393 000 euros : le manque à gagner d’une vie de femme

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, Allianz Research publiait une étude qui fait l’effet d’une douche froide : une femme née en 2000 gagnera en moyenne 393 000 euros de moins qu’un homme sur l’ensemble de sa vie.

Un chiffre qui résume à lui seul l’ampleur des inégalités persistantes entre les sexes, du premier salaire à la retraite. Malgré des progrès indéniables, la dynamique de réduction des écarts marque le pas, et la parité salariale ne serait atteinte qu’à partir des années 2070 pour la plupart des tranches d’âge. Un constat qui interroge autant sur le plan sociétal qu’économique.

Quelques chiffres clés à retenir (2026)

  • 393 000 € : perte cumulée sur une vie pour une femme de 26 ans née en 2000
  • 16 % : écart de revenus sur l’ensemble de la vie active pour cette génération
  • 25 % des femmes en temps partiel, contre 7 % des hommes
  • 10 % : écart résiduel pour la génération 2025 (contre 20,5 % pour celle de 1975)
  • 4e rang : la position de la France parmi 14 pays de l’OCDE pour l’écart de revenus
  • 2070 : année à partir de laquelle les écarts de rémunération pourraient enfin se résorber

Des écarts qui persistent, malgré les avancées

L’étude « Closing the Gender Income Gap: From Paycheck to Pension » d’Allianz Research, menée sur 14 pays de l’OCDE et trois générations (nées en 1975, 2000 et 2025), révèle que les femmes françaises ont bien progressé en matière de revenus au cours des cinq dernières décennies, mais que cette amélioration ralentit dangereusement. « L’écart total de revenus entre les femmes et les hommes s’élève encore à 10 % pour la génération née en 2025 », souligne Ludovic Subran, économiste en chef du groupe Allianz. Un constat d’autant plus frappant que la Suède, en tête du classement, devrait même inverser la tendance (-2,4 %), tandis que la Suisse affiche un écart record de 32,1 %.

Le temps partiel, premier coupable

Le facteur structurel le plus déterminant ? Le recours massif des femmes au temps partiel (25 % contre 7 % pour les hommes), qui impacte directement leurs revenus, leur épargne et, in fine, leur retraite. « Cette modalité affecte significativement le revenu total du travail », précise l’étude. Si la part des femmes en temps partiel a reculé depuis les années 1990, elle reste un frein majeur à l’égalité. À cela s’ajoutent des interruptions de carrière plus fréquentes et des évolutions salariales moins dynamiques, qui se répercutent mécaniquement sur les pensions.

La retraite, miroir des inégalités
En France, où le système de retraite repose sur les cotisations versées, ces disparités se creusent avec l’âge. « Les trajectoires professionnelles moins favorables des femmes se traduisent par des écarts significatifs de revenus à la retraite », explique Allianz Research. Un cercle vicieux qui limite aussi leur capacité à épargner et à investir.

Des pistes pour accélérer la parité

Pour inverser la tendance, plusieurs leviers sont identifiés :

  • Réduire le temps partiel involontaire et garantir une flexibilité qui ne pénalise pas les carrières féminines.
  • Améliorer l’accès aux services de garde et rééquilibrer les congés parentaux pour éviter que les responsabilités familiales ne pèsent majoritairement sur les femmes.
  • Renforcer la culture financière des femmes, dont les rendements d’investissement sont systématiquement inférieurs à ceux des hommes (jusqu’à 1,5 point de pourcentage par an).
  • Encourager leur présence dans les secteurs émergents, comme l’intelligence artificielle, où elles accusent un retard de 16 % par rapport aux hommes.

« L’éducation financière est un levier stratégique pour renforcer la résilience des femmes », insiste Françoise Heckmann, directrice Épargne chez Allianz France. « Mieux comprendre les mécanismes de l’épargne et investir tôt sont des clés pour transformer cet enjeu d’égalité en opportunité concrète. »

Un enjeu économique et sociétal

Au-delà des chiffres, c’est toute la société qui est concernée. « Combler ces écarts nécessite un alignement entre marché du travail, politiques familiales et normes sociales », conclut l’étude. Sans cela, la convergence restera lente, et les inégalités continueront de se transmettre de génération en génération.

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