Chez Covéa (MAAF, MMA, GMF), la Mission Handicap aménage depuis longtemps les conditions de travail des collaborateurs concernés : horaires flexibles, télétravail facilité. Rien qui relève de l’intelligence artificielle, jusqu’à récemment.
Car une nouvelle génération d’outils vient désormais s’ajouter à cette panoplie d’aménagements, avec une promesse forte : réduire l’écart entre un poste de travail standard et les besoins réels d’un collaborateur malvoyant, sourd, ou concerné par des troubles cognitifs.
Une obligation ancienne, un outil nouveau
Le secteur assurance n’aborde pas ce sujet à froid. La loi du 10 juillet 1987 impose aux entreprises de plus de 20 salariés un taux d’emploi de 6 % de travailleurs handicapés ; celle du 11 février 2005 ajoute une obligation d’aménagement raisonnable du poste, y compris en télétravail.
Concrètement, cela signifie mettre à disposition les logiciels accessibles disponibles sur le marché, ou adapter les modalités de travail au cas par cas, en lien avec la médecine du travail. L’IA ne crée donc pas une obligation, elle enrichit la boîte à outils qui permet d’y répondre.
Ce que les nouveaux outils changent concrètement
Pour la malvoyance, des applications comme Seeing AI décrivent à voix haute l’environnement, les objets ou les documents ; des fonctions comme Immersive Reader ajustent police, contraste et espacement pour faciliter la lecture. Pour la surdité, la transcription en temps réel (Otter.ai, Live Transcribe) permet de suivre une réunion sans décalage. Pour les troubles cognitifs ou les troubles dys, des outils de reformulation ou de génération documentaire simplifient des contenus internes souvent denses, notes de service, procédures, supports de formation.
Sur le papier, chacun de ces usages répond à un besoin identifié depuis longtemps par les Missions Handicap, mais que les moyens humains ou budgétaires ne permettaient pas toujours de couvrir de façon systématique.
Le risque d’une nouvelle fracture
Ce constat positif doit toutefois être nuancé par des retours de terrain moins favorables. Plusieurs praticiens de l’inclusion en entreprise rapportent qu’une vague de numérisation mal préparée produit l’effet inverse de celui recherché : des logiciels d’assistance vocale qui ne parviennent plus à lire correctement de nouvelles interfaces, des vidéos de formation diffusées sans sous-titrage exploitable, ou d’anciennes procédures accessibles supprimées au nom de la modernisation, sans que leur remplacement ait été testé par les personnes concernées.
Le point commun de ces situations n’est pas la malveillance, mais l’absence de co-conception : un outil pensé pour la majorité des utilisateurs, puis déployé à tous, sans vérification préalable auprès des collaborateurs en situation de handicap.
L’IA Act pousse d’ailleurs dans ce sens en renforçant les exigences d’accessibilité numérique qui pèsent sur les systèmes déployés en entreprise, un signal que la question ne restera pas seulement une bonne pratique RH, mais deviendra progressivement un point de conformité.
Une dynamique sectorielle qui se structure
Certains acteurs de l’assurance ont pris les devants sur le sujet plus large de l’accessibilité numérique, dont l’IA n’est qu’une composante. Le Groupe VYV acteur mutualiste de santé et de protection sociale en France, s’est associé cet été à la Contentsquare Foundation pour sensibiliser ses 49 000 collaborateurs aux obstacles numériques rencontrés par les personnes en situation de handicap.
Un premier webinaire, organisé au printemps 2026, leur a fait vivre « Behind the Screen », une expérience immersive reproduisant différentes situations de handicap face à un écran. La démarche associe les directions informatique, communication et marketing, ainsi qu’un centre d’expertise dédié aux technologies pour l’autonomie, une manière de traiter le sujet comme une question de culture d’entreprise plutôt que comme un chantier purement technique.
Un outil, pas une réponse automatique
L’IA est-elle inclusive pour les collaborateurs en situation de handicap ? Elle peut l’être, et les outils existent déjà pour le prouver au quotidien. Mais elle ne remplace pas l’aménagement raisonnable prévu par la loi, elle en devient un nouveau levier, à condition d’être choisie, testée et ajustée avec les personnes concernées, et non simplement déployée pour elles. C’est cette différence, plus que la technologie elle-même, qui sépare un outil d’inclusion réel d’un obstacle numérique de plus.

