Inclusion des réfugiés : le secteur de l’assurance concerné 

En France, l’intégration des personnes réfugiées et des nouveaux arrivants reste un parcours semé d’obstacles : barrière de la langue, fracture numérique, accès bancaire limité, emplois précaires. Des entreprises développent des solutions concrètes et le secteur de l’assurance y est directement concerné, à la fois comme employeur et comme acteur de la protection sociale.

En 2024, l’OFPRA et la CNDA ont accordé un statut de protection à plus de 70 000 personnes en France, un chiffre en hausse de 15 % par rapport à 2023. Derrière ces décisions, des parcours d’intégration qui restent difficiles. Selon la Plateforme RSE, 66 % des personnes réfugiées cherchent activement un travail dès leur arrivée. Pourtant, un an après l’obtention de leur titre de séjour, seules 42 % d’entre elles ont accédé à un emploi  et souvent dans des conditions précaires : 37 % en CDD, 10 % en intérim, et jusqu’à 50 % des femmes réfugiées en temps partiel subi.

Les freins sont connus : barrière linguistique (en 2019, 35 % des réfugiés ne pouvaient pas réaliser un test oral en français), diplômes non reconnus, absence de réseau professionnel, discrimination à l’embauche. Et pourtant, un quart des réfugiés sont diplômés de l’enseignement supérieur.

Derrière ces chiffres, des parcours individuels marqués par l’exil, la reconstruction et souvent un déclassement brutal. 

Former et recruter : des parcours vers l’emploi durable 

Face à ces constats, des acteurs ont développé des modèles qui connectent directement les besoins des entreprises et les compétences des personnes réfugiées.

Each One forme et accompagne des personnes réfugiées et primo-arrivantes vers un emploi durable en proposant aux entreprises ce qu’elle appelle un « nouveau standard de l’inclusion ». Son programme All In One part du besoin en recrutement de l’entreprise pour construire un parcours de formation sur mesure, incluant des cours de français professionnel et un accompagnement individuel. À l’issue de trois mois de formation, les participants se voient proposer un contrat. L’entreprise à mission compte également parmi ces partenaires The Human Safety Net, la fondation du groupe Generali. 

Pour son fondateur Théo Scubla, l’enjeu est de montrer que « la migration, ce n’est pas la misère qui se déplace. C’est la valeur qui se déplace ! ». 

Sur le volet numérique, le réseau de formations solidaires Simplon propose le programme Refugeeks, créé en 2019 avec le soutien de la Fondation BNP Paribas. Cette formation de 140 heures, destinée aux bénéficiaires de la protection internationale, combine apprentissage des outils informatiques fondamentaux et cours de français sur objectifs spécifiques. L’enjeu est concret : savoir faire une recherche en ligne, réaliser un CV numérique, utiliser les plateformes d’emploi ou effectuer des démarches administratives dématérialisées. Un prérequis devenu indispensable pour accéder au marché du travail.

L’accès bancaire, première marche de l’inclusion économique

Mais avant même de chercher un emploi ou une formation, les nouveaux arrivants se heurtent à un obstacle plus basique encore : l’ouverture d’un compte bancaire. Sans compte, pas de versement de salaire, pas de prélèvement de loyer, pas de souscription à un contrat d’assurance…

C’est le problème auquel s’attaque Welcount, néobanque créée en 2022 par Rooh Savar, lui-même ancien réfugié iranien, et Caroline Span. L’entreprise propose des solutions bancaires simples et accessibles aux réfugiés, travailleurs et étudiants étrangers qui n’ont accès à aucun service bancaire classique. 

Pour le secteur de l’assurance, l’enjeu est direct : la bancarisation est un préalable technique à l’accès aux produits d’assurance. Un nouvel arrivant sans compte bancaire est un assuré potentiel qui n’existe pas dans le système. 

Ce que le secteur de l’assurance peut (et a commencé à) faire 

L’inclusion des personnes réfugiées concerne les assureurs à double titre.

D’abord, en tant qu’employeurs. Le secteur de l’assurance fait face à des tensions de recrutement sur de nombreux postes. Les dispositifs comme celui d’Each One, qui forme spécifiquement et dont l’approche repose sur un partenariat direct avec l’entreprise recruteuse, offrent une solution opérationnelle. 

En tant qu’offreurs de couverture ensuite. Les nouveaux arrivants qui s’installent durablement en France ont besoin d’une complémentaire santé, d’une assurance habitation, d’une prévoyance. Mais l’accès à ces produits suppose de franchir plusieurs étapes préalables, disposer d’un compte bancaire, maîtriser suffisamment le français pour comprendre un contrat, connaître le fonctionnement du système de protection sociale français…

Plus largement, l’implication des assureurs dans l’inclusion des réfugiés relève aussi d’un engagement sociétal. L’initiative de Generali avec The Human Safety Net, qui accompagne des personnes réfugiées vers l’emploi et l’entrepreneuriat depuis 2017, montre qu’un assureur peut s’investir bien au-delà du périmètre de ses contrats.

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