Cyber : les PME françaises baissent la garde

Alors que les cyberattaques se multiplient, les petites et moyennes entreprises françaises réduisent leur assurance cyber. C’est le paradoxe que met en lumière le dernier rapport de l’assureur Hiscox. Un désengagement qui les expose à des conséquences financières, mais aussi humaines et opérationnelles.

Le constat est contre-intuitif. Selon le rapport de Hiscox, réalisé par Wakefield Research auprès de 6 800 décideurs dans dix pays, la part des TPE et PME françaises ayant souscrit une police cyber a reculé en un an, de 33,6 % à 27,6 %. Aujourd’hui, 45 % d’entre elles ne sont plus couvertes contre ce risque, contre 39 % un an plus tôt, et 12 % n’ont aucune protection. Les entreprises françaises investissent par ailleurs deux à trois fois moins que leurs voisines espagnoles, italiennes ou britanniques dans leur cyber-résilience, avec environ 29 700 euros par an.

Des coûts qui dépassent la seule facture

Ce recul intervient alors que les attaques coûtent cher. Pour les PME françaises touchées, l’impact financier moyen sur un an atteint près de 45 900 euros. La première conséquence concrète n’est pas celle que les entreprises redoutent le plus : 40 % des victimes subissent une fraude par détournement de paiement, loin devant l’atteinte à la réputation (19,8 %), pourtant leur principale crainte. Un incident sur quatre trouve son origine dans une erreur humaine, comme un salarié piégé par du phishing.

Les répercussions sont aussi humaines : parmi les entreprises attaquées, 37 % des salariés font état d’un stress élevé, 27 % d’une dégradation du climat de travail et 25 % d’une hausse des arrêts maladie. Au total, 96 % des entreprises touchées reconnaissent que l’incident a pesé sur leur stratégie ou leurs finances.

L’IA, prochain front du risque

Les décideurs anticipent déjà la menace suivante. Près d’un sur deux (49 %) cite le data poisoning, qui vise à corrompre les données servant à entraîner un modèle d’intelligence artificielle, comme le risque émergent le plus grave à cinq ans. Or seuls 69 % des assurés français disposent d’une couverture intégrant les risques liés à l’IA, contre 74 % en moyenne ailleurs en Europe.

Pour Victorine Bailleul, responsable de l’offre Cyber et Tech chez Hiscox : « Ce que cette édition révèle, c’est un malentendu répandu sur le rôle de l’assurance. Trop d’entreprises françaises pensent que leurs investissements techniques suffisent. Or une cyberattaque génère une onde de choc financière, juridique et opérationnelle que la technologie seule ne peut pas absorber. Se désengager de l’assurance cyber aujourd’hui, c’est prendre davantage de risques demain. La technologie protège les systèmes, l’assurance couvre le risque résiduel que les systèmes ne peuvent pas empêcher. C’est leur complémentarité qui fait la résilience intégrale. » 

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