La nouvelle campagne, lancée fin octobre, ne parle ni d’auto, ni de prix, ni de recommandation : elle parle de solitude. Un choix de cause qui dit beaucoup de la manière dont les mutualistes cherchent aujourd’hui à se différencier.
Un constat, une conviction
Le message tient en deux temps. D’abord un chiffre : une personne sur quatre se sent seule en France. Ensuite une injonction : « Il est temps que ça change. » Lancée fin octobre, la campagne décline ce constat autour de trois visages des solitudes contemporaines :
- les jeunes et la santé mentale
- les femmes : victimes de violences, aidantes ou isolées
- les seniors et la mobilité, autrement dit le risque de voir le lien social se défaire quand on ne peut plus se déplacer
Macif y ajoute un quatrième levier, plus directement lié à son métier : un service d’accompagnement solidaire pour les sociétaires confrontés à un coup dur.
Le chiffre mis en avant concerne les personnes de plus de 15 ans. Il rejoint le baromètre annuel de la Fondation de France, selon lequel 24 % des Français déclarent se sentir seuls et près d’un tiers vivent une forme d’isolement relationnel. Les données sont plus fines qu’il n’y paraît : le sentiment de solitude est plus fort en ville (28 % dans les agglomérations de plus de 100 000 habitants, contre 21 % en zone rurale), tandis que l’isolement réel frappe davantage les campagnes (14 % contre 9 %). Le chômage reste un accélérateur puissant : 45 % des demandeurs d’emploi se disent seuls.
À noter : les mesures varient selon les instituts. Le baromètre Ifop pour l’association Astrée, cité par le média de marque de la Macif elle-même, situe le sentiment de solitude autour de 17 %. L’écart tient aux définitions retenues – ressenti régulier, ponctuel, isolement objectif – et rappelle qu’on parle d’un phénomène aussi réel que difficile à quantifier.
« Les solitudes ne sont pas étrangères à notre métier »
Pourquoi un assureur s’empare-t-il de ce sujet de société ? La direction de la Macif assume la question.
Pour Alban Gonord, directeur de l’engagement, « quand la société se défait, les solitudes gagnent ».
Dans sa prise de parole accompagnant le lancement, il fait le lien avec le cœur du métier : les solitudes fragilisent les individus et aggravent les accidents de la vie.
L’argument mérite qu’on s’y arrête. Un sinistre habitation, un accident de la route, un arrêt de travail prolongé ne pèsent pas de la même façon sur une personne entourée et sur une personne seule. L’isolement allonge les délais de déclaration, complique la gestion du sinistre, retarde le retour à l’autonomie et alourdit les conséquences psychologiques. Pour les métiers de la prévoyance, de la santé et de l’assistance, la solitude est un facteur aggravant, rarement tarifé, presque jamais nommé – mais bien présent dans la sinistralité.
Les angles retenus par la campagne recoupent d’ailleurs des terrains d’action investis depuis plusieurs années par le groupe : le soutien au programme « Ambassadeurs Santé Mentale » d’Unis-Cité côté jeunes, les dispositifs d’accompagnement des aidants, et les solutions de mobilité pour les seniors. Sur ce dernier volet, la campagne met en scène une navette automatisée développée par beti, entreprise de mobilité dont Macif Innovation est actionnaire. Une manière de montrer une réponse concrète plutôt qu’un simple constat.
De la parole des sociétaires à la prise de position
Avec « Solitudes », la marque ne parle plus d’elle à travers ses clients ; elle parle de la société à travers son modèle. Le registre est institutionnel, la cause est assumée, et le mutualisme est présenté comme une réponse, mise en commun, faire ensemble, solidarité face à l’imprévu, plutôt que comme un statut juridique.
La campagne s’appuie aussi sur un écosystème de contenus. Le média de marque « Vous! par Macif » a publié en octobre des pistes pratiques pour recréer du lien, puis, le 28 octobre, des témoignages vidéo de sociétaires sur ce que la solitude signifie pour eux. Les dirigeants et les collaborateurs relaient largement la campagne. Le sujet n’est pas traité comme un coup ponctuel mais comme un fil rouge.
Une tendance de fond chez les mutualistes
La Macif n’est pas seule sur ce terrain. Quelques jours plus tôt, le 21 octobre, la MAIF lançait sa propre campagne d’affichage nationale, autour de l’inclusion, de la transition écologique et de l’éducation, dans la continuité de son positionnement d’« assureur militant ». Deux approches différentes, mais un même mouvement : les mutualistes investissent les grands sujets de société pour rendre lisible ce qui les distingue des acteurs capitalistiques, à l’heure où les offres se ressemblent.
En choisissant la solitude, la Macif a pris un sujet consensuel en apparence, mais redoutablement difficile à traiter concrètement. C’est précisément ce qui rend la campagne intéressante pour le secteur : elle pose la question de ce qu’un assureur peut faire, au-delà de l’indemnisation, pour des risques qui ne figurent dans aucun tableau de garanties.
Sources
- Prise de parole d’Alban Gonord, directeur de l’engagement de la Macif (LinkedIn, fin octobre 2026) : https://www.linkedin.com/in/christelle-delattre-b6911118a/ (relais du post)
- Baromètre des solitudes de la Fondation de France (chiffres ville / campagne) : https://www.enetbase.com/forme-bien-etre/info6504/solitude-paradoxe-villes-campagnes-france.html
- Tribune : La solitude, un mal silencieux qui tue chaque jour : il est urgent de nous mobiliser

