Les dispositifs médicaux connectés se multiplient et investissent le quotidien des patients. Du patch au bracelet en passant par le t-shirt, ces outils redessinent le suivi de santé, et interrogent directement le modèle de l’assurance.
La France reste un pays où le système de santé est davantage organisé autour du soin que de la prévention. En 2024, la dépense courante de santé s’élève à 333 milliards d’euros selon la DREES, dont seulement 2 % consacrés à la prévention. Dans le même temps, la France compte environ 25 millions de patients atteints de maladie chronique (diabète, cancer, maladies neuro-cardiovasculaires…) dont les pathologies représentent 62 % des dépenses remboursées par l’Assurance Maladie. Face à ce déséquilibre, la Mutualité Française a appelé, en 2024, à « investir massivement dans une vraie politique de prévention » pour « casser la courbe des maladies chroniques ».
C’est dans ce contexte que les dispositifs médicaux connectés ouvrent la voie à une nouvelle forme de prévention : un suivi en continu, à domicile, capable de détecter les signaux d’alerte avant qu’ils ne deviennent critiques. Plusieurs acteurs français s’y emploient déjà.
Des dispositifs de prévention pour le suivi au quotidien
Certains de ces dispositifs s’adressent au grand public ou aux patients sortant de l’hôpital, avec une logique de prévention et de suivi au quotidien.
Withings, qui a lancé la première balance connectée en 2009, a progressivement élargi sa gamme aux montres hybrides, tensiomètres, capteurs de sommeil et thermomètres. L’entreprise est référencée sur Mon Espace Santé et a déjà noué des partenariats avec des acteurs de l’assurance. En 2024, le groupe de protection sociale Klesia a intégré les objets Withings dans ses coachings santé destinés aux salariés du transport routier, dans le cadre du programme « Transportez-Vous Bien ». En parallèle, Pro BTP a lancé Proviva, un service de prévention cardiovasculaire adossé à la balance connectée Withings, proposé à ses adhérents.
De son côté, RDS, société strasbourgeoise, développe MultiSense®, un patch connecté capable de mesurer en continu six paramètres physiologiques (fréquence cardiaque, fréquence respiratoire, saturation en oxygène, température, activité et posture), conçu pour le suivi postchirurgical. Il vise à améliorer la qualité des soins et la sécurité des patients, tout en s’adaptant à leurs besoins plutôt qu’aux contraintes des environnements hospitaliers Le monde de l’assurance s’y intéresse déjà : la MACSF est entrée au capital de RDS en 2024.
Des dispositifs adaptés aux maladies chroniques
Si ces dispositifs visent à prévenir ou à surveiller, d’autres vont un cran plus loin : ils ciblent des patients déjà diagnostiqués, atteints de pathologies chroniques lourdes, pour lesquels le suivi à distance peut changer la prise en charge au quotidien.
Chronolife commercialise un t-shirt connecté intégrant de multiples capteurs capables de mesurer en continu des paramètres cardiaques, respiratoires et la température corporelle. Son dispositif médical Keesense®, marqué CE, est déjà utilisé dans le cadre de la télésurveillance de patients atteints de maladies chroniques, notamment en insuffisance cardiaque.
Biosency a développé le bracelet Bora Band®, un dispositif certifié CE dédié aux patients en insuffisance respiratoire chronique. Le bracelet mesure de façon automatique et régulière la saturation en oxygène, la fréquence cardiaque, la fréquence respiratoire, la température et l’activité du patient. Les données sont transmises à la plateforme Bora Connect®, accessible aux professionnels de santé.
Enfin, Air Liquide Healthcare, leader européen des prestations de santé à domicile, accompagne quant à lui 2,3 millions de patients chroniques dans le monde. Le groupe prend en charge des patients atteints de maladies respiratoires, de diabète ou de Parkinson, via des dispositifs médicaux innovants associés à des solutions numériques de suivi. Son approche combine interventions humaines à domicile (techniciens, infirmiers) et outils digitaux pour personnaliser l’accompagnement. Air Liquide Healthcare promeut un modèle basé sur les principes de valeur en santé (Value-Based Healthcare).
Lifeaz : le défibrillateur connecté comme outil de prévention collective
La santé connectée ne se limite pas au suivi individuel des patients. Elle investit aussi le terrain de l’urgence collective, avec des dispositifs pensés pour sauver des vies là où personne n’intervient encore.
Lifeaz développe et commercialise des défibrillateurs connectés pensés pour le grand public, fabriqués en France. Son produit, Clark, est conçu pour être installé dans des foyers, des entreprises ou des collectivités, des lieux où les défibrillateurs étaient jusqu’ici quasi absents.
Lifeaz a été financée dès 2021 par Mutuelles Impact, le fonds d’investissement initié par la Mutualité Française. La Mutuelle Nationale Territoriale (MNT) a par ailleurs noué un partenariat avec l’entreprise pour proposer aux collectivités territoriales une solution globale incluant le défibrillateur, la signalétique, la formation aux gestes de premiers secours et la maintenance. En février 2026, Lifeaz a levé 13 millions d’euros pour accélérer sa croissance, avec l’ambition de sauver 1 000 vies en cinq ans.
Vers un modèle de l’assurance augmenté ?
Du patch postopératoire au défibrillateur de salon, ces initiatives dessinent une tendance de fond : les dispositifs médicaux connectés ne sont plus de simples gadgets technologiques. Ils deviennent des outils de prévention, de suivi et de détection qui s’inscrivent dans la chaîne de valeur de l’assurance santé. Les investissements de la MACSF dans RDS, les partenariats de Klesia et Pro BTP avec Withings, ou le financement de Lifeaz par la Mutualité Française montrent que le secteur a déjà commencé à s’en saisir.
Le chemin reste toutefois semé d’obstacles. Le RGPD encadre strictement l’usage des données de santé, et les assureurs qui souhaitent intégrer ces dispositifs dans leurs offres devront avancer dans la transparence. Le remboursement, autre condition de l’adoption à grande échelle, progresse de manière inégale : certaines solutions y sont déjà éligibles, d’autres attendent encore.

