Le digital au cœur de la connaissance client des banques et des assurances

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Le « Know Your Customer » (KYC) ou la connaissance client regroupe l’ensemble des procédures qui permettent à une entreprise d’identifier au mieux un client. L’évolution des besoins clients et les avancées technologiques ont entraîné une profonde transformation digitale dans le secteur de la banque et de l’assurance. Cette transformation digitale s’inscrit également dans un contexte de lutte contre la fraude qui, lui aussi, est évolutif et de plus en plus strict. Cette lutte anti-fraude est au cœur des activités des banques et des assurances qui ont désormais besoin d’une véritable expertise sur les sujets du KYC.
Quelles sont les origines, les enjeux et les impacts du KYC ?
Le « Groupe d’action financière » (GAFI) est un organisme intergouvernemental créé en 1989, qui a pour objectif de lutter contre le blanchiment d’argent et le financement du terrorisme. À la suite des nombreux scandales qui ont éclaté à l’échelle mondiale (le rôle des établissements financiers dans le blanchiment des fortunes des dictateurs, la question du financement des attentats du 11 septembre 2001 et de Madrid en 2003…), le GAFI a émis des recommandations et des mesures préventives relatives au sujet du KYC. En Europe, l’autorité bancaire européenne (ABE) et l’autorité européenne des assurances et des pensions professionnelles (EIOPA), ont pour mission de protéger les clients, les consommateurs et les assurés et de renforcer la surveillance du système financier. Ces régulateurs font part de leurs recommandations en matière de connaissance clients aux établissements financiers européens.
De plus, depuis 2007, 187 milliards euros d’amendes ont été payées par les banques et les établissements financiers dans le monde et plus de 410 millions en France à la suite de plusieurs violations aux recommandations relatives au KYC. Au début des années 1990, le KYC était un enjeu règlementaire, à la suite des nouvelles recommandations de la GAFI et des régulateurs internationaux et à l’augmentation des sanctions. Il est devenu un principe fondamental dans le secteur financier et de l’assurance.
Cependant, les processus traditionnels du KYC constituent une charge lourde pour les institutions financières car ils sont parfois très longs et complexes. De nouvelles méthodes voient leurs émergences au sein de certains établissements financiers.
Quelles sont les solutions innovantes pour le KYC ?
Les nouvelles solutions pour le KYC reposent essentiellement sur les innovations technologiques et sur l’expertise d’acteurs intermédiaires :

  • Expertise du KYC: Des cabinets d’expertise proposent leurs services de « Compliance as a Service » en facilitant la veille règlementaire, en identifiant de nouvelles lois et de nouvelles recommandations tout en analysant leurs applications.

Par ailleurs, les « Regtech » ou « Regulatory Technology » tels que Trustid ou Stratumn sont des startups qui proposent des outils et des solutions innovantes en phases avec les nouveaux défis du KYC lancés par les régulateurs internationaux. En se posant sur l’intelligence artificielle et sur le machine learning, ces outils sont capables de lire et de vérifier la validité des données confidentielles des clients. Le marché des Regtechs est en pleine croissance tout comme les montants d’investissements pour ces startups. En effet, en 2016, Stratmun a levé plus de 8 millions d’euros pour lancer son offre et a été élue fintech de l’année en 2018 par Finance innovation.

  • KYC digital: Il passe principalement par de nouvelles technologies qui permettent la vérification à distance de l’identité et le traitement des données (OCR). L’objectif est de pouvoir permettre les processus d’entrée en relation à distance pour des personnes physiques et les personnes morales. L’avantage du KYC digital est que les processus d’entrée en relation sont simplifiés et plus rapides (de 20 à 30 minutes, au lieu de quelques jours de traitement et de contrôles de l’identité pour les personnes physiques).

Le KYC digital est un levier important en matière d’amélioration de l’expérience client et de l’efficacité opérationnelle des banques et des assurances. Cependant, il n’exclut pas une deuxième vérification lors d’un entretien physique avec des personnes physiques ou morales.

  • KYC partagé : Le KYC partagé s’applique principalement aux personnes morales. Cette solution consiste à mutualiser les données relatives au KYC afin de les partager avec un autre groupe bancaire ou d’assurance, ou encore avec un autre établissement financier. Le KYC partagé permet de diminuer les sollicitations avec les clients et les charges de contrôle des institutions financières. En effet, les données partagées ont déjà été stockées et contrôlées par des plateformes d’intermédiation (IBM, Telindus…) avant d’être redistribuées auprès des banques, des établissements financiers ou des assurances. Les services proposés par ces plateformes d’intermédiations sont payants. Cependant, les données confidentielles recueillies par ces établissements financiers peuvent faire l’objet d’un nouveau contrôle de conformité selon leurs politiques KYC en vigueur.

Le KYC partagé peut être utilisé avec la technologie blockchain, comme l’a fait le Crédit Mutuel Arkéa en collaboration avec IBM en 2017. Le Crédit Mutuel a pu identifier plus de 3.6 millions d’utilisateurs avec la blockchain. En effet, toutes les données de connaissances étaient partagées dans le groupe Arkéa.

  • L’open insuring : L’open insuring permet de partager les données clients entre les assurances et les assurtechs (start-up du domaine de l’assurance) à travers des API.

L’open insuring se rapproche de l’Open Banking dans le domaine bancaire où la DSP2 (Directive sur les services de paiement) oblige les banques à partager leurs données. Aujourd’hui, il n’y a aucune législation obligeant les assureurs à partager leurs données entre elles.
De plus, l’open insuring représente une opportunité de partenariat entre les assurances et les assurtechs. En effet, les assurances pourront bénéficier de la souplesse et des services des assurtechs à moindres coûts. En contrepartie, les assurtechs pourront bénéficier des données des assurances et de leur expertise dans le secteur assurantiel.
Dans un climat de conformité de plus en plus aride, toutes ces nouvelles solutions ont pour objectif d’optimiser la connaissance client et les processus d’entrée en relation tout en répondant aux enjeux des régulateurs internationaux.
Auteur : Dylan MAGOUDOUX, Consultant mc2i
Sources :

 

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