À l’approche de la Journée nationale des aidants, le 6 octobre, le sujet de l’aidance revient sur le devant de la scène RH.
VerbaTeam, marque du groupe ISEA spécialisée dans le conseil aux entreprises sur l’absentéisme et la qualité de vie au travail, publie un billet d’alerte pointant un enjeu qu’elle juge « encore trop invisible » dans le monde du travail, un constat que confirment, chiffres officiels à l’appui, les données de la DREES, d’Agirc-Arrco et de l’Observatoire OCIRP/Viavoice des salariés aidants.
Chiffres à retenir
- 20 % des actifs seraient aujourd’hui aidants, une proportion qui pourrait atteindre 25 % à l’horizon 2030 (Agirc-Arrco)
- 6,4 millions de personnes apportent régulièrement un soutien moral à un proche, 5,5 millions une aide dans les actes de la vie quotidienne, 1,3 million une aide financière et 3 millions cumulent plusieurs formes d’aide (DREES, 2023)
- 1 aidant sur 2 ne se reconnaît pas comme tel
- 56 % des aidants salariés évoquent des répercussions sur leur charge mentale, 50 % un impact sur leur travail — mais 46 % n’en parlent pas à leur employeur (OCIRP/Viavoice, 2024)
- 23,5 % des 60-64 ans déclarent apporter une aide régulière à un proche (DREES, Études et Résultats n°1255)
Un actif sur cinq, sans toujours le savoir
Derrière le mot « aidant » se cachent des situations très hétérogènes : accompagner un parent vieillissant, soutenir un conjoint malade, aider un enfant en situation de handicap, prendre en charge les démarches administratives d’un proche. Selon les données Agirc-Arrco, reprises de Malakoff Humanis et de la DREES, près de 20 % des actifs seraient aujourd’hui aidants, une part qui pourrait grimper à 25 % d’ici 2030.
La DREES précise la photographie : en France, 6,4 millions de personnes apportent régulièrement un soutien moral à un proche, 5,5 millions une aide dans les actes de la vie quotidienne, et 1,3 million une aide financière : 3 millions cumulant plusieurs de ces formes d’aide. L’aidance déborde ainsi largement l’image, encore dominante, de l’accompagnement d’un parent âgé et dépendant : elle concerne un proche malade, en situation de handicap ou en perte d’autonomie, et peut survenir à tout âge. Elle reste toutefois particulièrement fréquente autour de 60 ans, où 23,5 % des 60-64 ans déclarent apporter une aide régulière.
Premier obstacle à la prise en charge de ce sujet : un aidant sur deux ne se reconnaît pas comme tel, notamment en raison de la diversité des situations et de l’absence de repères pour se définir.
Quand la vie d’aidant franchit la porte de l’entreprise
Contrairement à une idée reçue, l’aidance ne s’arrête pas à la porte du bureau. Selon l’Observatoire OCIRP/Viavoice « Salariés aidants » de 2024 , 56 % des aidants interrogés évoquent des répercussions sur leur charge mentale, et 50 % estiment que différents aspects de leur travail (organisation, efficacité, quantité ou qualité) s’en trouvent altérés. Pourtant, 46 % n’en parlent pas à leur employeur.
Fatigue, contraintes d’organisation, manque de temps : les salariés aidants composent souvent avec une double charge, entre activité professionnelle et accompagnement d’un proche. Pour Flore Serré, directrice générale de VerbaTeam, cette réalité, « souvent silencieuse », est celle que l’entreprise doit apprendre à voir — « non pas pour entrer dans la vie privée des salariés, mais pour leur permettre de mieux concilier leur rôle d’aidant, leur vie professionnelle et leur propre équilibre ». Elle insiste sur l’absence de profil type : les besoins varient selon la personne accompagnée, la situation familiale, l’intensité et la durée de l’aide, ou encore les ressources dont dispose le salarié.
Face à ce constat, VerbaTeam prépare un dispositif dédié à l’aidance en entreprise, dont le déploiement est annoncé pour octobre. L’objectif affiché : sensibiliser l’ensemble des salariés, aidants ou non, et donner aux managers et aux RH des repères pour identifier, écouter et orienter? sans s’immiscer dans la vie privée des collaborateurs. Congés, aménagement du temps de travail, flexibilité, dons de jours : les leviers existent déjà dans de nombreuses entreprises, mais VerbaTeam souligne que l’accompagnement passe tout autant par la sensibilisation que par les dispositifs eux-mêmes.
Ce cadre d’action rejoint les orientations de la stratégie nationale interministérielle 2023-2027 portée par le Gouvernement, qui identifie explicitement le repérage des aidants sur leur lieu de travail et la conciliation entre aidance et activité professionnelle comme des enjeux de politique publique.
Le 2 octobre, l’OCIRP porte à nouveau le sujet sur la place publique
Cette alerte du secteur privé trouve un écho institutionnel quelques jours plus tard. Le vendredi 2 octobre 2026, à l’occasion de la Journée nationale des aidants, l’OCIRP organise à la Maison de la Radio et de la Musique une matinée de tables rondes intitulée « Aidants, dialogue social et débat public », au cours de laquelle seront dévoilés les résultats de l’édition 2026 de l’Observatoire OCIRP/Viavoice Salariés aidants. (Inscription obligatoire en ligne).
Le programme, structuré en trois temps, illustre l’ampleur des parties prenantes désormais mobilisées sur le sujet. Une première table ronde, consacrée à la santé mentale des aidants, aux conditions de travail et à l’action sur les territoires, réunira notamment Laurence Breton-Kueny (vice-présidente de l’ANDRH), Sylvie Peretti (présidente de l’ANACT) et l’économiste Nathalie Chusseau (Université de Lille, Sciences Po Lille). Une deuxième, consacrée aux complémentarités entre acteurs de la protection sociale, mettra face à face Maëlig Le Bayon, directeur général de la CNSA, et Marie-Anne Montchamp, directrice générale de l’OCIRP. La troisième, enfin, donnera la parole aux partenaires sociaux / organisations syndicales (CGT, CFE-CGC, FO, CFTC, CFDT) et patronales (UDES, Les Entrepreneurs) sur la place de l’aidance dans le dialogue social.
Cette convergence entre initiative d’entreprise et débat public n’a rien d’un hasard de calendrier. Elle traduit un basculement plus large : l’aidance, longtemps traitée comme une affaire strictement privée, s’impose désormais comme un sujet de dialogue social à part entière, appelé à structurer aussi bien les politiques RH des entreprises que les négociations de branche. Reste à transformer ce moment de visibilité collective en dispositifs concrets et durables, c’est précisément l’ambition affichée par les organisateurs des tables rondes du 2 octobre.
Sources
- VerbaTeam – Billet décryptage, 22 septembre 2026
- DREES, 2023 – Les proches aidants : typologie d’une population hétérogène
- DREES, 2023 – Études et Résultats n°1255
- OCIRP / Viavoice, 2024 – Salariés aidants : quelles réponses ?
- Gouvernement français – 2e stratégie nationale de mobilisation et de soutien aux aidants 2023-2027
- OCIRP – Invitation aux tables rondes « Aidants, dialogue social et débat public », JNA2026

