Après une phase de déploiement, Mon espace santé ambitionne de devenir un outil central de prévention personnalisée et de coordination des soins.
Quatre ans après son lancement, Mon espace santé atteint une diffusion quasi généralisée, avec près de 97 % de la population disposant d’un profil et 24 millions de comptes activés. En 2025, plus de 420 millions de documents médicaux ont été versés par les professionnels et établissements sanitaires et médico-sociaux, en progression de 40 % sur un an. Cette volumétrie confirme que le carnet de santé numérique public est devenu un réservoir de données de santé à l’échelle nationale.
Pour les professionnels de l’assurance, cette montée en charge constitue un tournant. Les données de santé, longtemps fragmentées, sont désormais centralisées dans un environnement sécurisé, créant un socle inédit pour le développement de services de prévention, de suivi et de coordination des parcours de soins.
Le pari de l’alimentation avant les usages
La stratégie publique a consisté à privilégier l’alimentation du dispositif avant le développement des usages. L’ouverture automatique des profils, sauf opposition, et l’équipement des professionnels via le Ségur du numérique ont permis d’atteindre un niveau critique de données. Aujourd’hui, plus d’un document de santé sur deux est versé dans Mon espace santé et 70 % des Français ont reçu au moins un document en 2025.
Toutefois, l’appropriation reste inégale. Seuls 40 % des 25-69 ans ont activé leur espace, malgré 2,5 millions de connexions mensuelles. Cette disparité souligne que la valeur des données dépend désormais de leur exploitation effective. Pour le secteur de l’assurance, cet enjeu d’usage est central, notamment pour envisager des dispositifs de prévention et d’accompagnement fondés sur des données réellement consultées et comprises par les assurés.
La prévention personnalisée comme nouvel horizon
L’évolution la plus structurante concerne le positionnement de Mon espace santé sur la prévention personnalisée. Notifications ciblées de vaccination ou de dépistage, parcours dédiés à la grossesse ou au suivi de l’enfant, outils d’aide à l’identification des facteurs de risques chroniques illustrent cette orientation. Depuis l’été 2025, 13 millions de notifications de prévention ont été envoyées et plus de 80 000 femmes enceintes ont initié un suivi spécifique.
Ces dispositifs reposent sur l’exploitation de données de santé croisées avec des référentiels médicaux. Pour les assureurs santé et prévoyance, cette approche fait écho aux réflexions autour de la prévention active et de la réduction des risques sanitaires. Elle pose toutefois la question de l’acceptabilité par les usagers, du respect du consentement et de la lisibilité des recommandations émises.
Les professionnels de santé face à l’enjeu de l’usage
Si l’alimentation des dossiers est largement intégrée dans les pratiques, la consultation par les professionnels reste limitée. Environ 70 000 soignants consultent chaque mois Mon espace santé, dans un contexte où l’ergonomie et le gain de temps sont des attentes fortes. La seconde vague du Ségur du numérique, prévue entre 2026 et 2028, doit améliorer le filtrage des informations pertinentes et réduire les saisies redondantes.
Pour les acteurs de l’assurance, ces évolutions sont déterminantes. La qualité de la coordination des soins et l’exploitation des données conditionnent la pertinence des dispositifs de prévention, de gestion du risque et de relation clients, notamment pour les populations chroniques ou fragiles.
Intelligence artificielle et gouvernance des données
Les autorités publiques évoquent à moyen terme le recours à des outils d’intelligence artificielle pour la synthèse des dossiers médicaux, dans un cadre présenté comme strictement sécurisé. Cette perspective ouvre de nouveaux débats sur la gouvernance des données, la responsabilité médicale et la transparence des algorithmes.
Pour le secteur assurantiel, ces enjeux dépassent la seule innovation technologique. Ils interrogent la manière dont les données de santé peuvent être utilisées pour améliorer la prévention, la coordination et l’efficience du système, sans créer de dépendance excessive à l’outil numérique. Mon espace santé apparaît ainsi comme un pivot potentiel, à condition de trouver un équilibre durable entre ambition, usage et confiance.

