Vieillissement, pénurie de personnel, hausse des coûts, cybersécurité : un rapport prospectif de Relyens met en lumière des systèmes de santé européens fragilisés, appelés à mieux anticiper des risques désormais étroitement liés.
Les systèmes de santé sont-ils encore armés pour encaisser les chocs à venir ? En effet, le constat est, à bien des égard, alarmant : les établissements de santé européens évoluent dans un environnement de « polycrise », où se cumulent tensions économiques, sociales, sanitaires, environnementales et technologiques. À partir d’une enquête menée dans quatre pays auprès de 924 dirigeants et soignants, le rapport 2026 de Relyens éclaire les vulnérabilités du secteur et dessine plusieurs leviers d’action pour renforcer sa résilience.
À cinq ans, trois risques dominent nettement les préoccupations : le vieillissement de la population et l’augmentation des maladies chroniques, la pénurie de personnel et l’épuisement professionnel, ainsi que la hausse des coûts de santé. Le rapport souligne en outre que 80 % des risques jugés à la fois probables et graves sont aussi considérés comme insuffisamment anticipés.
« Beaucoup d’organisations raisonnent encore dans l’urgence, à court terme. Renforcer la résilience suppose donc d’articuler deux horizons : des résultats rapides, visibles par (et encourageants pour) les équipes, et une vision à moyen terme qui structure les efforts. » affirme David Bates, Professeur au Département de politique et de gestion de la santé à Harvard.
La sécurité du patient apparaît comme la conséquence la plus concrète de cette accumulation de pressions. Selon l’étude, 72 % des répondants estiment que la pénurie de personnel compromet directement la sécurité des soins. S’y ajoutent l’augmentation des coûts, les ruptures d’approvisionnement, les menaces liées à la cybersécurité et les erreurs médicales, qui traduisent moins des incidents isolés qu’un enchaînement de fragilités au sein de l’organisation hospitalière.
« La sécurité des patients est bien plus qu’un enjeu opérationnel. Elle est stratégique, tant au niveau des institutions de soins que des politiques nationales ou européennes. Elle interagit directement avec la soutenabilité financière, la rétention du personnel, la qualité des soins, ou encore le value-based care. On traite souvent ces sujets de manière déconnectée, alors qu’ils sont indissociables. Si on améliore la sécurité des patients, on améliore aussi la qualité des parcours de soins, la performance globale des établissements et la santé des professionnels. » déclare Stéphane Boulanger, Policy Advisor de l’European Patient Safety Foundation (EUPSF).
Le rapport met aussi en avant une convergence européenne des diagnostics, malgré des sensibilités nationales différentes. Partout, les ressources humaines, le financement, la préparation aux crises, la cybersécurité figurent parmi les sujets majeurs. En France, les inquiétudes se concentrent davantage sur les inégalités d’accès aux soins et les ruptures d’approvisionnement ; en Allemagne, sur les dynamiques migratoires ; en Italie et en Espagne, sur la désinformation et la défiance du public. À plus long terme, 93 % des répondants anticipent une dégradation de la situation du système de santé dans les dix prochaines années.
« Derrière des contraintes similaires, chaque pays compose avec son histoire, son modèle de gouvernance et sa culture du soin. […] Une “Europe de la santé” ne suppose pas d’abolir les souverainetés, mais d’organiser la coopération là où elle a le plus d’effet : faciliter la mobilité des professionnels et des patients lorsque les capacités sont inégalement réparties ; mutualiser certaines fonctions critiques (achats de médicaments, cybersécurité, préparation aux crises, cybersécurité, préparation aux crises, données et interopérabilité du dossier) ; partager les retours d’expérience sur les modèles de parcours patient optimisés et de gouvernance d’établissements efficients, de prévention et de médecine personnalisée qui fonctionnent. Transformer une inquiétude partagée en projet collectif, c’est précisément ce que l’Europe sait faire lorsqu’elle se fixe un horizon. La santé n’échappe pas à cette règle : c’est en assumant nos interdépendances que nous préserverons, à long terme, la capacité de soigner. » partage Paolo Silvano, Président du Comité scientifique des risques en santé de Relyens.
Relyens plaide donc pour une organisation plus intégrée du risque. Pour ce faire, le rapport identifie plusieurs leviers : renforcer les ressources humaines et les conditions de travail, clarifier la gouvernance, développer la formation continue, structurer des cadres de gestion des risques et mobiliser un soutien public et sectoriel. « Pendant longtemps, la gestion du risque se limitait à traiter chaque crise comme un événement isolé : une pandémie, une tension budgétaire, un incident technique. », rappelle Dominique Godet, directeur général de Relyens, avant d’ajouter qu’aujourd’hui, « la réalité est plus complexe : les risques deviennent de plus en plus interdépendants. » Le document défend donc une approche systémique, dans laquelle assurance, prévention, innovation, réglementation et coopération européenne doivent mieux s’articuler.

