En 1911, des enfants faisaient grève. Un siècle après, le secteur de l’assurance s’engage-t-il ?

En 1911, des milliers d’enfants britanniques quittaient les bancs de l’école pour dénoncer les violences et leurs conditions de vie. Plus d’un siècle plus tard, maltraitance, inceste, harcèlement ou précarité restent des réalités pour de nombreux mineurs. Face à ces risques, quelle place le secteur de l’assurance peut-il prendre dans leur protection ?

Depuis le XIXe siècle, éclatent des mouvements de grèves, partout dans le monde. Des salariés souhaitant exposer leurs revendications à leurs supérieurs hiérarchiques et dénoncer la dureté de leur travail. Mais avez-vous déjà imaginé des enfants faire grève ? 

1911, les enfants font grève

En 1903, des enfants de Pennsylvanie, éreintés par le travail à l’usine, manifestent contre leurs conditions de travail : la célèbre March of the Mill Children. Puis à Mulhouse en 1906, lorsque de nombreux travailleurs mineurs ont déserté les ateliers textiles aux côtés des adultes.

Mais quelques années plus tard, au Royaume-Uni, les choses vont aller encore plus loin. Le 5 septembre 1911, une trentaine de garçons quittèrent l’école publique de Bigyn à Llanelli pour protester contre les coups de bâton infligés à l’un de leurs camarades. Quelques jours plus tard, des élèves de plus de soixante villes britanniques descendirent dans la rue pour exprimer leur mécontentement et revendiquer une diminution de l’obligation scolaire, des vacances pour le travail saisonnier ou encore l’abolition de la ceinture et du travail à la maison. 

Bien que cet épisode de l’histoire britannique ait été oublié, il rappelle néanmoins une chose : il y a un siècle, des enfants étaient encore battus à l’école. Et jusque dans les dernières décennies du XXe siècle, des enfants subissaient encore violences physiques et sexuelles au sein d’établissements scolaires, comme l’a récemment rappelé l’affaire Bétharram.

Maltraitance infantile, inceste, harcèlement, précarité… Des chiffres toujours alarmants en 2026

Un siècle plus tard, les enfants sont évidemment mieux protégés. Mais certaines réalités restent tout de même très préoccupantes.

En 2025, 114 500 mineurs ont été enregistrés comme victimes de violences physiques par la police et la gendarmerie, selon le ministère de l’Intérieur. Plus de la moitié de ces violences, 55 %, ont eu lieu dans le cadre familial.

Les violences sexuelles restent, elles aussi, très présentes. En juin 2026, la Commission indépendante sur l’inceste et les violences sexuelles faites aux enfants (CIIVISE) rappelait que 160 000 enfants seraient victimes chaque année de violences sexuelles en France, soit un enfant toutes les trois minutes.

À l’école et sur les réseaux sociaux, le constat n’est pas beaucoup plus rassurant. Selon une étude menée en 2025 par la Caisse d’Épargne et l’association e-Enfance / 3018, 37 % des jeunes de 6 à 18 ans ont déjà été touchés par du harcèlement ou du cyberharcèlement.

Enfin, protéger les enfants, c’est aussi leur garantir des conditions de vie dignes. Or, selon les dernières données de l’Insee publiées en juillet 2026, près de 2,9 millions de mineurs vivent sous le seuil de pauvreté, soit environ 22 % des enfants en France métropolitaine. À quelques jours de la rentrée 2026, 2 355 enfants étaient également restés sans solution d’hébergement après un appel au 115, selon l’UNICEF France et la Fédération des acteurs de la solidarité.

Maltraitance, violences sexuelles, harcèlement, précarité… La question posée un siècle plus tôt reste finalement très actuelle : comment mieux protéger les enfants ? Le secteur de l’assurance peut-il, même doit-il, avoir un rôle à jouer dans la protection de l’enfance ? 

L’assurance s’intéresse-telle à l’enfance ?

Les initiatives existent et certaines se renforcent même depuis quelques années. Mais tous les enjeux ne semblent pas bénéficier de la même attention.

Sur la maltraitance d’abord, Covéa Protection Juridique est engagé depuis 2024 aux côtés de L’Enfant Bleu – Enfance Maltraitée, dont il est toujours Grand Mécène en 2026. L’association accompagne gratuitement les enfants, mais aussi les adultes victimes durant leur enfance, sur les plans psychologique et juridique.

AXA a, de son côté, décidé d’élargir fortement son action. En mai 2026, le Fonds AXA pour le Progrès Humain a dévoilé les treize lauréats de son premier appel à projets international contre les violences faites aux enfants. Doté de 10 millions d’euros sur trois ans, le programme soutient notamment en France L’Enfant Bleu, e-Enfance / 3018 ou encore SOS Villages d’Enfants, avec des projets allant de la prévention des cyberviolences à l’accompagnement des enfants placés victimes de traumatismes.

D’autres acteurs commencent également à investir le champ de l’Aide sociale à l’enfance. En 2026, la Fondation CNP Assurances a choisi de soutenir l’ouverture à Bordeaux d’un centre de santé entièrement pensé pour les enfants victimes de violences et confiés à l’ASE. Porté par l’association IM’PACTES, le projet vise la prise en charge de 7 000 bénéficiaires en deux ans.

Et la précarité ? Elle fait elle aussi l’objet de quelques initiatives. En février 2026, la Fondation Generali – The Human Safety Net s’est par exemple associée à Papoto afin d’accompagner 5 000 nouvelles familles en situation de vulnérabilité, en agissant notamment sur les inégalités dès les premières années de l’enfant.

Mais s’il existe un sujet que le secteur semble avoir particulièrement pris à bras-le-corps, c’est bien le harcèlement et le cyberharcèlement.

Allianz France a ainsi développé un glossaire pour aider les adultes à décrypter les mots, abréviations et émojis utilisés par les adolescents, mais aussi un partenariat avec Génération Numérique permettant d’organiser près de 200 séances pédagogiques auprès de 3 000 à 3 500 élèves. De son côté, la MAIF a dévoilé en août 2026 « Viral », une expérience en réalité virtuelle qui permet, dès 10 ans, de vivre une situation de cyberharcèlement à travers les yeux de la victime, du harceleur et du témoin.

La MAE va encore plus loin. Avec e-Enfance / 3018 et MindQuest Games, elle a lancé « Le Labyrinthe de Nina », un serious game dans lequel les adolescents enquêtent sur la disparition d’une lycéenne victime de harcèlement. Mais l’assureur intervient aussi directement dans ses contrats : assistance psychologique, accompagnement juridique, suppression de contenus malveillants en ligne ou encore accompagnement au déménagement peuvent être proposés aux enfants victimes de harcèlement ou de cyberharcèlement.

Une mobilisation bienvenue. Mais suffit-elle ? Car à regarder les initiatives du secteur, une différence apparaît : le harcèlement commence à entrer dans les garanties, les services et les politiques de prévention des assureurs, quand la maltraitance, l’inceste, la précarité ou encore la situation des enfants placés restent davantage investis par le biais du mécénat et des fondations.

L’enfance n’est donc peut-être plus totalement un angle mort de l’assurance. On peut même reconnaître une évolution plus que positive dans la prise de conscience de ces enjeux. Mais ils semblent encore être abordés par morceaux… Alors, ne faudrait-il pas aller encore plus loin ?

 

La protection de l’enfance fera partie des sujets abordés lors des Trophées de l’Engagement 2026, aux côtés d’autres grands enjeux sociétaux et environnementaux sur lesquels l’écosystème de l’assurance peut agir.

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