Les Français épargnent massivement, mais leur relation à l’argent reste marquée par la prudence et le manque de confiance. Voici les principaux enseignements de l’étude Odoxa pour Abeille Assurances, par la rédaction de L’Assurance en Mouvement.
Les 5 chiffres à retenir
- 56 % des Français épargnent chaque mois
- 64 % des épargnants réguliers laissent de l’argent dormir sur un compte courant
- 51 % se jugent incompétents financièrement
- 67 % veulent être mieux accompagnés
- 57 % changeraient d’avis sur les placements dynamiques avec un conseil de confiance
Une épargne abondante… mais peu optimisée
Les Français confirment leur réputation d’épargnants prudents. Selon une étude menée par l’institut Odoxa pour Abeille Assurances auprès de 3 015 personnes en France, en Allemagne et au Royaume-Uni, 56 % des Français mettent de l’argent de côté chaque mois, avec une moyenne d’épargne représentant environ 15 % de leurs revenus.
Mais derrière cette performance apparente se cache une fragilité structurelle : 55 % des Français laissent une partie de leur argent dormir sur leur compte courant, sans rémunération et donc exposée à l’érosion de l’inflation. Ce phénomène touche même les épargnants les plus réguliers, dont 64 % déclarent conserver des sommes inactives.
Sécurité et disponibilité avant rendement
L’étude met en lumière une logique comportementale forte. Interrogés sur leurs priorités en matière d’épargne :
- 42 % privilégient la disponibilité immédiate des fonds
- 30 % la sécurité
- seulement 20 % citent le rendement comme critère principal
Ce biais en faveur de la sécurité explique en partie la sous-performance perçue de l’épargne nationale. Sur le long terme, une allocation trop prudente peut limiter la création de valeur et accentuer les effets de l’inflation.
Un paradoxe culturel : des compétences réelles, mais un manque de confiance
L’un des résultats les plus marquants concerne la perception que les Français ont d’eux-mêmes. Seuls 12 % des répondants européens considèrent les Français comme compétents en finance personnelle, loin derrière les Allemands (51 %) et les Britanniques (36 %).
Pourtant, lorsqu’un test financier concret est proposé, l’écart réel est faible :
- 68 % des Français donnent la bonne réponse à une question de calcul d’intérêt annuel (contre 69 % au Royaume-Uni et 73 % en Allemagne) ;
- 58 % s’approchent de la bonne réponse sur un horizon de dix ans.
Le constat semble clair : le problème n’est pas un déficit de connaissances, mais un déficit de confiance.
Retraite : une prudence qui coûte cher
La préparation de la retraite illustre particulièrement cette prudence excessive. Seuls 43 % des Français identifient les placements dynamiques comme adaptés au long terme, contre 53 % des Allemands et 56 % des Britanniques. Quelles conséquences directes :
- seulement 19 % investissent majoritairement leur épargne retraite sur des supports dynamiques ;
- ils sont 26 % en Allemagne et 28 % au Royaume-Uni.
Cette aversion au risque limite mécaniquement le potentiel de rendement sur plusieurs décennies, un enjeu majeur alors que la question du financement des retraites devient centrale.
Une forte attente d’accompagnement
Autre enseignement clé : les Français ne rejettent pas la finance, mais demandent davantage de pédagogie.
- 67 % souhaitent être accompagnés par un professionnel pour mieux placer leur épargne ;
- 57 % des personnes réticentes aux placements dynamiques changeraient d’avis avec un conseil de confiance.
Les moments de vie apparaissent comme des points d’entrée essentiels : héritage, achat immobilier, arrivée d’un enfant ou préparation de la retraite sont autant de situations où le besoin d’accompagnement explose.
L’école, premier levier d’amélioration
L’éducation financière ressort également comme un axe prioritaire :
- 79 % des Français souhaitent davantage de cours liés à l’épargne et à la microéconomie à l’école ;
- 71 % estiment ne pas avoir reçu une formation suffisante sur ces sujets durant leur scolarité.
Une donnée qui alimente le débat sur la place de la culture financière dans les politiques éducatives.
Des choix familiaux encore très prudents
Lorsqu’il s’agit de préparer l’avenir des enfants, les Français privilégient encore des produits simples et compréhensibles :
- 45 % citent un livret d’épargne ;
- 35 % évoquent l’assurance vie.
Un arbitrage qui illustre le poids de la dimension émotionnelle dans les décisions financières : les produits perçus comme sûrs restent largement dominants, même lorsqu’ils ne maximisent pas la performance à long terme.
Philippe Michel Labrosse, Directeur général Abeille Assurances précise « Notre étude montre bien le paradoxe qui touche nos concitoyens : les Français disposent de bases réelles de connaissances financières mais ne se font pas suffisamment confiance pour les mobiliser pleinement. Cette situation crée un frein à la performance de leur épargne. S’ils sont des champions de l’épargne, ils souffrent d’un sentiment d’incompétence persistant qui les place en retrait face à leurs voisins européens. Le défi est donc de lever leur verrou psychologique tout en poursuivant une appropriation suffisante des connaissances essentielles. »
Lecture de fond : un enjeu de confiance plus que de compétence
Au-delà des chiffres, l’étude dessine un portrait nuancé de l’épargnant français : discipliné, prudent, mais souvent freiné par une forme d’auto-censure financière.
Les données suggèrent que la progression de la culture financière ne passera pas uniquement par l’information, mais par la pédagogie, la relation de confiance et l’accompagnement personnalisé — des enjeux directement au cœur du rôle des assureurs et des conseillers en épargne.

