En 1965, les femmes obtenaient enfin le droit d’ouvrir seules un compte bancaire. Soixante ans plus tard, l’accès aux services financiers s’est largement démocratisé, mais nous ne sommes toujours pas tous égaux pour les comprendre et les utiliser. Genre, diplôme, milieu social, numérique… et si l’assurance avait, elle aussi, un rôle à jouer ?
L’année 1965 marque le vingtième anniversaire de l’année où les femmes ont pu voter pour la première fois, lors des élections municipales. Pourtant, cette même année, elles ne sont toujours pas considérées comme les égales des hommes.
C’est dans ce contexte que le gouvernement de Georges Pompidou, pourtant exclusivement composé d’hommes, fait adopter la loi du 13 juillet 1965, mettant fin à l’autorisation maritale et contribuant à faire reculer les inégalités auxquelles les femmes restaient confrontées. Elles peuvent désormais signer un contrat de travail, percevoir leur propre salaire et ouvrir un compte bancaire sans l’accord de leur mari.
Si cette réforme constitue une étape importante vers l’égalité entre les femmes et les hommes, elle invite aussi à interroger notre époque : où en sommes-nous aujourd’hui ? Sommes-nous réellement tous égaux face à la culture et à l’éducation financières ?
Quand l’accès ne garantit pas l’égalité
Soixante ans après la loi de 1965, les femmes peuvent évidemment gérer seules leur argent, ouvrir un compte bancaire ou souscrire un produit financier. Mais être juridiquement autonome ne signifie pas pour autant être totalement à l’aise face à la finance.
Les écarts entre les femmes et les hommes en témoignent encore. Selon le dernier baromètre de l’Autorité des marchés financiers, publié en mars 2026, seules 28 % des femmes se déclarent compétentes en matière d’épargne et de placements, contre 51 % des hommes. Pourtant, lorsque leurs connaissances sont réellement testées, la différence se réduit nettement : 9 % des femmes répondent correctement aux trois questions posées, contre 15 % des hommes. Autrement dit, l’écart semble aussi se jouer dans la confiance que chacun accorde à ses propres connaissances.
Mais le genre est loin d’être le seul facteur d’inégalité. Selon la dernière enquête EDUCFI de la Banque de France, réalisée début 2026, les Français obtiennent en moyenne 64,1/100 en éducation financière. Derrière ce chiffre se cachent toutefois de fortes disparités. Le score tombe à 57,25/100 chez les personnes sans diplôme ou ayant seulement un niveau primaire, quand il atteint 71,49/100 chez les diplômés de l’université ou de grandes écoles. Même constat selon la catégorie socioprofessionnelle : les CSP- obtiennent 60,54/100, contre 66,95/100 pour les CSP+.
Et encore faut-il pouvoir accéder aux services financiers dans de bonnes conditions. En 2026, 26 % des Français déclarent rencontrer des difficultés pour effectuer seuls certaines démarches en ligne. Cette proportion grimpe à 29 % chez les 65 ans et plus, 33 % chez les personnes sans diplôme et 36 % chez les personnes seules avec au moins un enfant à charge.
Et l’assurance est loin d’échapper au sujet. Dans son rapport 2025, publié en septembre 2026, la Médiation de l’Assurance fait état de 46 830 saisines en 2025, soit une hausse de 28 % en un an. Sur les douze derniers mois, leur nombre atteignait même près de 60 000. Ces chiffres ne signifient évidemment pas que toutes ces réclamations sont liées à des contrats mal compris. Mais le Médiateur lui-même rappelle que la lisibilité des contrats d’assurance reste un sujet d’actualité.
Genre, niveau d’études, milieu social, âge, maîtrise du numérique ou simplement capacité à comprendre un document… L’accès aux services financiers est aujourd’hui ouvert à tous en droit. Mais sommes-nous réellement tous armés de la même manière pour comprendre, choisir et utiliser ces services ? Et, là encore, le secteur de l’assurance peut-il contribuer à réduire ces écarts ?
L’assurance peut-elle réduire les inégalités financières ?
Face à ces écarts, le secteur de l’assurance ne part pas de zéro. Et les initiatives développées ces dernières années ont justement ceci d’intéressant qu’elles ne cherchent pas toutes à répondre au même problème.
Pour les personnes les plus vulnérables financièrement d’abord, l’enjeu est souvent d’intervenir avant que les difficultés ne deviennent impossibles à surmonter. C’est notamment le terrain investi par CRÉSUS, association historiquement engagée dans la prévention du surendettement et l’accompagnement de personnes confrontées à des difficultés budgétaires.
