Courtiers de proximité : de l’optimisme, mais sous tensions

Entre le 20 décembre 2025 et le 6 janvier 2026, L’Assurance en Mouvement a mené une enquête auprès de 176 courtiers d’assurance de proximité, dirigeants et collaborateurs de cabinets implantés sur l’ensemble du territoire.

Objectif de cette enquête: prendre le pouls d’une profession confrontée à des mutations profondes : pression réglementaire, transformation technologique, évolution des relations avec les compagnies, tout en restant un pilier essentiel de la relation clients de proximité en assurance. Les résultats dressent le portrait d’un courtage globalement confiant dans son activité, mais lucide sur les fragilités économiques et organisationnelles de son modèle.

Une confiance majoritaire dans l’activité, tempérée par la prudence

Premier enseignement fort de l’enquête : l’optimisme domine, sans pour autant verser dans l’euphorie. Près de 7 courtiers d’assurance de proximité sur 10 se déclarent optimistes pour leur activité en 2026, dont une minorité se dit très optimiste. En miroir, 28 % expriment un pessimisme modéré, signe que la confiance n’est ni homogène ni automatique.

Cette prudence se retrouve lorsqu’il s’agit de projections concrètes. 62 % des répondants anticipent une hausse de leur activité en 2026, tandis que 20 % tablent sur une stabilité. En revanche, un peu plus de 17 % redoutent une baisse, révélant une profession à plusieurs vitesses, fortement dépendante de la structure du cabinet, de son positionnement et de ses marchés cibles.

Le regard porté sur l’année écoulée confirme cette lecture : 2025 est majoritairement perçue comme une année stable (61,3%), plus que comme une année de croissance franche. Un peu plus d’un cinquième des courtiers constatent même une dégradation de leur activité, illustrant les disparités économiques au sein de ce réseau de proximité.

Le potentiel reste ancré dans la proximité : particuliers et TPE en ligne de mire

Lorsqu’on interroge les courtiers sur leurs relais de développement, le constat est sans appel. Le marché des particuliers arrive très largement en tête, suivi de près par celui des TNS et des TPE. Les PME et ETI constituent un axe de développement complémentaire, mais secondaire, tandis que les collectivités et associations demeurent marginales dans les perspectives de croissance.

Ce résultat confirme l’ADN du courtage de proximité : une expertise locale, un accompagnement humain et une relation de confiance, là où la complexité des besoins rend le conseil indispensable.

Rentabilité : un équilibre fragile, sans réelle perspective d’amélioration

Si l’activité résiste, la rentabilité apparaît comme l’un des sujets les plus sensibles de l’enquête. Une large majorité des courtiers juge la rentabilité de leur cabinet satisfaisante (64,3%), mais très peu la considèrent comme réellement confortable. Le qualificatif de “très satisfaisante” est quasiment absent des réponses, révélant une rentabilité acceptable mais sous contrainte. Cette perception se prolonge dans les projections pour 2026 : 9 courtiers sur 10 anticipent des marges stables, et très peu (8.6%) envisagent une amélioration de la rentabilité de leur cabinet de courtage. Autrement dit, même en cas de hausse d’activité, le modèle économique semble plafonner.

Les freins identifiés sont clairs et massifs. Les charges fixes arrivent très largement en tête, suivies de près par le temps consacré à l’administratif et à l’application de la réglementation. La concurrence est également citée par plus de la moitié des répondants. Fait notable, le niveau des commissions est peu mis en cause, ce qui semble montrer que la pression économique se situe davantage dans la structure des coûts et l’organisation du travail que dans la rémunération brute.

Relations avec les compagnies : une normalité sous surveillance

Les relations entre courtiers et compagnies sont globalement jugées correctes à satisfaisantes. Une large majorité (81%) évoque des relations fluides ou acceptables, même si près d’un cinquième des répondants parle de relations tendues ou dégradées.

