Inondations de l’hiver 2026 : un milliard et demi d’euros de dommages, des dizaines de milliers d’assurés encore en attente.
Les tempêtes Nils et Pedro, suivies de crues historiques dans l’Ouest et le Sud-Ouest de la France en janvier et février 2026, ont laissé derrière elles un bilan lourd pour le secteur de l’assurance. Plusieurs mois après les événements, la « machine à indemnisation » est en marche, mais le chemin reste long pour les sinistrés.
L’hiver 2026 restera dans les annales. Avec 35 jours de pluie consécutifs, du jamais-vu depuis 1959, et le passage successif des tempêtes Nils (12 février) et Pedro (19 février), plusieurs régions françaises ont subi des inondations d’une ampleur géographique et d’une durée exceptionnelles. Le long de la Charente, de la Dordogne, de la Garonne, de la Gironde, de la Loire et du Maine, des centaines de communes ont été submergées. La Caisse centrale de réassurance a estimé les pertes assurées liées aux seuls dégâts causés par le vent de la tempête Nils à près d’un milliard d’euros, sans même compter les crues, dont l’impact est généralement plus lourd encore. Au total, France Assureurs et CCR ont estimé le coût global des dommages à 1,2 milliard d’euros pour cet épisode.
130 000 sinistres déclarés dès les premières semaines
Les assurés des grandes mutuelles et compagnies ont été les premiers à se manifester. Les assurés de MAIF, MACIF, Covéa (Maaf, MMA, GMF) et Crédit Agricole Assurances avaient déjà déclaré plus de 130 000 sinistres dans les premières semaines suivant les tempêtes, une grande majorité concernant l’habitation. La tempête Nils seule a provoqué quelque 250 000 sinistres (chutes d’arbres, toitures abîmées) selon la Caisse centrale de réassurance. Ces chiffres dépassent largement ceux des inondations du Pas-de-Calais de fin 2023, pourtant considérées à l’époque comme une catastrophe majeure.
Face à cet afflux, Macif et Covéa ont rapidement annoncé l’extension du délai de déclaration de 5 à 30 jours pour leurs assurés. Florence Lustman, présidente de France Assureurs, a lancé une « mission de reconnaissance commune » pour accélérer les indemnisations dans les zones les plus difficilement accessibles. Le gouvernement, par la voix du ministre de l’Économie Roland Lescure, a appelé les assureurs à une « mobilisation générale ».
La procédure CatNat accélérée
Pour faciliter les indemnisations, une commission interministérielle catastrophes naturelles a été réunie deux semaines plus tôt que d’ordinaire. Un arrêté du 24 février 2026 a fixé une première liste de 294 communes reconnues en état de catastrophe naturelle : en Charente-Maritime, Gironde, Lot, Maine-et-Loire notamment, publiée au Journal Officiel du 25 février. Cette reconnaissance était cruciale : elle ouvrait un délai de 30 jours pour que les sinistrés déclarent leurs dommages à leur assureur, et déclenche les conditions d’indemnisation spécifiques du régime CatNat, avec une franchise légale de 380 euros pour les habitations et de 1 140 euros pour les biens professionnels.
Une facture qui pèsera sur les cotisations
Le contexte de ce sinistre majeur se greffe sur une tendance de fond déjà préoccupante. Depuis janvier 2025, la surprime obligatoire CatNat intégrée dans les contrats d’assurance habitation est passée de 12 % à 20 %. L’association UFC-Que Choisir et le cabinet Addactis projetaient déjà, avant les inondations de février, une hausse des contrats habitation de 8 à 11 % en 2026. Au vu des sinistres de l’hiver, ces projections pourraient être dépassées. Certaines régions très exposées risquent même, à terme, de voir les assureurs restreindre leurs couvertures, voire refuser de couvrir certains biens situés en zones particulièrement vulnérables. Un enjeu d’assurabilité des territoires qui commence à faire débat dans les sphères politiques et réglementaires.