Avec son programme Dilemme, l’association utilise notamment le jeu pour travailler très concrètement sur la gestion d’un budget, le crédit, les moyens de paiement, l’épargne, l’assurance ou encore la retraite. L’objectif n’est donc pas seulement d’améliorer une culture financière générale : il s’agit aussi de donner davantage de clés à des personnes qui peuvent être fragilisées par de faibles revenus, une rupture de vie, un accident financier ou simplement une méconnaissance des mécanismes bancaires.
Plusieurs assureurs ont choisi de soutenir cette démarche. CNP Assurances finance depuis 2022 des ateliers Dilemme. AXA a accompagné le développement de Dilemme Avenir et fait partie des membres fondateurs de la Maison CRÉSUS, tandis que la Macif utilise elle aussi le programme dans certaines de ses actions de prévention et d’éducation budgétaire.
Une manière de rappeler que l’éducation financière peut aussi être un outil de prévention sociale : comprendre un crédit, anticiper une dépense ou connaître ses droits peut parfois éviter qu’une fragilité temporaire ne s’installe durablement.
Mais tout le monde ne part pas non plus du même point face à l’argent. Les différences persistantes entre les femmes et les hommes en sont une autre illustration.
Parité Assurance travaille ainsi en 2026 à la création d’un jeu de société consacré à l’éducation financière. Le principe : aborder les décisions qui jalonnent une vie (études, premier emploi, couple, parentalité, séparation, épargne ou retraite) tout en déconstruisant certains stéréotypes et en renforçant notamment l’autonomie financière des femmes.
La question de la retraite est particulièrement révélatrice. L’UMR en a fait depuis plusieurs années un sujet de sensibilisation, notamment à travers des prises de parole et tables rondes consacrées aux femmes. En 2026, elle s’est aussi associée à SPAK sur le volet retraite de son baromètre de l’éducation financière.
D’autres initiatives cherchent, elles, à faire tomber une barrière moins visible mais tout aussi réelle : l’idée que la finance serait compliquée par nature, voire réservée à ceux qui en maîtrisent déjà les codes.
C’est précisément le parti pris de La France Mutualiste et de Mon Petit Placement avec Flouze. Application ludique, cahier de vacances, contenus sur le budget, l’épargne, les placements, la retraite, l’immobilier ou encore la fiscalité : ici, pas de vocabulaire volontairement intimidant ni de cours magistral. L’objectif est plutôt de rendre ces sujets plus familiers. En 2026, l’application avait dépassé les 20 000 téléchargements, tandis que la première édition du cahier avait été diffusée à plus de 15 000 exemplaires. Une approche loin d’être anodine lorsque près d’un Français sur deux considère encore qu’il faut être expert pour bien gérer son budget.
Mais il y a peut-être une évolution encore plus intéressante : celle qui consiste à reconnaître que l’effort ne doit pas venir uniquement du consommateur. Car éduquer financièrement les Français est une chose. Encore faut-il que les produits qu’on leur propose soient compréhensibles.
CNP Assurances a ainsi engagé un vaste chantier de réécriture de ses contrats, courriers et contenus en langage clair. En 2025, plusieurs millions de courriers avaient déjà été retravaillés dans cette logique, et l’assureur vise désormais 100 % des informations adressées à ses clients en langage clair d’ici 2030.
Malakoff Humanis avance dans la même direction avec son programme « Parlons clair », lancé en 2025. Contrats, courriers, parcours digitaux, simulateurs, mais aussi formation des collaborateurs : cette fois, ce n’est plus au client de s’adapter seul au langage de l’assurance, c’est aussi à l’assurance de devenir plus accessible.
Pendant longtemps, parler d’éducation financière revenait surtout à apprendre aux particuliers à mieux gérer leur argent. Les initiatives actuelles montrent une approche plus large : aller vers ceux qui sont fragilisés, tenir compte des inégalités entre les femmes et les hommes, rendre la finance moins intimidante, mais aussi simplifier directement les produits et les informations proposés par le secteur.
Soixante ans après avoir permis aux femmes d’ouvrir seules un compte bancaire, la question n’est donc plus seulement celle de l’accès. Elle devient celle d’une autonomie financière réelle : pouvoir comprendre, choisir, anticiper et exercer ses droits, quel que soit son âge, son genre, son diplôme ou son milieu social.
L’éducation financière et l’accessibilité fera partie des sujets abordés lors des Trophées de l’Engagement 2026, aux côtés d’autres grands enjeux sociétaux et environnementaux sur lesquels l’écosystème de l’assurance peut agir.

