Dans son étude annuelle sur le marché de l’assurance-crédit, AU Group dresse le portrait d’un secteur mis sous tension par la hausse des défaillances d’entreprises, le retour du protectionnisme commercial et des tensions géopolitiques.
Malgré ce contexte dégradé, le marché fait preuve d’une résilience notable : les engagements des assureurs-crédit ont progressé plus vite (+3 %) que leurs primes (+1 %) en 2025.
À RETENIR :
- Engagements des assureurs-crédit en hausse de 3 %, primes en hausse de 1 % en 2025
- Défaillances d’entreprises : +6 % dans le monde en 2025, +4 % attendus en 2026
- Ratios sinistres/primes 2025 : 54,7 % (Allianz Trade), 40,3 % (Coface), 38,9 % (Altradius), pour un seuil de rentabilité à 70 %
Des risques protéiformes et mondiaux
Le climat des affaires n’a jamais été aussi complexe : guerre en Ukraine et ses répercussions sur l’ensemble de la zone, tensions au Moyen-Orient autour du détroit d’Ormuz, rivalité économique et commerciale entre les États-Unis et la Chine, protectionnisme commercial et tarifs douaniers.
La géopolitique s’impose désormais comme un risque de crédit majeur, que les assureurs doivent apprendre à mesurer finement.
Après plusieurs années de normalisation post-Covid, les défaillances d’entreprises repartent nettement à la hausse : +6 % dans le monde en 2025, avec un possible nouveau record en 2026 (+4 % attendus). La construction, la distribution, l’automobile, l’industrie manufacturière et les services aux entreprises figurent en première ligne de cette dégradation.
Une croissance modérée, mais des couvertures renforcées
Sous l’effet de la montée des risques, du ralentissement économique et d’une activité clients atone, les assureurs-crédit n’enregistrent qu’une croissance moyenne de 1 % en 2025, leur plus faible progression depuis cinq ans.
Pourtant, alors que les défaillances d’entreprises atteignent un record depuis dix ans, la sinistralité reste maîtrisée grâce à une prévention des risques que les évolutions technologiques permettent d’affiner.
L’accès à des données en temps réel et l’accélération des prises de décision via les API permettent aux assureurs d’ajuster plus fréquemment leurs limites de crédit, d’exercer une surveillance quasi continue des acheteurs et de détecter, grâce à l’intelligence artificielle, les signaux faibles dans les comportements de paiement.
Ces évolutions leur permettent d’intervenir en amont des difficultés plutôt qu’après l’impayé, ce qui limite mécaniquement les sinistres indemnisés. Le ratio sinistres/primes 2025 s’établit ainsi à 54,7 % chez Allianz Trade, 40,3 % chez Coface et 38,9 % chez Altradius, bien en deçà du seuil théorique de rentabilité fixé à 70 %.
Cette maîtrise du coût du risque permet aux assureurs d’accroître leur couverture, qui demeure considérable au regard de leur chiffre d’affaires : Allianz Trade porte ainsi près de 1 250 Md€ de risques pour un peu plus de 4 Md€ de primes, un effet de levier rendu soutenable par le mécanisme de réassurance.
L’assurance-crédit s’impose comme un outil de financement à part entière
La baisse du coût du risque, de bons ratios sinistres/primes et une meilleure appréciation du risque créent une attractivité nouvelle. Avec le développement des MGA (Managing General Agents) et des fournisseurs de CDS (Credit Default Swap), de nouveaux acteurs apparaissent, renforçant la pression concurrentielle sur les coûts au profit des entreprises.
Fort de cette dynamique, l’assurance-crédit dépasse désormais sa fonction historique de protection contre les impayés pour s’imposer comme un outil de financement à part entière.
Utilisée comme collatéral de programmes d’affacturage, de titrisation ou de leasing, elle représente aujourd’hui plus de 50 % des affaires nouvelles des assureurs-crédit, devenant l’un de leurs principaux moteurs de développement. Banques, établissements de paiement et fintechs y recourent pour transférer leurs risques de crédit et alléger leurs fonds propres, tandis que les entreprises y trouvent un moyen de mettre en place des financements plus souples.

