Santé : je vais être vraiment honnête, je suis fatigué….

Pas fatigué au sens médical, quoique, à force d’entendre toujours la même chose, ça pourrait presque se transformer en burn-out.

Depuis près de dix ans, j’ai l’impression de vivre dans une sorte de remake professionnel de Un jour sans fin. Chaque jour, chaque semaine, chaque mois, chaque année, les mêmes scènes. La même phrase. La même conviction portée par presque tous les assureurs santé “Il faut faire plus de prévention santé.”.

La prévention santé est un sujet d’avenir… depuis trop longtemps !

Alors attention, sur le principe, tout le monde est d’accord. C’est même devenu un point de consensus absolu. Un peu comme dire que “l’eau, ça mouille” ou “bien dormir, c’est bien pour la santé”.

Mais à force de le répéter, une question finit par s’imposer, doucement, presque gênée : et sinon… on fait quoi, concrètement ? Parce que si l’on gratte un peu le vernis, si on regarde l’exécution, les actions massives, concrètes et réellement impactantes en matière de prévention santé, c’est un peu « morne plaine ». (bon je suis fatigué, je vous l’avais bien dit)

On communique beaucoup. On sensibilise souvent.
On explique aux gens qu’il faut marcher davantage, manger mieux, faire attention à eux,… . Et c’est très bien.

Mais parfois, j’ai le sentiment qu’on parle de prévention comme on distribue des flyers pour les élections municipales dans la rue : avec beaucoup de bonne volonté, et un impact…disons… optimiste.

Car le véritable sujet est peut-être là, tapi derrière les bonnes intentions : on confond encore faire de la prévention avec faire de l’information sur la prévention. Informer, se donner bonne conscience, .. c’est bien et facile. Transformer, exécuter est une autre histoire.

Il y a quelque chose d’assez fascinant dans cette capacité collective à produire des messages parfaitement justes, parfaitement raisonnables, mais souvent… incantatoires.

La prévention, la vraie, celle qui transforme réellement les comportements, suppose d’entrer dans la vie des gens. De comprendre leurs habitudes, leurs contraintes, leurs contradictions. De concevoir des dispositifs qui s’imposent presque naturellement dans leur quotidien.

Pas juste un rappel. Pas juste un conseil. Et c’est là que le léger malaise s’installe. Parce que le secteur de l’assurance santé, objectivement, a tout pour réussir ce virage. La donnée, la connaissance des risques, les moyens, la légitimité et a tout intérêt à agir en amont. Sur le papier, c’est même le candidat idéal. Et pourtant…

Pendant ce temps, d’autres acteurs expérimentent, testent, gamifient, incitent, récompensent. Ils prennent des risques. Parfois maladroitement, parfois brillamment, mais au moins ils essaient de faire bouger les lignes. L’assurance continue souvent à très bien expliquer pourquoi il faudrait bouger. Ce qui n’est pas tout à fait la même chose.

Alors forcément, quand on prend un peu de recul, la décennie 2015–2025 a pour moi un goût amer. En 2015, la prévention était déjà “le grand enjeu de demain”. En 2025, elle l’est toujours !

Entre les deux, il y a eu des initiatives, des actions bien sûr. Des expérimentations intéressantes, des projets sincères, des tentatives parfois prometteuses. Mais rarement ce basculement clair, massif, visible, qui permettrait de dire : ça y est, on a changé d’échelle. Comme si la prévention restait coincée dans une zone grise : trop importante pour être ignorée, pas assez pour être réellement efficace.

Et si vous deviez dresser un bilan clair : quelles actions ont réellement changé les comportements ? Quelles initiatives ont prouvé leur efficacité ? Quels dispositifs ont été massifiés ? Vous diriez quoi, dites-moi si j’ai loupé des trucs ?

Et c’est sans doute là que ma fatigue se transforme en impatience. Parce qu’à un moment, il va falloir y aller. Passer la vitesse supérieure (pour de vrai) et arrêter d’en parler comme d’un sujet d’avenir.

Si la prévention santé doit devenir autre chose qu’un slogan, il va falloir changer de logiciel. Quelques pistes, sans prétention et il y en a bien d’autres :

  • Passer d’une logique de message de santé publique à une logique d’accès et d’usage accéléré,
  • Intégrer la prévention de façon systémique dans les parcours clients, en ciblant prioritairement les populations à risques,
  • Assumer des approches plus incitatives (voire légèrement contraignantes ?)
  • Mesurer l’impact médico-économique réel, et pas seulement l’activité (de connexion à une appli par exemple…).
  • Et surtout : sortir du discours pour entrer dans l’exécution. Accepter que la prévention ne soit pas toujours confortable, qu’elle bouscule, qu’elle oblige à repenser les modèles économiques, les parcours, parfois même la relation avec l’assuré.

Bref, accepter qu’elle devienne réelle, efficiente.

Ce billet d’humeur n’est pas une critique. C’est surtout l’expression d’une fatigue mentale basée sur un constat, certes subjectif, mais qui me semble quand même un peu partagé, par certains professionnels du secteur. C’est aussi une lassitude… mêlée à une impatience. Car les enjeux sont majeurs (économiques, sociaux et bien sûr humains). Et parce que, franchement, on peut faire beaucoup mieux. Non ?

Alors oui, continuons à parler de prévention santé. Mais la prévention santé mérite mieux que des phrases bien tournées. Elle mérite des résultats. Faire réellement de la prévention santé, c’est aussi un test de crédibilité de notre secteur !

Véritable billet d’humeur (passagère ?), seule la photo a fait l’objet d’un traitement « artificiel ».

Plus récent article proche du sujet : Vers une loi sur la prévention santé à l’automne ?

Nos derniers articles