Risques climatiques, l’inévitable chantier de l’assurabilité

Un an après l’adoption du troisième Plan national d’adaptation au changement climatique (PNACC-3), les acteurs de l’assurance dressent un bilan contrasté.

Si de nombreuses actions ont été engagées, la question de l’assurabilité des territoires les plus exposés reste loin d’être tranchée, alors que les risques climatiques devraient continuer de s’aggraver d’ici la fin de l’année 2026.

Le sujet revient avec régularité dans l’agenda du secteur : comment maintenir un système assurantiel accessible à tous, alors que la fréquence et l’intensité des événements climatiques extrêmes ne cessent d’augmenter ? Un an après l’adoption du PNACC-3, plusieurs bilans d’étape convergent vers un même constat : les actions engagées sont réelles, mais le sujet de l’assurabilité, c’est-à-dire la capacité effective des ménages et des entreprises à trouver une couverture, à un prix soutenable, dans les zones les plus exposées, demeure un point de friction non résolu.

Un plan riche en mesures, une mise en œuvre encore partielle

Le PNACC-3, salué à sa publication par les principales fédérations professionnelles, comporte plusieurs dizaines de mesures concrètes destinées à préparer le pays à l’intensification du changement climatique. Parmi les avancées les plus structurantes pour le secteur assurantiel figurent le renforcement du Fonds de prévention des risques naturels majeurs et la création d’un Observatoire de l’assurabilité, confié à la Caisse centrale de réassurance (CCR).

Le premier rapport de cet Observatoire, remis à l’État en juin 2026 et fondé sur l’analyse de près de 19 millions de contrats d’assurance dommages aux biens, a livré un diagnostic globalement rassurant à court terme : il reste aujourd’hui possible de s’assurer contre les principaux risques de catastrophes naturelles dans l’ensemble des communes françaises. Mais ce constat, à date, ne dit rien de la trajectoire à moyen terme, et c’est précisément là que le bât blesse pour de nombreux observateurs du secteur.

Une trajectoire de coûts qui inquiète

Les travaux de projection menés par la CCR sont sans ambiguïté : le coût des catastrophes naturelles couvertes par le régime français de réassurance publique pourrait augmenter d’environ 60 % d’ici 2050, sous le seul effet du changement climatique. Cette perspective nourrit les craintes de désengagement progressif de certains assureurs dans les zones les plus exposées : inondations récurrentes, retrait-gonflement des argiles, risque cyclonique dans les territoires ultramarins,… et alimente le débat sur la solidarité du régime Cat Nat.

Pour limiter ce risque de désengagement, la CCR a d’ailleurs fait évoluer son mécanisme de commissionnement au sein de ses traités de réassurance, afin d’inciter les assureurs à rester présents sur les territoires à risque.

La prévention, seule variable réellement actionnable à court terme

Face à des sinistres dont l’ampleur dépasse largement le seul champ d’action des assureurs, la prévention s’impose comme le principal levier disponible à court terme. C’est le sens des messages régulièrement portés par les fédérations professionnelles, qui appellent à traduire concrètement les mesures du PNACC-3 sur le terrain, avec des financements pérennes et un pilotage resserré, plutôt qu’à les laisser à l’état de déclarations d’intention.

Cette dynamique se retrouve également dans l’actualité la plus récente du secteur : l’accélération, cet été, du versement des acomptes d’indemnisation pour les agriculteurs touchés par la sécheresse illustre la capacité des assureurs et de l’État à ajuster rapidement leurs dispositifs face à l’urgence climatique, un signal positif, mais qui ne résout pas la question de fond de la soutenabilité du système à long terme.

Ce qu’il faut retenir pour les prochains mois

D’ici la fin de l’année 2026, plusieurs sources sectorielles anticipent une poursuite de l’aggravation des risques climatiques pesant sur les portefeuilles des assureurs français. Le sujet de l’assurabilité, déjà identifié comme l’un des points les plus sensibles de la mise en œuvre du PNACC-3, devrait rester au cœur des discussions entre pouvoirs publics, assureurs et réassureurs, avec en toile de fond une question structurante pour l’ensemble du secteur : jusqu’à quel point le modèle mutualisé du régime Cat Nat pourra-t-il absorber une sinistralité climatique appelée à croître durablement ?

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