 2025, au nom du redressement des finances publiques.
Les assureurs au front, mais est-ce suffisant ?
Du côté des assureurs, le sujet est toujours pris à bras le corps.
Assurance Prévention poursuit ses engagements, AXA a publié en novembre dernier son 21e Baromètre du comportement des Français sur la route, Allianz France s’est aussi associé depuis 2025 au festival « Vélo in Paris »…
Le 21e Baromètre AXA Prévention a d’ailleurs livré des chiffres préoccupants : 85 % des conducteurs reconnaissent utiliser leur téléphone au volant et pour la première fois, l’étude s’est penchée sur la consommation de stupéfiants au volant, révélant une banalisation inquiétante chez les jeunes conducteurs.
Quant à Assurance Prévention, l’association de France Assureurs, elle a reconduit pour la 25e année consécutive sa piste d’éducation routière avec les CRS, un dispositif itinérant d’initiation aux deux-roues motorisés destiné aux jeunes dès 14 ans, une urgence quand on sait que 691 conducteurs ou passagers de deux-roues sont décédés en 2025.
Reste une question légitime : sans ces campagnes, sans la mobilisation des assureurs, sans le durcissement des lois, le bilan serait-il encore plus lourd ? C’est probable. Mais le constat demeure : en 2025, on meurt toujours autant sur les routes françaises qu’en 2014.

