Santé des salariés de la Sécu : Alan et Allianz l’emportent

Le tandem Alan-Allianz a été retenu pour assurer, à partir de 2027, la complémentaire santé collective des salariés de la Sécurité sociale. Un marché estimé à 3 milliards d’euros sur six ans, arraché aux sortants AG2R La Mondiale, Malakoff Humanis et Aésio, au terme d’une procédure que syndicats et patronat jugent irrégulière.

Un contrat collectif d’envergure

Créé en 2008, le contrat couvre les quelque 150 000 salariés des organismes de Sécurité sociale, agents des Urssaf, des caisses d’assurance maladie et d’allocations familiales, médecins-conseils compris, leurs ayants droit et d’anciens agents, soit environ 360 000 personnes selon l’Union des caisses nationales de sécurité sociale (Ucanss), qui représente l’employeur. Sa valeur est estimée à 3 milliards d’euros au maximum sur la période 2027-2032, selon l’AFP.

Jusqu’ici renouvelé tous les cinq ans, il était porté par un trio de groupes de protection sociale et de mutuelles : AG2R La Mondiale, Malakoff Humanis et Aésio. Quatre candidats se sont présentés à cet appel d’offres, dont Alan, associé à Allianz.

Une procédure qui a changé de nature

C’est moins le choix du lauréat que la méthode qui fait débat. Le contrat était jusqu’alors attribué par un comité de pilotage réunissant l’Ucanss et les organisations syndicales représentatives (CFDT, CGT, FO, CFTC, CFE-CGC, Unsa). Cette fois, sur avis des services juridiques de Bercy et contre celui des partenaires sociaux, l’Ucanss a lancé un appel d’offres public. Les syndicats n’ont été associés qu’à la rédaction du cahier des charges.

Restait une étape de validation : une commission des marchés, réunissant confédérations syndicales et organisations patronales (Medef, CPME, U2P), devait entériner le classement, qui plaçait Alan-Allianz en tête. Patronat et syndicats ont refusé, à l’unanimité, de l’attribuer. Selon What’s up Doc, qui s’appuie sur une enquête de Mediapart, la commission a refusé de statuer à deux reprises, les 10 septembre et 13 octobre.

Le gouvernement a alors tranché par arrêté, le 19 octobre : suspension des pouvoirs de la commission et nomination d’une administratrice provisoire, Catherine Bergeal, conseillère d’État honoraire. C’est elle qui a finalement retenu Alan-Allianz, fin octobre.

Interrogée par l’AFP, l’Ucanss n’a ni confirmé ni démenti, indiquant que le marché n’était pas encore officiellement notifié et le serait dans les quinze jours.

Les griefs des partenaires sociaux

Plusieurs objections se superposent.

Sur la notation. Force ouvrière a estimé, dans un courrier à ses adhérents, que le niveau d’objectivité de l’évaluation était insuffisant. Toujours selon Mediapart, une note d’analyse de la commission jugeait que les candidatures d’Alan et de CNP Assurances pouvaient être considérées comme irrégulières, et que la méthode de notation risquait d’être censurée par le juge administratif.

Sur le modèle d’Alan. Dans un communiqué commun, les six syndicats contestent le choix d’un assureur entièrement numérique, sans réseau d’accueil physique propre, recourant largement à l’externalisation et à la sous-traitance, et hébergeant ses données chez Amazon, ce qui les exposerait, selon eux, aux législations extraterritoriales américaines.

Sur la méthode. Depuis la mi-octobre, les syndicats boycottent le dialogue social à l’Ucanss. Cécile Velasquez (CGT) dénonce auprès de l’AFP le « mépris complet des partenaires sociaux » et un choix politique visant à faire entrer la « start-up nation » au cœur de la Sécurité sociale.

La position d’Alan

Sollicitée par l’AFP, la direction d’Alan n’a pas souhaité commenter. Auprès de Mediapart, l’assureur a fait valoir qu’il fallait débloquer une procédure dans laquelle la commission avait refusé à deux reprises de statuer sans motiver sa décision, au risque de compromettre la couverture de plusieurs centaines de milliers de bénéficiaires au 1ᵉʳ janvier 2027. Le ministère de la Santé n’a pas répondu.

Ce que ce dossier dit du marché

Pour Alan, fondé en 2016, la victoire prolonge une série de succès dans la sphère publique : le néoassureur avait déjà remporté le contrat du ministère de l’Économie et des Finances en 2025, au détriment de la MGEFI, puis celui de la Cour des comptes. Adossé à Allianz pour le portage du risque, il s’impose désormais sur un contrat collectif de très grande taille, historiquement tenu par l’économie sociale.

Pour les sortants, la perte est autant symbolique qu’économique : un contrat paritaire emblématique, au cœur même de l’institution, échappe aux acteurs mutualistes et paritaires.

La notification officielle, attendue d’ici la mi-novembre, ouvrira la phase de mise en place, à moins de deux mois de l’échéance du 1ᵉʳ janvier 2027.

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