Primes, cyber, IA : ce qui inquiète les dirigeants européens

Selon le « New Risk Reality Report » publié par WBN, les dirigeants européens partagent les mêmes inquiétudes : cyber, intelligence artificielle, incertitude économique, mais n’accordent pas la même place à l’assurance dans leur stratégie. La France se distingue par une sensibilité marquée au prix et à la hausse des primes.

Le réseau international de courtage WBN a rendu publics, ce 5 octobre 2026, les résultats de son « New Risk Reality Report ». L’étude, réalisée en partenariat avec la banque d’investissement et de conseil MarshBerry, a interrogé 1 000 dirigeants au Royaume-Uni, en France, en Allemagne et en Espagne. Tous sont directement impliqués dans la souscription ou le renouvellement des contrats d’assurance de leur organisation. Un volet complémentaire a porté sur 750 dirigeants aux États-Unis et au Canada.

Un socle de préoccupations commun

D’un pays à l’autre, le diagnostic converge. Les risques cyber et numériques, l’intelligence artificielle et la volatilité économique forment le trio de tête des pressions identifiées par les entreprises européennes.

Sur les leviers de résilience, près d’un dirigeant sur deux place une « stratégie proactive de gestion des risques » au deuxième rang, juste derrière l’innovation et la transformation numérique. Plus d’un sur trois considère d’abord l’assurance comme un investissement stratégique au service de la performance de l’entreprise, avant d’y voir une protection opérationnelle.

La fonction risques bénéficie par ailleurs d’une image favorable : neuf dirigeants européens sur dix estiment qu’elle jouit d’une bonne réputation dans leur organisation. Pour la consolider, ils citent en premier lieu le renforcement des relations, dans une logique plus consultative que transactionnelle.

Quatre pays, quatre rapports à l’assurance

C’est sur la place accordée à l’assurance que les écarts apparaissent.

Royaume-Uni. Les dirigeants britanniques sont les plus nombreux à voir l’assurance avant tout comme un investissement stratégique (51 %). La qualité du service arrive très largement en tête des critères de choix d’un courtier (55 %), soit la proportion la plus élevée de l’ensemble des marchés étudiés. Les cyberrisques et les lacunes de couverture en cyberassurance y suscitent une inquiétude particulière.

France. Avec 35 % de dirigeants considérant l’assurance comme un investissement stratégique, la France se situe dans la moyenne. Elle compte en revanche la plus forte proportion de dirigeants qui la perçoivent encore comme une « dépense inévitable » : 6 %, contre 3 % sur l’ensemble de l’étude. Pour le choix d’un courtier, le prix et le coût total du risque sont les facteurs les plus déterminants (45 %), suivis de près par la qualité du service.

Espagne. Le taux de dirigeants voyant l’assurance comme un investissement stratégique est identique à celui de la France (35 %). L’Espagne présente toutefois la plus forte proportion de dirigeants plaçant l’innovation en tête des leviers de résilience, loin devant la gestion proactive des risques ou la préparation aux crises. Le prix y pèse davantage que la qualité du service dans le choix d’un courtier (39 % contre 32 %), tandis que la spécialisation sectorielle (38 %) et l’étendue du réseau mondial (35 %) complètent le trio des critères.

Allemagne. C’est le pays où l’assurance est le moins perçue comme un investissement stratégique (29 %). 45 % des dirigeants allemands la considèrent d’abord comme une protection opérationnelle essentielle, contre 34 % en moyenne dans l’étude. Ils sont aussi les seuls à placer au même niveau, parmi les facteurs de résilience, des cadres clairs de gouvernance et de décision (48 %) et une stratégie proactive de gestion des risques.

La hausse des primes d’assurance, première préoccupation

Sur le terrain strictement lié à l’assurance, l’augmentation des primes domine partout. Elle est citée par 48 % des répondants en France, 43 % en Allemagne, 41 % au Royaume-Uni et 37 % en Espagne, le niveau le plus bas de tous les marchés étudiés.

Les dirigeants espagnols mettent davantage l’accent sur la capacité des assureurs à couvrir les catastrophes naturelles (40 %) et sur l’adéquation des garanties (36 %), dans un contexte d’exposition accrue aux phénomènes météorologiques extrêmes.

L’instabilité géopolitique trace, elle, une ligne de partage entre le continent et le Royaume-Uni. Elle figure parmi les trois principaux risques cités en France, en Allemagne et en Espagne, mais pas outre-Manche, où cybersécurité, bouleversements liés à l’IA et incertitude économique occupent le haut du classement.

« Ce qui ressort le plus clairement de cette étude, c’est la rapidité avec laquelle l’assurance évolue pour devenir un véritable outil stratégique au service de la gestion des risques, de la résilience et de la stabilité du capital humain sur l’ensemble de nos marchés, même si cette évolution progresse à des rythmes différents », commente Olga Collins, PDG de WBN.

Selon elle, l’assurance « s’intègre désormais pleinement à la planification stratégique des conseils d’administration, plutôt que d’être reléguée au second plan ou considérée comme un simple centre de coûts ».

Europe / Amérique du Nord : un écart de perception

Le volet nord-américain fait ressortir plusieurs différences :

  • Perception stratégique : 49 % des dirigeants américains jugent l’assurance essentielle à la résilience et à la performance de leur entreprise, un niveau proche du Royaume-Uni (51 %) mais nettement supérieur à l’Allemagne (29 %), la France (35 %) et l’Espagne (35 %).
  • Coût de l’assurance : la moitié des dirigeants américains citent l’accessibilité financière comme leur première préoccupation, la proportion la plus élevée de l’étude. En Europe, elle va de 37 % en Espagne à 48 % en France.
  • Choix du courtier : dirigeants américains et britanniques accordent un poids particulier aux outils numériques et à l’innovation (43 % et 45 %), quand l’Europe continentale, notamment la France et l’Espagne, privilégie le prix et la spécialisation.

Le regard des courtiers des quatre pays

Membres du conseil d’administration de WBN, des dirigeants de cabinets de courtage des quatre pays étudiés ont réagi aux résultats.

Pour Benjamin Verlingue (Verlingue, France), « la résilience repose sur une gestion proactive des risques et une préparation solide de réponses aux crises ». Il relève que les préoccupations des entreprises françaises sur la transformation numérique et la complexité des programmes internationaux « sont bien réelles » et estime que les courtiers doivent « anticiper davantage et être en mesure de mobiliser plus rapidement [leur] expertise et [leurs] ressources à l’échelle mondiale ».

Charles Bromfield (McGill and Partners, Royaume-Uni) observe que, face à l’IA et aux cyberrisques, les clients recherchent « des solutions qui vont au-delà de la simple couverture des risques » et attendent des courtiers capables de concevoir « des solutions de transfert des risques extrêmement ciblées ».

Ralf Bender (SÜDVERS, Allemagne) souligne que les entreprises allemandes « restent très rigoureuses dans leur approche opérationnelle », mais que la volatilité des risques cyber et géopolitiques « redéfinit leurs priorités ». Elles attendent, selon lui, une expertise sectorielle approfondie, un accompagnement sur les exigences réglementaires et une meilleure cohérence de leurs programmes entre marchés.

João Almeida-Santos (Grupo Concentra, Espagne) rappelle enfin que la hausse des primes et l’exposition aux catastrophes sont au cœur des préoccupations des entreprises espagnoles, qui attendent des courtiers « une réelle valeur ajoutée » et « une meilleure coordination à l’échelle mondiale ».

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