Assurances et risques littoraux : quel équilibre ?

Face à l’intensification des risques climatiques sur le littoral, l’assurance de biens immobiliers est appelée à se transformer pour éviter l’émergence de territoires inassurables. Un projet de recherche interdisciplinaire explore de nouveaux modèles afin de concilier protection des assurés, soutenabilité économique et équité sociale.

Les communes littorales françaises continuent d’exercer une forte attractivité résidentielle, malgré une exposition accrue aux aléas climatiques. Près de 20 % du linéaire côtier est aujourd’hui concerné par l’érosion, tandis qu’environ 1,5 million de personnes résident dans des zones menacées par la submersion marine. Les projections du Groupe d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat (GIEC) font état d’une élévation du niveau de la mer comprise entre 28 et 100 centimètres, pouvant atteindre jusqu’à 188 centimètres à l’horizon 2100. Pourtant, la valorisation du patrimoine immobilier ne reflète encore que partiellement cette réalité, ce qui pose un défi majeur pour l’assurance et la prévention.

Les limites des dispositifs assurantiels actuels

Les mécanismes existants, qu’ils relèvent de la solidarité nationale à travers le régime des catastrophes naturelles (CatNat) ou de l’assurance privée classique, montrent des fragilités face à la répétition et à l’intensification des sinistres littoraux. À moyen terme, la soutenabilité financière de ces dispositifs pourrait être remise en cause, tout comme leur acceptabilité sociale. Le risque de désengagement de l’assurance soulève des enjeux majeurs de protection des ménages, de stabilité du marché immobilier et de cohésion territoriale.

Explorer de nouveaux modèles de couverture et de prévention

Le projet de recherche présenté par la fondation MAIF vise à identifier des solutions assurantielles innovantes capables d’intégrer les risques littoraux de manière plus dynamique. Deux pistes principales sont étudiées. La première repose sur une valorisation dégressive des biens exposés, intégrant progressivement le risque climatique dans leur valeur assurée. La seconde s’appuie sur des contrats à tarification évolutive, ajustant les primes en fonction de l’évolution de l’exposition et des mesures de prévention mises en œuvre. Ces approches interrogent directement la capacité de l’assurance à devenir un levier d’anticipation et non plus seulement de réparation.

Une approche interdisciplinaire au service de l’assurance

La méthodologie mobilise des analyses économiques, juridiques, sociologiques et géographiques. Des entretiens avec des acteurs publics, des assureurs et des experts permettent d’évaluer les pratiques actuelles, tandis qu’une collecte de données examine l’évolution conjointe des prix immobiliers et des primes d’assurance. Une enquête de terrain auprès de 600 propriétaires de communes littorales exposées analyse la perception du risque et l’acceptabilité de nouveaux mécanismes. Enfin, l’étude de cas emblématiques, comme l’immeuble du Signal ou les communes de Biscarrosse et Treffiagat, éclaire les marges d’adaptation du droit et des dispositifs assurantiels.

Vers un partenariat public-privé renouvelé

Les résultats attendus doivent nourrir la réflexion des assureurs, des collectivités et de l’État sur l’évolution de la mutualisation des risques. L’enjeu est de préserver la liberté résidentielle tout en intégrant davantage de responsabilité individuelle et collective face aux décisions d’implantation. Pour le secteur de l’assurance, ce projet ouvre des perspectives concrètes en matière d’innovation, de gestion du patrimoine immobilier et de solidarité territoriale dans un contexte de changement climatique accéléré.

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