Assurance, 7 groupes veulent être à la table des décisions

Aéma Groupe, Allianz, AXA, Generali, Matmut, Swiss Life et le Groupe VYV signent une prise de position commune. Ils appellent les pouvoirs publics à renforcer le partenariat entre l’Assurance maladie obligatoire et les assureurs santé, et à associer ces derniers aux arbitrages sur l’avenir du système de soins.

Sept groupes réunis au sein de l’Association pour le Développement de l’Assurance Française (ADAF) ont choisi de parler d’une seule voix. Ensemble, ils couvrent la santé de près de 25 millions de Français. Ils demandent que les assureurs santé ne soient plus seulement les destinataires des décisions publiques, mais qu’ils en deviennent des parties prenantes. Leur communiqué conjoint est relayé par une annonce collective dans la presse.

Une coalition qui dépasse les clivages habituels

La liste des signataires est un message en soi. On y trouve des assureurs internationaux (Allianz, AXA, Generali, Swiss Life), une mutuelle d’assurance (Matmut) et deux grands ensembles mutualistes (Aéma Groupe et le Groupe VYV). Sociétés régies par le Code des assurances et acteurs du Code de la mutualité défendent ici une même ligne. Ces deux familles ont pourtant longtemps cultivé leurs différences sur le marché de la complémentaire santé.

Les signataires partent d’un constat sans détour. Les dépenses de santé augmentent sans cesse, les déficits publics se creusent et l’accès aux soins se dégrade. Ils rappellent aussi que les Français sont attachés à un modèle à deux étages. Le premier est un socle de solidarité géré par l’Assurance maladie obligatoire (AMO). Le second est une couverture complémentaire adaptée aux besoins de chacun. Selon eux, c’est l’articulation entre ces deux étages qu’il faut consolider, « au service de l’intérêt général ».

Trois demandes : reconnaissance, association, trajectoire

La prise de position s’organise autour de trois axes.

Reconnaître le rôle des assureurs santé. Les sept groupes demandent une « reconnaissance effective » de leur contribution au système de santé, à son efficience et à son financement. Concrètement, ils veulent que les assureurs santé, représentés par leurs fédérations professionnelles, soient davantage associés aux décisions qui les concernent.

Co-construire une trajectoire pluriannuelle. Les signataires proposent de contribuer à une trajectoire pluriannuelle de prévention, de protection et de financement. Elle associerait l’ensemble des parties prenantes, notamment les professionnels de santé et les patients. Elle prévoirait aussi de rendre compte aux Français des résultats obtenus. L’idée de redevabilité devant les assurés est un point notable du texte.

Décider vite et ensemble. Le système de santé « exige des décisions rapides à la hauteur des enjeux », écrivent les signataires. Ils veulent participer au choix des solutions qui garantiront sa soutenabilité. Leur formule résume l’ensemble : une stratégie commune, des décisions partagées, des résultats mesurables.

Dans le sillage du rapport Rist

Les signataires inscrivent leur démarche dans le prolongement des rapports récemment commandés par le gouvernement. Le premier porte sur l’articulation entre AMO et assurance maladie complémentaire (AMC), le second sur la prévention.

Le premier de ces textes, issu de la mission conduite par Stéphanie Rist, a été remis le 23 septembre 2026. Il formule 22 recommandations pour redéfinir les rôles respectifs de l’AMO et de l’AMC. Parmi les pistes figurent des transferts de prise en charge vers les complémentaires, la création d’un « contrat essentiel » et une nouvelle gouvernance du système. France Assos Santé s’inquiète déjà des effets possibles de cette architecture sur les cotisations, les restes à charge et les inégalités d’accès aux soins.

D’autres voix se sont exprimées dans le même sens. La FIPS a salué les grandes orientations du rapport, tout en demandant une meilleure prise en compte des contrats collectifs. Le Medef, en présence de la ministre de la Santé, a dénoncé « les nouveaux transferts » et plaidé pour un rôle renforcé des assureurs santé.

Partenaires… ou variables d’ajustement ?

Le moment choisi n’est pas anodin. Les assureurs santé sortent d’une année de transferts imposés plutôt que négociés. Quatre décrets publiés au Journal officiel du 22 août modifient au 1er janvier 2027 la répartition de la prise en charge. Ils concernent les soins dentaires, les dispositifs médicaux et les transports sanitaires. Le PLFSS 2027 prévoyait en outre de transférer le remboursement des cures thermales vers les complémentaires. La taxe exceptionnelle qui les visait a finalement été supprimée.

Ces transferts se répercutent sur les tarifs. Le cabinet Addactis anticipe pour 2027 des indexations médianes de 8,3 % en individuel, sur fond de dérive durable des prestations.

Le contraste est saisissant avec le dossier de la fraude sociale. Comme le relève La Tribune de l’Assurance, les assureurs santé sont chargées par la loi d’y participer. Elles n’y disposent pourtant que d’un rôle secondaire, avec des échanges de données réduits au minimum. On leur demande de financer et de contribuer, sans leur donner voix au chapitre. C’est précisément ce déséquilibre que les sept groupes de l’ADAF entendent corriger.

Une question reste ouverte : les pouvoirs publics accepteront-ils de transformer cette demande en gouvernance partagée ? Le rapport Rist ouvre la voie à une nouvelle architecture. Reste à savoir si les assureurs santé y figureront comme co-décideurs ou, une fois encore, comme variable d’ajustement budgétaire.

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