Dans un entretien pour le podcast Nouveau Départ, Lucile Quillet interroge la promesse d’égalité femme-homme par le mérite. Elle décrit un monde du travail biaisé où les femmes, souvent très investies, restent moins reconnues, moins visibles et moins promues.
Dans le tout dernier épisode du podcast du média Nouveau Départ, la journaliste Laëtitia Vitaud reçoit une consœur, l’autrice Lucile Quillet, à l’occasion de la sortie de son livre Les Méritantes, un ouvrage qui explore la place des femmes dans le monde du travail. Au cœur de la discussion : l’idée que le mérite et le « travail bien fait » garantiraient, à eux seuls, l’égalité professionnelle. Une croyance que l’autrice conteste, estimant que l’organisation du travail demeure profondément biaisée et qu’elle trahit les femmes.
Lucile Quillet décrit le cas des « bonnes élèves », ces salariées jugées investies et consciencieuses, qui font plus que ce qui est attendu. Selon elle, leur contribution est pourtant rarement reconnue à sa juste valeur. Les femmes auraient tendance à travailler davantage, parfois mieux, tout en progressant moins vite : elles seraient moins payées, moins promues et moins visibles. Cette situation ne s’expliquerait pas par un déficit de compétences ou d’ambition, mais par des règles du jeu implicites, façonnées par et pour les hommes.
L’échange revient aussi sur les limites d’un discours centré sur l’empowerment et le coaching individuel. Apprendre à négocier ou à gagner en confiance ne suffise pas si le système reste inégal. Le problème, souligne l’autrice, ne viendrait pas des femmes mais de la définition du mérite, de l’organisation et de la dévalorisation des métiers et rôles perçus comme « féminins ».
L’épisode invite ainsi à déplacer le regard : plutôt que d’enjoindre les femmes à s’adapter, il s’agirait d’interroger collectivement le fonctionnement du travail. « Puisque l’on désigne les freins féminins par des syndromes, nommons ceux de la réussite. Ce premier critère du temps pourrait s’appeler « le syndrome du piquet » : être toujours planté là, pour être vu, quand bien même on ne travaille même pas. Car il ne faut pas se leurrer : être présent ne veut pas dire travailler. Tout comme ne pas être là (en télétravail, par exemple) ne veut pas dire qu’on ne travaille pas. » explique Lucile Quillet.
La question n’est donc pas de mieux coacher les femmes, mais de revoir ce que l’organisation valorise, récompense et rend visible. Et si, plutôt que de compter les heures passées au bureau, on commençait enfin à compter ce qui est produit – et par qui ?

