Prévention, l’angle mort de la relation clients en assurance

2026 commence « gentiment » et nos bonnes résolutions avec.
Mais les risques sont toujours aussi nombreux, aussi diffus, aussi imbriqués : accidents de la route toujours trop fréquents, explosion des troubles psychosociaux, cyberattaques devenues banales, événements climatiques désormais structurels et violents, augmentation significative du coût des émeutes, … .

Sur certains risques, l’équation historique : mutualiser, indemniser, équilibrer, devient de plus en plus difficile à tenir. Résultats : les marges se contractent, les arbitrages tarifaires deviennent politiquement et commercialement sensibles, certains risques deviennent tout simplement difficiles, voire impossibles à assurer et l’image de l’assurance risque encore de se dégrader. Face à ce contexte, une certitude semble se dessiner : le modèle historique de l’assurance centré exclusivement sur l’indemnisation va atteindre ses limites.

L’indemnisation ne suffit plus à la promesse de l’assurance

L’assurance s’est construite historiquement sur une promesse simple : réparer. Mais réparer n’est pas prévenir. Et réparer risque d’être intenable, ni économiquement, ni socialement. Dans ce contexte, continuer à considérer la prévention comme un “plus”, comme un volet accessoire ou un simple sujet de communication relève presque de la naïveté, voire de l’aveuglement stratégique. Sans prévention renforcée et systémique :

  • Certains risques deviennent inassurables,
  • Certains territoires deviennent trop exposés.
  • Certaines populations deviennent exclues,

La question n’est plus de savoir si la prévention est importante. La vraie question est désormais : pourquoi n’est-elle pas encore intégrée de manière systémique dans les parcours clients ?

La prévention, l’angle mort de la relation clients

Paradoxalement, la prévention est l’un des rares leviers capables de recréer du lien entre assureurs et assurés, dans un secteur parfois perçu comme lointain ou uniquement transactionnel. Pourquoi ?
Parce qu’elle permet d’entrer en relation en dehors des moments de tension : ni vente, ni sinistre. Autant d’occasions de contact utiles, légitimes, attendues. Et pourtant encore trop rares ou mal orchestrées.

L’événement prévention de manière systémique dans les parcours clients, c’est une nouvelle grammaire de l’accompagnement, devant être inscrite durablement dans le parcours clients et accepter un basculement profond : passer d’un modèle centré sur l’événement subi à un modèle fondé sur l’anticipation et l’accompagnement continu du client.

2026 : un point de bascule pour le secteur ?

L’année qui s’ouvre pourrait marquer un tournant. Non pas parce que les assureurs découvrent la prévention, mais parce que les constats ne permettent plus de rester au stade du discours et à quelques séquences de communication. En 2026, la prévention ne peut plus être traitée comme une succession d’actions ponctuelles ou isolées. Elle doit être un fil rouge, une épine dorsale de la relation, présente au sein du parcours client : de l’intérêt initial au contrat d’assurance à la résiliation (et après…), en passant par la vie du contrat et le sinistre.

Point de tension économique, le paradoxe du ROI de la prévention

C’est l’objection récurrente de beaucoup d’entreprise du secteur de l’assurance : la prévention génère un coût immédiat, pour un retour sur investissement difficile, voire impossible, à mesurer. Contrairement à l’indemnisation, elle ne produit ni revenu direct, ni sinistre évité objectivement comptabilisable : comment chiffrer un accident, un burn-out ou une cyberattaque qui n’ont pas eu lieu ? Ce paradoxe rend la prévention structurellement invisible dans les modèles économiques traditionnels, encore largement pilotés par des indicateurs de court terme. Pourtant, en se focalisant sur l’absence de ROI immédiat, on ignore ses effets réels mais diffus : réduction de la gravité des sinistres, amélioration de la fidélisation, hausse de la valeur perçue du contrat, renforcement de la confiance…. En 2026, la vraie question n’est peut-être plus de savoir combien rapporte la prévention, mais combien coûte son absence dans un contexte où certains risques sont de moins en moins aléatoires.

Changer de posture, pas seulement d’outils

Intégrer la prévention de manière systémique suppose un changement profond de posture. Il ne s’agit pas d’empiler des dispositifs, mais de repenser la relation clients comme un accompagnement continu. Cela implique :

  • De contacter ses prospects et clients autrement que pour vendre ou indemniser,
  • D’assumer pleinement un rôle de conseil, d’accompagnement et d’alerte,
  • De faire évaluer la valeur créée autrement que par le seul prisme du montant de la prime acquise, des garanties proposées ou du rapport S/P (ou P/C).

La prévention pourrait alors devenir un marqueur de maturité, un lien de confiance, un indicateur de crédibilité, et un avantage compétitif durable.

Une opportunité stratégique autant qu’un impératif sociétal

Au fond, la prévention pose une question simple mais dérangeante : quelle place l’assurance veut-elle occuper dans la vie réelle des assurés ? Être présente uniquement quand tout va mal ? Ou accompagner, informer, alerter, guider, avant que le risque ne se transforme en sinistre et parfois en drame ? En 2026, le statu quo est-il tenable ?

La prévention, pour le secteur de l’assurance ce n’est plus uniquement un article de plus dans un magazine destiné aux assurés, la prévention est une voie stratégique. La prévention n’est plus un supplément d’âme. Elle est peut-être l’une des dernières marges de manœuvre économiques pour le secteur, l’une des grandes opportunités pour réconcilier performance économique, utilité sociétale et confiance client.

Vovoxx Média souhaite favoriser des travaux & actions communes sur ce sujet « Comment installer la prévention dans l’intégralité des parcours clients : solutions concrètes pour les assureurs ». On en parle, on agit ? : contact.

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