Le secteur de l’assurance cherche sa réponse au climat

Selon une étude du MSCI Institute, les grands assureurs disent mieux se préparer face à la montée du risque physique. Mais l’intégration opérationnelle, la gouvernance et la tarification restent inégales.

Les grands assureurs mondiaux affirment se préparer à la hausse du risque physique, mais jugent leur secteur encore insuffisamment armé dans son ensemble. C’est l’un des principaux enseignements d’une étude du MSCI Institute fondée sur les réponses de 50 assureurs et réassureurs et sur 11 entretiens menés en Europe, en Amérique du Nord et en Asie-Pacifique.

Le rapport décrit un marché de l’assurance en transition, confronté à des pertes liées aux événements extrêmes en hausse, à une volatilité accrue et à une pression croissante sur la disponibilité de la couverture. MSCI estime que les pertes annuelles moyennes liées aux aléas physiques pourraient presque quadrupler d’ici 2050 par rapport à 2024.

Les écarts régionaux restent marqués. En Europe, 68 % des acteurs interrogés disent avoir intégré le risque physique dans leur gestion globale du risque, contre 36 % en Asie-Pacifique et un tiers en Amérique du Nord. Mais, partout, les entreprises évaluent leur propre préparation plus favorablement que celle du marché, signe de fragilités jugées systémiques.

Sur le plan opérationnel, les modèles de catastrophes restent centraux, mais leur dépendance aux données historiques apparaît de moins en moins adaptée. Un assureur asiatique résume ce basculement : « Les données historiques ne sont pas le bon indicateur… les tendances évoluent bien plus rapidement en raison du changement climatique. » Pour compenser, les groupes renforcent leurs outils de data, de cartographie et d’analyses géospatiales, sans toujours parvenir à transformer ces signaux en décisions de prix dans les cycles annuels de souscription.

Les scénarios prospectifs progressent, mais leur utilité est jugée plus forte à court terme. Près des trois quarts des répondants estiment que des scénarios allant jusqu’en 2030 seraient plus utiles pour la tarification et la sélection des risques que des projections à plusieurs décennies.

L’étude souligne aussi une montée de la réglementation. Les superviseurs accordent une attention croissante à la gouvernance, aux scénarios climatiques, à la solvabilité et aux obligations de publication. Pourtant, 69 % des assureurs déclarent que les enjeux climatiques ne sont pas intégrés aux objectifs ou aux rémunérations des dirigeants.

Côté innovation, les opportunités les plus immédiates se situent dans les services de conseil en résilience et en gestion du risque climatique, cités par 91 % des acteurs. Les produits paramétriques suscitent aussi de l’intérêt, tandis que l’assurance liée aux solutions fondées sur la nature demeure marginale. 

Pour Linda-Eling Lee, Founding Director, MSCI Institute, « le message d’ensemble est clair : les assureurs sont très attentifs à la montée du risque physique, mais n’en sont encore qu’aux premiers stades de son intégration dans les décisions les plus déterminantes. » Tel sera l’enjeu des prochaines décennies.

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