Un adulte sur cinq aide régulièrement un proche en situation de dépendance ou de handicap, mais 61 % des salariés concernés n’en parlent pas à leur employeur. C’est le constat sans appel d’une enquête nationale. Un sujet du quotidien encore largement invisible dans le monde du travail.
Environ 5 millions de salariés en France sont aidants. Ils accompagnent un parent vieillissant, un conjoint malade, un enfant en situation de handicap, parfois plusieurs proches à la fois. Pourtant, dans l’entreprise, cette réalité reste le plus souvent tue. L’agence HOW MUCH, spécialiste de la stratégie de rémunération, publie les résultats d’une enquête nationale inédite menée du 29 janvier au 6 février 2026 auprès de 3 204 personnes, qui dresse un tableau saisissant de ce décalage.
22 % des Français déclarent avoir aidé régulièrement un proche au cours des 12 derniers mois, dont 18 % encore en situation d’aidance au moment de l’enquête. Et l’investissement est loin d’être symbolique : près de deux aidants sur trois y consacrent au moins 6 heures par semaine, et 21 % plus de 20 heures. Sans compter que 35 % d’entre eux accompagnent plusieurs proches simultanément, tandis que 36 % cumulent cette charge avec des enfants à charge, ce que l’on appelle la « génération sandwich ».
Une majorité silencieuse malgré des impacts réels sur le travail
Les conséquences professionnelles sont tangibles : 57 % des aidants déclarent une baisse temporaire de disponibilité ou de productivité, 33 % ont augmenté leur recours au télétravail, et 29 % ont connu des retards ou absences imprévues. Pourtant, 61 % n’en ont parlé à personne dans leur entreprise — ni à leur manager, ni aux RH.
Les raisons de ce silence sont multiples et révélatrices. Si 34 % invoquent la volonté de séparer vie professionnelle et vie personnelle, les freins liés à la peur dominent : peur d’un impact sur la carrière (25 %), d’être jugé (23 %), d’être perçu comme moins fiable (19 %).
Un accord aidants plébiscité, des dispositifs encore insuffisants
Du côté des solutions, les salariés aidants savent précisément ce dont ils auraient besoin. Interrogés sur les mesures qu’ils jugeraient les plus utiles dans le cadre d’un accord aidants, ils plébiscitent en premier le télétravail et les horaires flexibles activables rapidement (55 %), devant le don de jours et les congés aidants (45 %), le temps partiel temporaire sans pénalité (32 %) et l’accompagnement par un référent RH (25 %). Des attentes concrètes, opérationnelles, loin des dispositifs complexes, et qui contrastent avec la réalité du terrain : 22 % des répondants déclarent ne connaître aucune mesure dédiée dans leur entreprise, et 10 % affirment qu’il n’en existe aucune.
L’attente d’un cadre formalisé est pourtant très forte : 81 % des aidants se disent favorables à la mise en place d’un « accord aidants » dans leur entreprise, dont 46 % de manière absolue. Pour Sandrine Dorbes, créatrice de HOW MUCH et experte en stratégie de rémunération, le message est clair : l’aidance ne peut plus être traitée comme un sujet privé. C’est un enjeu d’organisation du travail, de prévention et de performance durable, qui appelle des réponses concrètes, rapides et confidentielles.

