Voiture électrique : rêve vert qui pique le portefeuille…

On a vendu la voiture électrique comme l’avenir souriant de la mobilité. Moins de bruit, moins d’émissions, moins d’entretien. Et effectivement, sur bien des points, le bilan est tenu.

Sauf sur un : l’assurance. En 2026, rouler propre coûte plus cher à assurer que rouler polluant. Cherchez l’erreur.

Il fut un temps, pas si lointain, où posséder un véhicule électrique conférait un avantage double : une image citoyenne et une prime d’assurance réduite. Les assureurs observaient en effet une sinistralité plus faible chez les conducteurs de VE, profil statistiquement plus prudent, trajets plus courts, et les compagnies en tiraient argument pour proposer des tarifs attractifs. La TSCA (Taxe Spéciale sur les Conventions d’Assurance) offrait même jusqu’en 2024 une exonération partielle. Le deal était simple et cohérent : vous faites un geste pour la planète, on fait un geste sur votre prime.

Tout cela appartient désormais au passé. Au 1er janvier 2025, l’exonération partielle de TSCA a été supprimée. Et depuis, la tendance s’est non seulement inversée mais accélérée. En 2026, assurer une voiture électrique coûte en moyenne 10 à 12 % de plus qu’un modèle thermique comparable.

Selon France Assureurs, l’indemnisation des sinistres impliquant des VE coûte 11 % de plus en moyenne, 14 % de plus sur la garantie dommages, et jusqu’à 28 % de plus sur les bris de glace. La batterie, qui peut représenter 30 à 50 % de la18 valeur du véhicule et coûter entre 8 000 et 20 000 euros à remplacer, en est la principale responsable. À quoi s’ajoutent un réseau de réparateurs agréés encore limité, des composants électroniques embarqués onéreux, et un poids des véhicules supérieur d’environ 40 % à leurs équivalents thermiques, ce qui aggrave l’intensité des sinistres.

Le résultat est une prime moyenne qui atteignait 818 euros pour un VE en 2025, contre 751 euros pour les thermiques. L’écart continue de se creuser en 2026, et certains propriétaires de modèles haut de gamme découvrent avec stupeur des primes qui dépassent celles de leurs voisins roulant en berline diesel.

Faut-il s’en indigner ? Pas nécessairement. Les assureurs font leur métier : ils tarifient le risque réel. Et le risque réel d’un VE en cas de sinistre est objectivement en termes de coût, plus élevé aujourd’hui. Ce qu’on peut regretter, en revanche, c’est l’absence d’anticipation collective de cette réalité dans la politique publique de transition énergétique. On a poussé les Français vers l’électrique via des bonus, des leasing à 100 euros, des ZFE, sans prévoir clairement sur l’impact à venir sur les primes d’assurance.

Il y a une bonne nouvelle : les spécialistes prévoient une normalisation progressive. Le développement du réseau de réparateurs spécialisés, la standardisation des pièces et la baisse tendancielle du coût des batteries devraient mécaniquement faire baisser la sinistralité et les primes dans les trois à cinq prochaines années. Certains assureurs commencent déjà à revoir leurs tarifs à la baisse sur certains segments. Mais en attendant, le conducteur qui a fait le choix écologique paie le prix de la transition.

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