Crypto-actifs : un virage patrimonial encore inachevé

L’adoption des crypto-actifs progresse rapidement dans le patrimoine des Français, mais les professionnels de la gestion restent insuffisamment équipés. 

Les crypto-actifs s’imposent progressivement comme une composante à part entière du patrimoine financier. Selon l’étude OpinionWay menée pour Les Échos, Bitpanda et l’ADAN, 64 % des clients des conseillers en gestion de patrimoine détiennent déjà des actifs numériques. Cette réalité se traduit par une sollicitation accrue des professionnels : plus d’un conseiller sur deux est interrogé régulièrement sur le sujet.

Cette dynamique s’explique par plusieurs facteurs. Les investisseurs recherchent à la fois de la performance, une diversification accrue de leurs portefeuilles et une exposition à des classes d’actifs perçues comme innovantes. Dans un contexte de volatilité des marchés traditionnels et de remise en question des rendements historiques, les crypto-actifs apparaissent pour une partie des épargnants comme un complément potentiel aux solutions d’assurance vie, de gestion financière et de placements classiques.

Des pratiques encore limitées côté professionnels

Malgré cet intérêt marqué, l’offre structurée reste marginale. Seuls 16 % des professionnels interrogés proposent aujourd’hui une exposition organisée aux crypto-actifs, via des véhicules réglementés ou des solutions encadrées. Pourtant, 41 % déclarent souhaiter le faire à court ou moyen terme, freinés par un manque d’outils adaptés, de partenaires fiables et de solutions conformes aux exigences réglementaires.

Dans les pratiques actuelles, le Bitcoin et l’Ethereum concentrent l’essentiel des allocations, complétés par les stablecoins. Ces investissements sont majoritairement réalisés à travers des mandats de gestion spécifiques, des fonds spécialisés ou des investissements directs réglementés. Les professionnels anticipent une intégration progressive de ces actifs dans les portefeuilles patrimoniaux d’ici cinq ans, tout en restant prudents sur les niveaux d’exposition.

Sécurité, conformité et formation au cœur des attentes

Les freins identifiés sont largement partagés par les professionnels et leurs clients. Le risque de perte en capital, la complexité technique, le manque de compréhension et la crainte des fraudes restent des préoccupations majeures. Face à ces enjeux, les conseillers expriment des attentes claires vis-à-vis des plateformes et partenaires potentiels : sécurité des actifs, conformité réglementaire, outils de reporting fiables, accompagnement opérationnel et accès à une gamme diversifiée d’actifs numériques.

La formation apparaît comme un levier central. Près de 60 % des conseillers ont déjà participé à des conférences ou formations sur les crypto-actifs, un taux qui atteint 87 % chez ceux gérant plus de 50 millions d’euros d’encours. Cette montée en compétence est perçue comme indispensable pour intégrer durablement ces actifs dans une approche globale de gestion de patrimoine et de conseil assurantiel.

MiCA, un cadre structurant pour l’intégration des crypto-actifs

L’entrée en vigueur progressive de la réglementation MiCA (Markets in Crypto-Assets) en 2025 constitue un tournant pour le marché européen. En renforçant les exigences de conformité et en encadrant les prestataires de services sur actifs numériques, ce cadre contribue à rassurer les professionnels et les investisseurs. L’interdiction annoncée des plateformes non conformes en France à partir de juillet 2026 devrait accélérer la structuration de l’offre.

Alors que l’épargnant français a déjà franchi le cap de l’investissement en crypto-actifs, la responsabilité incombe désormais aux acteurs du patrimoine et de l’assurance de bâtir les infrastructures, les partenariats et les compétences nécessaires pour accompagner cette évolution dans un cadre sécurisé et durable.

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