Josiane souscrit l’assurance « Homme Clé », elle hallucine !

Josiane, dirigeante d’ETI industrielle dans le Vexin appelle son courtier pour couvrir le risque que représenterait, pour son entreprise, la perte soudaine de sa directrice technique, la seule à maîtriser un procédé breveté qui fait la moitié du chiffre d’affaires. Il lui répond qu’il va lui monter un dossier « Homme Clé ».

Elle ne relève pas ; c’est le nom du produit, tout le monde le connaît. Mais le mot reste « en suspens » dans la conversation, un peu décalé par rapport à ce dont il est question…. Ce terme apparaît de plus en plus déconnecté de la réalité de notre société moderne. Décryptage d’un changement sémantique  nécessaire.

Ce petit « hiatus » résume assez bien où en est le secteur sur ce sujet : le terme continue de circuler presque partout, sans qu’il choque grand-monde, mais il ne colle plus à un monde qu’il est censé accompagner, celui d’une gouvernance d’entreprise qui compte de plus en plus de dirigeantes, d’associées et de collaboratrices dont le départ pèserait sur la continuité d’une activité.

Ce n’est pas anecdotique, les mots façonnent les perceptions

Le langage n’est jamais neutre et n’est pas qu’un sujet de communication. En entreprise, les termes que nous utilisons reflètent nos valeurs et façonnent l’inconscient collectif. Maintenir l’expression « Homme Clé » entretient implicitement le stéréotype selon lequel les fonctions vitales et irremplaçables d’une organisation sont naturellement dévolues aux hommes.

Un produit sans genre

Sur le fond, personne ne conteste que la garantie n’a rien de sexué. Elle indemnise l’entreprise, souscriptrice et bénéficiaire du contrat, en cas de décès, d’invalidité ou d’incapacité de travail de la personne dont le savoir-faire, l’expertise ou le réseau conditionne la bonne marche de l’activité : dirigeant, associé, mais aussi expert technique ou commercial difficilement remplaçable. Le capital versé sert à absorber la perte de marge, financer un recrutement de transition ou rembourser un emprunt professionnel adossé à cette personne.

Plusieurs assureurs le rappellent d’ailleurs explicitement dans leur documentation commerciale, en évoquant ces collaboratrices et collaborateurs dont la contribution conditionne la performance de l’entreprise. Le principe est donc pleinement mixte depuis toujours. C’est le nom commercial qui a pris du retard.

Ceux qui ont changé « l’étiquette »

Pour les acteurs dusecteur de l’assurance, faire évoluer ce vocabulaire n’est pas une concession à la modernité, c’est aussi une opportunité commerciale et éthique. C’est aussi aligner l’offre de prévoyance avec les engagements RSE (Responsabilité Sociétale des Entreprises) que la quasi-totalité des compagnies d’assurance et des entreprises clientes mettent aujourd’hui en avant

  • La garantie « Personne Clé » : C’est l’alternative la plus logique. Elle conserve la structure historique du contrat tout en devenant inclusive. Des acteurs de premier plan comme l’assureur April Professionnels, le courtier Entoria ou encore la mutuelle Harmonie Mutuelle ont déjà franchi le pas en nommant officiellement leur contrat de cette manière. Du côté bancaire, BNP Paribas Entreprises communique désormais activement sur le concept de « couverture personne-clé ».
  • L’assurance « Collaborateur Clé » : Un terme axé sur la fonction et l’impact de l’individu. Bien qu’elle conserve le titre historique pour son contrat, une compagnie utilise de plus en plus cette formulation dans ses descriptifs pour définir la cible de son offre mais continue de nommer le produit « prévoyance homme clé ».

Ceux qui n’ont pas bougé

À l’inverse, une bonne partie de l’offre du marché continue de fonctionner sous l’intitulé d’origine, sans reformulation ni précaution de langage particulière. Beaucoup commercialisent toujours la formule sous le nom de « garantie Homme clé » dans leurs catalogues de produits professionnels, illustrant la persistance de cette habitude sémantique

Rien, dans ces choix, ne relève a priori d’une intention particulière : c’est le nom historique du produit, largement compris et référencé, y compris par les entreprises clientes elles-mêmes. Mais le résultat est le même sur le terrain : dans une part significative des échanges commerciaux, une dirigeante s’entend proposer une garantie qui porte, dans son intitulé même, un genre qui n’est pas le sien.

Un lexique qui traîne, pas un problème de fond

Le décalage tient moins à une résistance du secteur qu’à l’inertie ordinaire des noms de produits, souvent plus lents à bouger que les pratiques qu’ils désignent. Le terme anglais d’origine, key man insurance, n’a lui-même jamais été neutre, et sa traduction française l’a simplement reconduit sans y regarder à deux fois, jusqu’à ce que quelques acteurs commencent, ces dernières années, à le faire.

Bien que certains acteurs adaptent leurs brochures commerciales, le chemin reste long pour que les conditions générales des contrats standardisés abandonnent définitivement la formule historique.

En généralisant une terminologie inclusive, le secteur de l’assurance prouverait sa capacité à évoluer en même temps que la société. Financer l’absence d’une dirigeante avec un contrat nommé « Homme Clé » est un paradoxe qui n’a plus sa place dans l’économie moderne. Il est temps que les mots rattrapent enfin la réalité du terrain. il est temps de changer de nom ! Non ?

Sur la modernité du secteur de l’assurance : Assurance : une modernité qui s’invite discrètement

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