Adrien Couret, vous êtes Directeur Général d’AÉMA Groupe / Vice Président de l’Association des Assureurs Mutualistes (AAM) et vous co-présidez le Jury des Trophées de l’Assurance 2025.
Quelles sont les principales raisons qui vous ont fait accepter notre sollicitation ? Comment avez-vous vécu la réunion du Jury ?
Accepter de présider le Jury des Trophées de l’Assurance, c’est avant tout répondre à une conviction : celle que notre secteur regorge de talents, d’idées et d’engagements qui méritent d’être mis en lumière. Les Trophées sont un moment de reconnaissance, mais aussi de projection vers l’avenir. Ils valorisent les initiatives qui font bouger les lignes, qui réinventent notre métier et qui répondent aux attentes d’une société en pleine mutation.
La réunion du Jury est toujours un temps fort, dense et stimulant. Elle a révélé cette année une diversité de projets portés par des équipes passionnées, qui traduisent une volonté commune : celle de faire de l’assurance un acteur utile, responsable et innovant. Ce que j’ai vu, ce sont des solutions concrètes, pensées pour les assurés, pour les territoires, pour les générations futures.
Comment se porte l’innovation dans l’assurance ?
L’innovation dans l’assurance est bien vivante, mais elle change de nature. Aujourd’hui, innover dans l’assurance, c’est penser au-delà du produit. Les possibilités technologiques comme l’IA, dont nous avons vu de nombreux exemples dans les dossiers de candidatures, amènent systématiquement à repenser la relation aux assurés. Au-delà, l’innovation est guidée plus structurellement par l’intégration des enjeux climatiques, sociaux, territoriaux, qui conditionnent l’assurabilité. En faisant cela, l’assurance peut participer à un nouveau contrat social garantissant inclusion et solidarité face aux nouveaux risques. Aujourd’hui, être un assureur, c’est être au coeur des évolutions du monde ; l’innovation est devenue une responsabilité.
Pour votre entreprise, quels sont/seront les prochains sujets en termes d’innovation et/ou de transformation ?
En tant que groupe mutualiste, notre action est tournée vers l’accessibilité de nos
offres, et il en va donc de même pour notre philosophie d’innovation. En matière
technologique, nous faisons sur l’IA ce que nous avons fait pour le digital : nos
marques Macif, Aésio Mutuelle, Abeille Assurances, OFI Invest déploient des cas
d’usage qui visent soit à élargir l’accès et la performance de nos services, soit à en
améliorer la productivité, essentielle au maintien d’un juste tarif dans le temps. Au
plan social, nos Fondations d’entreprise ou nos actions de mécénat soutiennent des
projets de terrain qui touchent à la continuité de services essentiels auprès de
publics vulnérables, et cela nourrit notre réflexion de métier. Au plan environnemental, nous développons avec OFI Invest des activités de finance responsable qui permettent de soutenir des secteurs à impact d'avenir, comme l’agriculture régénérative. Enfin, au plan culturel, nous nous efforçons de rendre ces enjeux d’innovation appropriables par tous, par nos salariés que nous accompagnons, et par notre communication externe en général.
Nous vivons dans un environnement très « tendu » : contexte géopolitique et
économique, transformation & sinistralité climatique… comment voyez-vous le secteur de l’assurance évoluer ?
Le monde de l’assurance est à un tournant de son histoire. Les risques auxquels nous faisons face sont systémiques, interconnectés et de plus en plus fréquents. Le dérèglement climatique, les crises sanitaires, les tensions géopolitiques ou encore les cybermenaces redéfinissent notre rôle dans la société.
Face à cette complexité, l’assurance doit évoluer vers un modèle plus résilient, plus coopératif et plus préventif. Elle ne peut plus se contenter d’indemniser, elle doit anticiper, accompagner, et parfois même alerter. Cela implique de repenser nos outils, nos partenariats, notre relation aux territoires et aux pouvoirs publics. Le secteur doit aussi assumer une responsabilité nouvelle : celle de contribuer à la construction d’un contrat social de la protection, plus inclusif et plus durable.
Enfin, notre secteur fait face à des risques réglementaires forts, sur lesquels nous nous mobilisons. Nous sommes face à des injonctions paradoxales qui peuvent compromettent la solidarité, fondement de notre modèle d’assurance, et à travers lui la mutualisation des risques, trésor national pour garantir à chacun une protection effective, aujourd’hui et demain.
L’engagement sociétal et environnemental des entreprises du secteur de l’assurance est-il aujourd’hui et dans le futur, un levier stratégique majeur ? Doit-on innover sur ce sujet ?
Oui, et plus que jamais. L’engagement sociétal et environnemental est devenu un critère de confiance, de préférence et de fidélité. Les assurés, les collaborateurs, les partenaires attendent des entreprises qu’elles prennent position, qu’elles agissent, qu’elles démontrent leur utilité sociale. Chez Aéma Groupe, parce que la protection des plus de 12 millions de Français qui nous font confiance est notre réalité, partout et tout le temps, nous avons fait de cet engagement un pilier stratégique. Mais il ne suffit pas d’avoir des convictions : il faut les incarner dans nos produits, nos investissements et notre gouvernance, pour les rendre tangibles auprès de nos assurés. Innover sur ces sujets, c’est imaginer des solutions de protection qui intègrent les enjeux climatiques, sociaux et territoriaux. C’est faire de la transition et de l’adaptation une priorité collective, à l’heure où les coûts humains, environnementaux et économiques s’envolent. C’est aussi repenser notre impact, notre
transparence, notre capacité à créer de la valeur partagée. L’assurance a un rôle clé à jouer dans la transition écologique et sociale, non seulement pour couvrir les risques, mais aussi pour les prévenir et pour alerter. Elle peut être un levier puissant de transformation, à condition d’oser, d’agir et de s’engager pleinement. Mutualiste dans l’âme, activiste par conviction, Aéma Groupe y est prêt.

