Biodiversité : il faut sécuriser les projets de restauration

Face au déclin accéléré des écosystèmes, de nouveaux mécanismes d’assurance émergent pour faciliter le financement de la restauration écologique

Le recul de la biodiversité et la dégradation des écosystèmes constituent désormais un risque systémique. Les services écosystémiques, qualité de l’eau, régulation du climat, fertilité des sols ou protection contre certains aléas naturels, conditionnent directement la santé publique, la stabilité sociale et le fonctionnement de nombreux secteurs économiques. Agriculture, alimentation, énergie, construction ou foresterie dépendent fortement de ces équilibres naturels.

Pour les acteurs de l’assurance et de la finance, cette dégradation se traduit aussi par une exposition accrue des actifs. La perte de valeur des territoires, l’augmentation de certains sinistres et l’incertitude sur la pérennité des projets fragilisent les portefeuilles et interrogent les modèles de gestion des risques à long terme.

Le financement de la nature confronté à l’incertitude

Malgré une prise de conscience croissante et un renforcement progressif des cadres réglementaires, les projets de restauration écologique peinent encore à attirer des financements suffisants. Plusieurs facteurs expliquent ces réticences. Les écosystèmes sont par nature dynamiques et imprévisibles, ce qui rend l’évaluation des risques complexe. Les données disponibles sur la performance des projets et sur leurs retours sur investissement restent limitées. À cela s’ajoutent des incertitudes sur la temporalité des bénéfices et l’absence de standards largement partagés pour encadrer la gouvernance des projets.

Dans ce contexte, l’assurance apparaît comme un levier structurant pour réduire l’aversion au risque et rendre ces initiatives plus attractives pour les acteurs publics et privés.

Une réponse assurantielle adaptée aux cycles écologiques

La solution NatReCo repose sur une approche progressive du risque, alignée sur les différentes phases de restauration des écosystèmes. La restauration écologique s’inscrit dans des temporalités longues, souvent de plusieurs décennies, au cours desquelles le profil de risque évolue à mesure que l’intégrité des milieux se renforce.

Le premier niveau de couverture vise la phase initiale de mise en place des conditions de rétablissement. Il s’agit de sécuriser les investissements nécessaires au démarrage du projet, lorsque la vulnérabilité est la plus forte. Une deuxième phase accompagne la gestion continue, en couvrant les risques liés au maintien et à l’amélioration des conditions écologiques restaurées. À terme, une troisième phase est conçue pour préserver durablement le niveau d’intégrité atteint, une fois les écosystèmes stabilisés.

Cette structuration en continuum permet d’ajuster les garanties à l’évolution réelle des risques, un principe familier aux professionnels de l’assurance mais encore peu appliqué aux projets environnementaux.

Données, biomes et personnalisation des risques

La solution s’appuie sur une couverture modulable, adaptée à différents biomes terrestres et à des périls sélectionnés en fonction des spécificités de chaque écosystème. Cette approche met en évidence le rôle central des données environnementales dans la tarification et la gestion des risques. Plus les projets sont documentés et suivis, plus l’assurance peut affiner son intervention et contribuer à la viabilité financière des initiatives.

Pour le secteur assurantiel, cette logique ouvre des perspectives nouvelles à la croisée de l’innovation, de la gestion des risques climatiques et de la finance durable. Elle renforce également le lien entre assurance, prévention et préservation des actifs naturels, désormais reconnus comme des composantes du patrimoine économique et sociétal.

L’assurance comme catalyseur de la transition écologique

En réduisant l’incertitude liée au financement de la restauration écologique, l’assurance se positionne comme un outil de facilitation des investissements en faveur de la nature. Elle contribue à structurer un marché encore émergent, en apportant des cadres de gouvernance, des standards de couverture et une lecture assurantielle des risques environnementaux.

Comme le souligne Jean-Paul Conoscente, directeur général de SCOR Property & Casualty, cette approche démontre la capacité du secteur à innover face à des enjeux globaux et à jouer un rôle actif dans l’anticipation des défis environnementaux. Pour les professionnels de l’assurance, ces solutions illustrent une évolution de fond du métier, où la gestion des risques s’étend désormais à la préservation des écosystèmes et à la durabilité des modèles économiques.

Source : SCOR, « Assurance pour la restauration et la conservation de la nature », 2026 

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