France Assureurs chiffre le 28 août l’épisode Gironde-Landes-Var à près de 500 millions d’euros pour environ 25 000 sinistres, sur la base des déclarations remontées à la mi-août.
Ce total, six fois supérieur à celui de l’été 2022 (80 millions d’euros pour 2 000 sinistres), rejoint exactement la trajectoire que Jean-Luc Gambey décrivait le 13 août dans « Incendies en Gironde : dans les yeux d’Émilie » : un bilan des sinistres climatiques qui a presque quadruplé en trente ans, et une année 2025 déjà classée au 9e rang des plus coûteuses depuis la création du régime CatNat en 1982, sans même de catastrophe majeure. Le mégafeu de Gironde n’est donc pas un accident isolé mais la confirmation, chiffres à l’appui, d’une tendance de fond.
Le silence de fin juillet, comblé en partie
Le 27 juillet, au lendemain même de l’annonce des deux mesures d’urgence (prolongation des délais de déclaration, prise en charge du relogement), Jean-Luc Gambey publiait un billet d’humeur remarqué : il « reprochait » aux assureurs leur « abstinence médiatique », le fait que ces mesures aient été révélées par le ministre de l’Économie plutôt que par la profession elle-même.
Le communiqué du 28 août peut se lire comme une réponse un peu tardive à cette critique : chiffres précis, citation de la présidente Florence Lustman, détail des dispositifs déployés sur le terrain (permanences au Porge, à Biscarosse). C’est exactement le type de prise de parole directe que l’auteur appelait de ses vœux un mois plus tôt, sachant que le montant des coûts ne pouvaient l’être.
L’ombre de Lecornu plane sur ce bilan
Reste le climat tendu par la sortie du Premier ministre, relatée le 18 août : Sébastien Lecornu avait promis de nommer publiquement les assureurs « qui ne joueront pas le jeu » dans l’indemnisation des sinistrés. Jean-Luc Gambey y voyait une recherche de bouc émissaire commode, rappelant que le régime CatNat est un partenariat public-privé dont l’État fixe lui-même les règles. Le luxe de détails du communiqué du 28 août (nombre de dossiers ouverts pour pertes d’exploitation, calendrier des expertises quasi achevées, citation nominative de la présidente exprimant la solidarité du secteur) peut aussi se lire comme une manière pour France Assureurs de reprendre la main sur le narratif, après des semaines où l’exécutif occupait seul le terrain médiatique sur le sujet.
Ce que le bilan chiffré ne dit pas
L’article du 13 août apportait un éclairage utile que le communiqué institutionnel, par nature, ne développe pas : le rapport coût-bénéfice de l’assurance à l’échelle individuelle (environ un pour mille entre la prime annuelle et le coût de reconstruction), et la comparaison avec les États-Unis, où un système de tarification individualisée tend à exclure du marché les zones les plus exposées — contrairement au modèle français de mutualisation obligatoire.
Le bilan du 28 août, en évocant aussi les 30 000 personnes relogées et la mobilisation des experts, illustre concrètement ce que Jean-Luc Gambey appelait la « nécessité » de l’assurance : sans ce filet, la charge de la reconstruction serait retombée sur les seuls sinistrés.

