À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes du 8 mars, Allianz Research publie une étude inédite sur l’écart de revenus entre femmes et hommes, du premier salaire à la retraite. Le constat pour la France est sans appel : des progrès réels, mais une dynamique qui s’essouffle.
393 000 euros. C’est la perte cumulée qu’une femme de 26 ans née en 2000 peut anticiper sur l’ensemble de sa vie par rapport à un homme du même âge, en tenant compte des salaires, de l’épargne et de la retraite. Ce chiffre, publié par Allianz Research dans son étude « Closing the Gender Income Gap: From Paycheck to Pension », dresse un portrait nuancé mais préoccupant des inégalités de revenus en France. L’étude porte sur 14 pays de l’OCDE et trois générations, nées en 1975, 2000 et 2025.
Des progrès réels, mais qui ralentissent
En cinquante ans, la France a accompli des avancées significatives. L’écart total de revenus sur l’ensemble de la vie est passé de 20,5 % pour la génération née en 1975 à 10,5 % pour celle née en 2000. Mais la tendance est en train de se stabiliser, et l’écart pour la génération 2025 reste encore à 10 %. Dans la comparaison internationale, la France se classe au 4e rang parmi les 14 pays analysés, loin derrière la Suède qui devrait à long terme plus que combler cet écart (-2,4 %), et bien avant la Suisse qui affiche le plus fort écart, à 32,1 %.
Selon Ludovic Subran, directeur des investissements et économiste en chef du groupe Allianz, les disparités restent « profondément ancrées » malgré ces progrès. Sur l’ensemble de la vie active, les femmes nées en 2000 devraient gagner environ 16 % de moins que les hommes. À temps plein, le salaire horaire féminin représente entre 79 % et 100 % de celui des hommes selon l’âge, mais l’écart se creuse davantage à temps partiel.
Le temps partiel, facteur structurel numéro un
C’est le principal levier identifié par l’étude Allianz : environ 25 % des femmes travaillent à temps partiel, contre près de 7 % des hommes. Cette situation pèse lourdement sur le revenu total du travail, et donc mécaniquement sur les droits à la retraite. Cette part devrait encore diminuer pour atteindre environ 17 % à long terme. Parallèlement, le taux d’activité des femmes devrait progresser de 80 % aujourd’hui à environ 90 % d’ici la fin du siècle, rejoignant celui des hommes.
Ces évolutions positives ne suffiront toutefois pas à effacer rapidement les écarts : selon les projections, les inégalités de rémunération ne se résorberont qu’à partir des années 2070 pour la plupart des tranches d’âge. L’écart moyen annuel de revenus du travail, actuellement à environ 20 %, devrait se réduire à près de 2 % à long terme.
La retraite et l’épargne, angles morts de l’égalité
Les inégalités professionnelles se prolongent inévitablement à la retraite. En France, les pensions étant directement liées aux trajectoires de carrière, le temps partiel, les interruptions et les évolutions salariales moins dynamiques produisent par effet cumulatif de fortes inégalités de revenus au moment de la retraite.
L’étude Allianz pointe également un angle mort souvent négligé : l’épargne. Les femmes obtiennent systématiquement des résultats inférieurs à ceux des hommes en matière de culture financière, alors qu’un meilleur niveau pourrait accroître les rendements de leurs investissements jusqu’à 1,5 point de pourcentage par an. Françoise Heckmann, directrice Épargne chez Allianz France, résume l’enjeu :
« Face à ces inégalités entre les femmes et les hommes, l’éducation financière est un levier stratégique. Mieux comprendre les mécanismes de l’épargne, commencer à investir tôt et adopter une gestion active de son patrimoine sont des clés essentielles pour renforcer la résilience financière des femmes. Notre responsabilité collective est d’accompagner cette montée en compétence pour transformer un enjeu d’égalité en opportunité d’action concrète. »
Un enjeu d’autant plus urgent que les femmes accusent aussi un retard de 16 % sur les hommes dans l’adoption de l’intelligence artificielle au travail, ce qui pourrait les priver des futurs gains de productivité liés à cette technologie.

