Cet été, nous vous embarquons dans le Carnet de route de l’assurance engagée, le livre d’Enola Gambey : trente-huit histoires, trente-huit lieux, un tour de France de vies ordinaires bousculées par l’imprévu. Chaque récit s’ancre dans un dispositif engagé bien réel du secteur, et chaque personnage vous mène au suivant. Une histoire par semaine, pour redécouvrir l’assurance en partenaire de vie inattendu.
Le TGV file vers Paris. Maxime Payet regarde par la fenêtre les paysages défiler, mais son attention est ailleurs. À côté de lui, cinq enfants parlent tous en même temps.
– C’est vrai qu’on va voir la Patrouille de France ?
– Et Bigflo et Oli ?
-On va visiter quoi ce matin ?
Maxime sourit.
– Ce matin, on visite le musée du Quai Branly. Et après, direction le Champ-de-Mars pour le reste de la journée.
– C’est où le Champ-de-Mars ?
– Juste en dessous de la tour Eiffel.
Les yeux s’écarquillent.
Maxime est ostéopathe à Strasbourg et donne aussi des formations en entreprise, mais aujourd’hui, il a posé sa journée. Il est accompagnateur bénévole pour le Secours populaire.
Direction : la Journée des oubliés des vacances. Ou plutôt, cette année, les « Vacances de ouf ».
Un enfant sur trois ne part pas en vacances en France. Maxime a découvert ce chiffre il y a quelques années. Ça l’avait frappé. Un enfant sur trois.
Depuis, il donne ce qu’il peut de son temps, malgré un emploi du temps chargé. Cette année, il s’est inscrit pour accompagner un groupe d’enfants de la région strasbourgeoise à Paris.
Les cinq gamins qu’il accompagne ont entre huit et onze ans. Aucun n’a jamais vu Paris. Aucun n’est parti en vacances cet été.
Premier arrêt : le musée du Quai Branly. Les enfants déambulent entre les collections d’Afrique, d’Océanie, d’Asie. Un conteur griot leur raconte des légendes. Rafael, le plus turbulent du groupe, reste bouche bée devant les masques.
– C’est des vrais ?
– Oui. Certains ont plusieurs centaines d’années.
– Waouh.
En sortant du musée, ils rejoignent le flot des autres groupes. Des milliers d’enfants s’avancent vers le Champ-de-Mars, reconnaissables à leurs casquettes colorées.
Quand ils arrivent, les enfants se figent. Devant eux, la tour Eiffel. Et à ses pieds, vingt hectares transformés en immense terrain de jeu. Une scène géante au milieu. Des stands partout. Quarante mille enfants de toute la France. Et trois mille venus de l’étranger.
– C’est… c’est pour nous tout ça ? demande Léana, la plus timide.
– Oui. C’est pour vous tout ça.
Ils s’installent sur la pelouse pour le pique-nique géant. Maxime distribue les sandwichs, les compotes, les bouteilles d’eau.
Autour d’eux, des nappes de fortune, des milliers d’enfants assis dans l’herbe. Le brouhaha est énorme, joyeux, presque étourdissant. Léana mange son sandwich en silence, les yeux levés vers la tour Eiffel. Elle la regarde comme on regarde quelque chose qu’on a vu mille fois en photo sans jamais croire qu’on la verrait en vrai.
– Elle est plus grande que je croyais, dit-elle.
Rafael, lui, a déjà fini de manger. Il s’est retourné pour parler à un garçon de la nappe voisine, un gamin de Marseille qui porte un maillot de l’OM trois tailles trop grand. En moins de deux minutes, ils sont amis. Maxime les observe. Il pense à ce qu’on dit parfois, que les enfants n’ont besoin de rien pour être heureux. Ce n’est pas vrai. Ils ont besoin de ça.
L’après-midi, ils explorent les trois univers phares des vacances : montagne, camping, plage. Cent soixante activités au total. Démonstrations sportives, découverte de métiers, ateliers créatifs. Noah passe vingt minutes à la « boîte aux lettres des rêves », à écrire un message qu’il glisse dans l’urne avec un sérieux absolu.
– Tu as écrit quoi ? demande Maxime.
– C’est secret.
Un peu plus loin, une jeune femme filme la scène avec son téléphone. Elle porte un badge « presse » et parle face caméra, énergique, souriante.
– Regardez cette ambiance ! Quarante mille enfants réunis au pied de la tour Eiffel. C’est la Journée des oubliés des vacances, et franchement… c’est magique.
Elle coupe, vérifie sa vidéo, recommence sous un autre angle. Maxime comprend : une créatrice de contenus, venue couvrir l’événement.
En milieu d’après-midi, les champions arrivent. Jo-Wilfried Tsonga, Aurélie Aubert, d’autres médaillés olympiques et paralympiques. Sur les écrans géants, Tony Estanguet, le président des Jeux de Paris 2024, délivre un message aux enfants.
Puis un grondement dans le ciel. Tout le monde lève la tête. Huit Alpha Jets de la Patrouille de France surgissent au-dessus du Champ-de-Mars.
Les enfants hurlent. Rafael saute sur place. Léana, d’habitude si réservée, applaudit à tout rompre. Même les adultes restent bouche bée.
– C’est trop beau.
Maxime ne dit rien. Il regarde ces gamins, le nez en l’air, émerveillés. Il sait qu’ils s’en souviendront toute leur vie.
Le show musical commence dans l’après-midi. Les enfants reprennent en chœur la chanson de Vaiana ou encore de la Reine des Neiges.
Puis Bigflo et Oli montent sur scène. Des milliers d’enfants qui chantent, qui dansent, qui crient.
Maxime reste en retrait avec les autres accompagnateurs. La créatrice de contenus de tout à l’heure s’approche.
– Je peux m’asseoir deux minutes ? J’ai mal aux pieds à force de courir partout.
– Bien sûr.
Elle s’installe, pose son téléphone.
– Moi c’est Célia. Je fais des vidéos sur les réseaux.
– Maxime. Accompagnateur bénévole. Je viens de Strasbourg avec cinq enfants.
– Strasbourg ? Ils ont fait tout ce trajet ?
– 2 heures et demie de train. Mais regarde-les.
Il désigne son groupe. Yanis danse comme un fou. Léana chante sans retenue. Marwan, Rafael et Julie sont bras dessus bras dessous.
Célia sourit.
– Je filme depuis ce matin. Et à chaque stand, c’est pareil. Les gamins sont… je sais pas comment dire.
– Émerveillés.
– Oui. C’est ça. Émerveillés.
Le soir, dans le TGV du retour, les cinq enfants dorment, épuisés. Maxime les regarde. Yanis serre un petit drapeau du Secours populaire. Léana a encore les joues rouges d’avoir dansé. Les trois autres sont affalés les uns contre les autres.
Son téléphone vibre. Un message de Célia.
« Merci pour la discussion. Ma vidéo est en ligne, elle cartonne déjà. Si ça peut donner envie à d’autres de s’engager… À bientôt peut-être ! »
Maxime sourit. Demain, il retournera à son cabinet, à ses patients, à ses formations. Mais ce soir, il rentre avec des images plein la tête. La Patrouille de France dans le ciel. Les masques du Quai Branly. Les quarante mille casquettes colorées. Et surtout, les visages de ces cinq gamins, illuminés.
Une journée de ouf. Vraiment.
La Macif soutient, depuis près de 30 ans, le Secours populaire français, qui organise chaque année la Journée des oubliés des vacances. En août 2025, cette journée a rassemblé plus de 50 000 enfants et accompagnateurs venus de toute la France et 3 000 venus des 5 continents.
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