Cinq risques climatiques qui redessinent l’assurance

Colombus Consulting et Finance Innovation publient une étude sur les risques climatiques pour l’assurance. Cinq familles de menaces sont détaillées, ainsi que des pistes d’actions pour préserver l’assurabilité de demain.

Colombus Consulting, en partenariat avec Finance Innovation, présente une étude consacrée aux risques, impacts et leviers d’action liés au changement climatique pour le secteur de l’assurance. Le travail s’appuie sur un panel d’acteurs volontairement diversifié (assurtechs, grands groupes, structures spécialisées, associations et institutions), complétés par une revue de rapports sectoriels et de travaux académiques, incluant des comparaisons à l’étranger.

« Le changement climatique n’est plus un horizon lointain. Il s’impose désormais comme un facteur structurant qui recompose en profondeur les équilibres techniques, économiques et sociaux du modèle assurantiel. Le secteur est aujourd’hui confronté à des défis inédits et porteurs d’une capacité unique à inventer des solutions durables au service de l’économie, des territoires et des citoyens », analyse Benoît Grué, associé chez Colombus Consulting.

L’étude propose une cartographie en cinq familles de risques, interconnectées. Les risques physiques renvoient aux impacts directs des événements extrêmes et à leurs effets socio-économiques en cascade. Le document cite notamment les inondations de Valence en 2024 : 491 litres par mètre carré en huit heures, 230 morts, 137 000 véhicules détruits et une interruption d’activité de sites industriels, sur fond de vulnérabilités des chaînes d’approvisionnement. Il souligne aussi des effets sur l’agriculture et la sécurité alimentaire, ainsi qu’une exposition accrue liée à la concentration de populations en zones côtières. Une dimension santé psychique est également mentionnée avec l’éco-anxiété qui touche environ 4,2 millions de personnes en France selon l’ADEME (avril 2025).

Les risques de transition couvrent les tensions économiques, sociales et d’organisation liées à l’adaptation : sinistralité en hausse, prévention à financer et limites d’un modèle centré sur l’indemnisation a posteriori. Le rapport évoque la piste de mécanismes incitatifs pour réduire l’exposition, et l’intérêt d’un observatoire de l’assurabilité pour objectiver les zones susceptibles de devenir difficiles à couvrir et éclairer les politiques publiques.

Les risques de responsabilité et de réputation renvoient à une société jugée plus litigieuse, avec des contestations de couverture ou d’indemnisation et des recours liés aux décisions d’urbanisme. Les risques de modèle, eux, pointent les limites d’approches fondées sur le passé dans un climat non stationnaire, et la nécessité de renforcer la qualité des données, notamment géospatiales, pour mieux capter corrélations et effets non linéaires. Enfin, les risques réglementaires traduisent l’instabilité d’un cadre multi-niveaux, entre exigences européennes de durabilité, règles nationales sur les catastrophes naturelles et contraintes locales ; l’étude rappelle aussi le rôle de dispositifs publics pour maintenir certains segments, comme l’assurance santé ou l’assurance agricole.

Côté leviers d’actions, l’étude plaide pour une adaptation à la fois progressive et plus structurelle de la chaîne de valeur. Sur les produits, elle met en avant l’intégration de données climatiques et prospectives pour la tarification, et le recentrage de la prévention dans la proposition de valeur. Sur la distribution, elle insiste sur le dialogue et la communication avec les assurés et les pouvoirs publics, afin de préserver la relation client dans un contexte de hausses tarifaires ou de refus. En souscription, elle cite des outils de modélisation combinant météo et représentations 3D (comme par exemple : Kraeken, Hydroclimat) et des grilles d’évaluation standardisées. En gestion de contrats, elle recommande la lisibilité, la traçabilité et l’automatisation des contrôles de conformité, ainsi qu’une documentation systématique des échanges. En gestion des sinistres, elle mentionne des usages d’intelligence artificielle et de technologie (classification automatisée, expertise à distance par drone ou satellite, détection de signaux avant-sinistres), et l’idée de réparations amélioratrices intégrant des mesures d’adaptation.

Enfin, sur la réassurance, décrite comme un maillon stratégique, l’étude note l’intérêt de diversifier les couvertures, via des solutions alternatives telles que les cat bonds, dont les encours dépasseraient 45 milliards USD en 2023/2024, ou encore la réassurance paramétrique.

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