Carnet de route : le feuilleton de l’été #1

Cet été, nous vous embarquons dans le Carnet de route de l’assurance engagée, le livre d’Enola Gambey : trente-huit histoires, trente-huit lieux, un tour de France de vies ordinaires bousculées par l’imprévu. Chaque récit s’ancre dans un dispositif engagé bien réel du secteur, et chaque personnage vous mène au suivant. Une histoire par semaine, pour redécouvrir l’assurance en partenaire de vie inattendu.

Eva Matni fixe le plafond de son studio. Il est 7h du matin, son jour de repos, et elle est déjà réveillée. Elle n’a pas bien dormi. Elle ne dort plus très bien depuis quelques semaines.

À 26 ans, Eva est infirmière en soins palliatifs. Elle aime son métier. Accompagner les gens dans leurs derniers moments, soulager leur douleur, être présente. C’est ce qu’elle a toujours voulu faire. Mais certaines périodes sont plus difficiles que d’autres. Ces derniers temps, elle enchaîne les gardes, les accompagnements, les départs. 

Son téléphone vibre. Un message de Louise, son amie d’enfance qui vit à Rennes.

« Coucou toi ! Ça fait longtemps. Tu viens quand me voir ? J’ai un canapé-lit qui t’attend ! »

Eva sourit. Louise et elle se connaissent depuis le collège. Elles ont grandi ensemble, puis Louise est partie en Bretagne pour ses études et y est restée. Elles se voient une ou deux fois par an, pas assez.

Eva répond : « T’as raison, ça fait trop longtemps. Je regarde les trains. »

Deux semaines plus tard, Eva descend du TGV à Rennes. Louise l’attend sur le quai, grand sourire, cheveux roux en bataille. Elles se serrent dans les bras. Dans la voiture, Louise explique le programme. Resto ce soir, grasse matinée demain, balade en centre-ville. Et samedi après-midi, une activité un peu spéciale.

– Tu vas voir, c’est sympa. C’est une marche citoyenne pour ramasser des déchets. La première fois, j’y suis allée par curiosité. Maintenant j’y retourne à chaque édition. C’est convivial, tu rencontres des gens, et surtout tu te sens utile.

Eva n’est pas convaincue. Ramasser des déchets un samedi après-midi, ce n’est pas exactement son idée du repos. Mais Louise a l’air enthousiaste, et elle n’a pas envie de dire non.

– OK, pourquoi pas.

Samedi, 13h45. Eva et Louise arrivent place des Lices. Une trentaine de personnes sont déjà là, rassemblées autour d’une table où des bénévoles distribuent du matériel. Gilets jaunes fluo, gants, pinces, sacs poubelles.

Un grand panneau affiche les chiffres des éditions précédentes. Eva s’approche, lit.

« En 3 éditions : 1 200 participants. 13 tonnes de déchets ramassés. 10 villes mobilisées. »

Treize tonnes. Eva relit le chiffre. Elle n’imaginait pas.

Une jeune femme en sweat bleu marine prend la parole. Elle s’appelle Chloé, elle est bénévole pour l’association partenaire.

– Bienvenue à tous ! Merci d’être là. Aujourd’hui, on va longer la Vilaine jusqu’au quai Saint-Cyr. L’objectif, c’est de ramasser un maximum de déchets sauvages, et surtout de passer un bon moment ensemble.

Elle distribue quelques consignes. Trier au fur et à mesure : plastique d’un côté, verre de l’autre, mégots dans un sac à part.

– Les mégots, c’est notre ennemi numéro un, dit-elle. Un seul mégot jeté par terre, c’est 500 litres d’eau pollués. L’année dernière, sur l’ensemble des marches, on en a ramassé 80 000. Ça représente 40 millions de litres d’eau qu’on a protégés.

Le groupe se met en marche. Eva avance le long de la promenade, les yeux au sol. Elle repère un emballage de chips, le ramasse avec sa pince, le met dans son sac. Puis un mégot. Puis un autre. Puis une canette écrasée.

Au début, elle trouve ça un peu absurde. Se baisser toutes les trente secondes pour ramasser les déchets des autres. Mais peu à peu, quelque chose se passe. Son esprit se vide. Elle ne pense plus au travail, aux patients, à la fatigue. Elle est juste là, concentrée sur le prochain déchet à ramasser.

Louise marche à côté d’elle, bavarde avec une autre participante. Eva se laisse porter par l’ambiance. Il y a des familles, des étudiants, des retraités. Un père explique à son fils pourquoi le plastique est dangereux pour les poissons. Deux adolescentes se prennent en photo avec leurs sacs pleins.

Au bout d’une heure, Eva a rempli deux sacs. Elle regarde à l’intérieur. Des emballages, des bouteilles, des dizaines de mégots. Tout ça traînait là, dans l’herbe, au bord de l’eau. Et maintenant c’est dans un sac, prêt à être trié et recyclé. Elle se sent… utile.