En revanche, l’avenir de cette relation divise profondément la profession. Les courtiers sont quasiment partagés à parts égales entre ceux qui anticipent une amélioration de la relation avec les compagnies et ceux qui n’y croient pas. Cette incertitude traduit un sentiment diffus : la relation compagnies/courtiers n’est pas fondamentalement conflictuelle, mais elle reste fragile et susceptible d’évoluer rapidement, notamment sous l’effet des stratégies de distribution et des exigences réglementaires.

La réglementation est acceptée, mais crainte d’un durcissement massif

La réglementation est perçue de manière ambivalente. Pour une majorité de courtiers (54%), elle constitue une « contrainte » nécessaire, inhérente à un secteur fortement régulé. Toutefois, près d’un quart la considère comme un frein majeur à l’exercice du métier, et très peu y voient un véritable levier de développement où de développement d’opportunités..

Surtout, la profession exprime une crainte très forte d’un durcissement réglementaire à court terme. Plus de 8 courtiers sur 10 redoutent une intensification des obligations d’ici 2026, dont une majorité (58%° de façon marquée. Cette anticipation semble pèser lourdement sur la perception de l’avenir, en particulier pour les structures les plus petites.

Digital et technologie : un levier assumé

Sur le terrain de la transformation numérique, le message est clair : le virage est déjà pris. La quasi-totalité des répondants considère que leur cabinet est aujourd’hui bien digitalisé, et les outils sont perçus presque unanimement comme un gain de productivité, et non comme une contrainte.

Mieux encore, la technologie : digitalisation, automatisation, intelligence artificielle,… est majoritairement vue comme un facteur de transformation profonde du métier, voire comme un moyen de renforcer le rôle du courtier de proximité. Les craintes de fragilisation ou de disparition du modèle « courtiers de proximité » à cause du digital restent très marginales.

Ces résultats ne semblent pas totalement en ligne avec l’article (Les Echos du 03/01/2026) « Des dominos vont tomber, ou comment l’IA va redéfinir les modèles de vente dans l’assurance » qui évoque « L’IA devrait bouleverser les équilibres établis dans la distribution d’assurance. Les courtiers de proximité et les comparateurs en ligne sont les plus menacés, selon une étude.« 

Un avenir sous pression

À moyen terme, la majorité des courtiers d’assurance envisage une stabilité de leur activité, mais plus d’un tiers évoquent déjà la possibilité d’un regroupement ou d’une cession. Ce chiffre illustre la montée en puissance des logiques de consolidation, souvent perçues comme une réponse aux contraintes économiques et réglementaires.

À horizon cinq ans, le verdict est sans ambiguïté : le courtier de proximité restera un acteur important du secteur de l’assurance, mais sous pression croissante. Très peu imaginent une marginalisation, et aucun ne parle, pour ce métier, de disparition pure et simple.

Un panel expérimenté, très ancrée dans la réalité du terrain

Le profil des répondants éclaire fortement ces résultats. La majorité sont dirigeants de cabinets, souvent à la tête de structures très petites (81% ont 5 collaborateurs ou moins) parfois unipersonnelles. La profession interrogée est également très expérimentée, avec une ancienneté élevée dans le métier (85% des répondant ont entre 5 et 20 d’ancienneté dans le métier). Cette maturité explique sans doute la tonalité de l’enquête : ni alarmiste, ni naïve, mais profondément réaliste.

Un modèle qui tient, mais qui doit se rééquilibrer ?

Cette enquête montre que le courtage de proximité ne va pas mal. Il tient, il s’adapte, il continue de jouer un rôle central dans la relation de proximité pour l’assurance . Mais elle révèle aussi un modèle sous tension structurelle, où la croissance d’activité ne se traduit pas automatiquement par une amélioration économique, et où la charge administrative et réglementaire pèse de plus en plus lourdement sur des structures souvent modestes.

L’enjeu pour les années à venir n’est donc pas la survie du courtier de proximité, mais sa capacité à retrouver des marges de manœuvre, à gagner du temps utile, et à faire de la technologie un levier de croissance.

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