Santé mentale : un système cher et défaillant

Après dix semaines d’auditions, une commission d’enquête de l’Assemblée nationale juge la prise en charge de la santé mentale coûteuse et défaillante. Elle pointe l’absence de stratégie et le manque de prévention.

Publié le 18 décembre 2025, le rapport de la commission d’enquête de l’Assemblée nationale sur les défaillances des politiques publiques de prise en charge de la santé mentale et du handicap dresse un constat de prise en charge « coûteuse mais défaillante ». Présenté par la présidente Nicole Dubré-Chirat et le rapporteur Sébastien Saint-Pasteur, il évoque une politique affichée « ambitieuse » mais sans stratégie claire et un déficit de prévention.

Les parcours font souvent face au mur des délais, des inégalités territoriales et de la complexité des démarches. En santé mentale, le rapporteur décrit un état « dramatique » et une progression des troubles psychiques, « particulièrement chez les jeunes ». La réponse publique serait « minée par le manque de professionnels de santé et leur inégale répartition » sur le territoire, ainsi que par « de fortes rigidités » dans les solutions. Des formes d’accompagnement innovantes et prometteuses seraient négligées au profit d’un recours accru à la médication et à l’hospitalisation : « un effet de ciseau se dessine entre des besoins en forte progression, et une offre de prise en charge qui demeure stable en volume et n’évolue pas qualitativement. Un report en aval massif sur les urgences psychiatriques s’opère donc. »

Le rapport met en regard ces difficultés avec leur coût. Les dépenses de santé liées aux troubles de la santé mentale seraient « en passe de devenir le premier pôle de dépenses de l’Assurance maladie », pour près de 28 milliards d’euros en 2023. « Ces coûts considérables pourraient pourtant être évités, si les causes premières des défaillances étaient correctement », note le texte. À l’échelle de la société, les coûts liés à la santé mentale sont estimés à 163 milliards d’euros, dont 78 % de coûts indirects « invisibles ». Une part de ces coûts peut être évitée « par une prise en charge précoce, adaptée et suivie », ce qui conduit la commission à insister sur une stratégie de prévention et sur la mesure des « coûts évités ».

Au-delà des moyens, la commission identifie deux défaillances structurelles : la complexité de l’organisation, génératrice de surcoûts, et une connaissance jugée insuffisante des besoins, malgré l’existence de données, ainsi qu’une évaluation incomplète de l’effectivité des prises en charge. 

Les recommandations sont regroupées en quatre axes : développer une culture de l’évaluation, de l’impact et des coûts évités ; faire évoluer l’inclusion scolaire ; investir dans l’accès à l’autonomie réelle tout au long de la vie ; choisir la prévention en santé mentale et renforcer l’organisation de l’accompagnement des patients. 

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