À côté d’elle, un homme ramasse une vieille basket coincée sous un banc. La cinquantaine, cheveux poivre et sel, lunettes, veste de randonnée.

– À chaque fois, je trouve un truc improbable, dit-il en montrant la chaussure. La semaine dernière, c’était un caddie de supermarché.

Eva rit.

– Un caddie ? Comment il est arrivé là ?

– Mystère. Les gens jettent n’importe quoi n’importe où.

Il se présente. Philippe, 54 ans, prof d’économie dans un lycée à Rennes.

– C’est ma cinquième marche, dit-il. J’ai commencé il y a deux ans, après mon divorce. J’avais besoin de sortir, de faire quelque chose de concret. Et puis c’est devenu un rendez-vous régulier.

Ils continuent à marcher côte à côte. Philippe est calme, posé. Il ne pose pas trop de questions. Eva apprécie.

Vers 16h, pause. Les bénévoles ont installé une table avec des boissons et des gâteaux. Tout le monde pose ses sacs, s’assoit sur les murets ou dans l’herbe.

Chloé fait un premier bilan.

– On a déjà rempli 45 sacs. Et côté mégots, on approche les 900. C’est énorme. Bravo à tous.

Un participant demande :

– Ça sert vraiment à quelque chose ? Je veux dire, dans deux semaines, y’aura de nouveau des déchets partout.

Chloé hoche la tête.

– C’est vrai. On ne va pas résoudre le problème en une après-midi. Mais chaque déchet qu’on ramasse, c’est un déchet qui n’ira pas dans la Vilaine, puis dans l’océan. Et surtout, ce qu’on fait ici, ça sensibilise. Vous allez rentrer chez vous, vous allez en parler autour de vous, vous allez peut-être changer certaines habitudes. C’est comme ça que les choses bougent. Petit à petit.

Eva écoute. Elle pense à ses propres habitudes. Les cotons-tiges qu’elle jette, les bouteilles en plastique qu’elle achète, les mégots qu’elle a peut-être laissé tomber par terre il y a quelques années, quand elle fumait encore.

La marche reprend. Le groupe longe maintenant le Quai Saint-Cyr. La Vilaine coule doucement, des canards passent.

Philippe s’approche d’Eva.

– Alors, verdict ? Ça te plaît ?

– Plus que je pensais, avoue-t-elle. C’est… reposant, bizarrement, et satisfaisant.

– C’est l’effet marche verte. Tu fais un truc simple, concret, et tu vois le résultat tout de suite. 

Eva acquiesce. Dans son travail, le résultat n’est pas toujours visible. Elle accompagne, elle soulage, mais la fin est souvent la même. Ici, c’est différent. Elle remplit un sac, elle le vide dans la benne, et c’est fait. 

À 17h, rassemblement final. Chloé annonce les chiffres de la journée.

– Plusieurs centaines de mégots ramassés. 18 kilos de plastique. 11 kilos de verre. 3 kilos de métal. Et quelques objets insolites : une chaussure, un parapluie, une roue de trottinette.

Applaudissements. 

Après la marche, une partie du groupe se retrouve dans un bar de la place Sainte-Anne. Louise a rejoint des amis, Eva se retrouve à une table avec Philippe et quelques autres participants. Une femme d’une soixantaine d’années raconte qu’elle a arrêté d’acheter des bouteilles en plastique après sa première marche.

– Quand tu ramasses des dizaines de bouteilles dans la nature, tu ne peux plus en acheter comme avant. Maintenant j’ai une gourde, je filtre mon eau du robinet. C’est tout bête, mais ça change tout.

Un étudiant explique qu’il a convaincu sa coloc d’installer un composteur sur leur balcon.

Dans le train du retour, Eva sort son téléphone. Elle cherche des groupes locaux, trouve une association qui organise des ramassages le long de la Loire une fois par mois. Elle s’inscrit à la prochaine. Elle pense aussi à ce qu’elle pourrait changer chez elle. La gourde, elle en a déjà une, mais elle achète encore des bouteilles parfois. Elle pourrait arrêter. Les cotons-tiges, elle pourrait passer aux réutilisables. Les sacs plastiques, elle en a un tiroir plein, elle pourrait les remplacer par des sacs en tissu.

Ce sont des petits gestes. Mais Chloé avait raison. C’est comme ça que les choses bougent. Petit à petit.

En collaboration avec l’association Wings of the Ocean, la Matmut a organisé plusieurs marches de ramassage des déchets sauvages à destination notamment du grand public dans une démarche d’engagement citoyen.

Envie de connaître la suite de ce tour de France engagé ? Retrouvez les trente-huit histoires du Carnet de route de l’assurance engagée sur la fnac ou amazon.

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