On le croyait endormi. Le voilà de retour. Mercredi soir, lors du premier débat de la primaire de la gauche sociale-démocrate sur LCI, Jérôme Guedj a remis sur la table la « Grande Sécu ».
Un sujet bien connu du secteur de l’assurance santé, qui ressurgit régulièrement à l’approche des échéances électorales. Cette fois, avec une promesse particulièrement opportuniste : « redonner du pouvoir d’achat aux Français. »
Dans le secteur de l’assurance santé, on pourrait presque parler d’un rituel électoral. À l’approche d’une élection présidentielle, le fantôme de la Grande Sécu finit tôt ou tard par réapparaître. Mercredi 23 septembre, c’est Jérôme Guedj qui l’a fait revenir dans les médias.
Une idée qui revient de loin
La Grande Sécu n’est évidemment pas une idée nouvelle. Elle a déjà alimenté plusieurs campagnes et de nombreux travaux sur l’organisation de notre système de santé. Le Collège des économistes de la santé observait d’ailleurs en février dernier que le sujet revenait une nouvelle fois sur le devant de la scène et rappelait qu’il avait déjà émergé lors de précédentes périodes préélectorales.
Son principe politique est assez compréhensible : pourquoi maintenir deux niveaux de remboursement sur une partie des mêmes dépenses de santé, avec d’un côté l’Assurance maladie et, de l’autre, les organismes complémentaires ? Dans sa version la plus extensive, la Grande Sécu conduirait à confier à l’Assurance maladie une part beaucoup plus importante de la couverture des soins, réduisant en conséquence le rôle des assueurs et mutuelles santé.
Sur le papier, le message est simple. Dans la réalité, beaucoup moins.
De la réforme du système de santé à la promesse de pouvoir d’achat
C’est probablement là que le retour de la Grande Sécu en 2026 devient politiquement intéressant. Le débat ne porte plus seulement sur l’architecture du système français de protection sociale ou sur le partage des rôles entre Assurance maladie obligatoire et assureurs et mutuelles santé. Jérôme Guedj présente la Grande Sécu comme une des réponses à la question du pouvoir d’achat. Le contexte s’y prête….
Pour un candidat, l’équation politique devient alors particulièrement séduisante à présenter : davantage de remboursements par la Sécurité sociale, moins de complémentaire à payer et, à la clé, du pouvoir d’achat rendu aux Français. Mais cette simplicité du message politique contraste avec la réalité d’un système dont l’organisation est autrement plus complexe.
Un sujet beaucoup plus complexe qu’un slogan
Car derrière les mots Assurance ssanté ou mutuelle, il se trouve tout un pan de notre système de protection sociale. Ces acteurs interviennent dans la couverture santé individuelle et collective, mais également dans la prévention, les réseaux de soins, l’accompagnement des assurés, la prévoyance et de nombreux services associés.
Jérôme Guedj connaît d’ailleurs parfaitement cette complexité. Il copréside actuellement à l’Assemblée nationale une mission consacrée précisément à la répartition de la prise en charge des dépenses entre l’Assurance maladie obligatoire et l’Assurance maladie complémentaire. Lors d’une audition organisée en juillet, il rappelait lui-même que le sujet faisait parallèlement l’objet de plusieurs travaux et missions et constatait que, malgré les travaux du HCAAM engagés quelques années auparavant, peu d’évolutions systémiques avaient finalement vu le jour.
Rappelons que le solde des comptes de la sécurité sociale s’établit à -21,6 Md€ en 2025 (voir site de la Sécutité sociale).
Un fantôme particulièrement utile en période électorale ?
C’est peut-être finalement là que se trouve le véritable sujet. La Grande Sécu possède toutes les caractéristiques d’un thème de campagne puissant : elle touche à la santé, au pouvoir d’achat, à l’égalité devant les soins et à la simplification administrative.
Elle permet surtout de résumer en quelques phrases une question qui mobilise depuis des années économistes, pouvoirs publics, professionnels de santé, partenaires sociaux et assureurs santé et mutuelles.
Le risque est alors de faire croire qu’une transformation aussi profonde du système français de protection sociale pourrait se résumer à la disparition d’un acteur imprtant (assureurs et mutuelles santé) et à une économie potentiellement rendue aux Français.
Or la Grande Sécu serait plus une mesure isolée qu’un choix de société sur l’organisation et le financement de la protection sociale.
Pour le secteur de l’assurance santé, l’enjeu n’est sans doute pas, à ce stade, de ressortir immédiatement les calculettes. Il est plutôt de demander aux candidats quelle Grande Sécu ils proposent réellement, quelle place ils imaginent demain pour les assureurs et mutuelles santé et, au-delà de la promesse de pouvoir d’achat, qui reste à démontrer en prenant l’intégralité des paramètres, quel système de protection sociale ils veulent construire.
Le débat existe réellement parmi les économistes de la santé, les deux positions opposées publiées par le Collège des économistes de la santé : « Vers une Grande Sécu, enfin ? » et « Grande Sécu : la solution est délétère ».

