Dérivomètre : le CNOM balise les soins non conventionnels

Face à l’essor des soins non conventionnels et des discours pseudo-médicaux, le Conseil national de l’Ordre des médecins lance le « dérivomètre », un document à afficher et télécharger pour aider médecins et patients à repérer les dérives.

Médecines « douces », « traditionnelles », « alternatives » ou « complémentaires » : derrière ces appellations se cachent souvent des pratiques très hétérogènes. Leur point commun, selon le ministère de la Santé ? Elles ne bénéficient pas d’une reconnaissance scientifique par la médecine conventionnelle. Pourtant, en France, ces thérapies gagnent en popularité : d’après un sondage en ligne Odoxa réalisé en 2023, 51 % des Français disent avoir consulté un praticien des manipulations manuelles (ostéopathie, chiropractie, etc.), 48 % un spécialiste de médecine traditionnelle et 45 % un intervenant proposant des soins à base de plantes (aromathérapie).

Pour faire face à cette tendance, le Conseil national de l’Ordre des médecins (CNOM) a conçu un « dérivomètre » : un document d’information et de prévention destiné à encadrer les dérives liées à certaines pratiques de soins non conventionnelles. Ce document précise les frontières de l’exercice médical et aide autant les patients que les professionnels à repérer des comportements à risque.

« Le dérivomètre a été conçu comme un outil de repérage, de clarification et de protection », explique le docteur Hélène Harmand-Icher, présidente de la section Santé publique du CNOM. Le document rappelle les « lignes rouges » : poser un diagnostic, interroger un patient sur ses antécédents, tenir un discours pseudo-médical, promettre une guérison, inciter à l’arrêt d’un traitement, prescrire ou pratiquer des actes invasifs sont réservés aux professionnels de santé.

Le CNOM met en avant des signaux d’alerte concrets. « Par exemple, si quelqu’un vous dit de stopper votre chimiothérapie, votre traitement pour la thyroïde ou vous propose un toucher vaginal ou rectal, ce sont des signaux d’alerte majeurs », insiste Hélène Harmand-Icher, évoquant des risques de rupture de soins, de retards de prise en charge, d’emprise mentale ou de violences sexuelles. Présenté sous forme de fiche, le dérivomètre est notamment pensé pour être affiché dans les salles d’attente, comme support de communication entre soignants et patients.

Selon la section Santé publique du CNOM, environ 150 signalements de dérives thérapeutiques sont enregistrés chaque année : promesses de guérison, discours mystiques ou « quantiques », dénigrement de la médecine conventionnelle, pratiques commerciales agressives ou demandes financières élevées. Les situations concernent des profils variés, avec une vulnérabilité accrue chez certains patients (maladies chroniques, cancers), les jeunes très exposés en ligne, les personnes âgées ou en situation de précarité. Le CNOM souligne aussi l’effet des déserts médicaux, certains intervenants non conventionnels pouvant se montrer plus disponible, au risque d’une emprise psychologique.

L’Ordre précise ne pas vouloir condamner l’ensemble des pratiques alternatives. « Nous ne sommes pas dans la stigmatisation, affirme Hélène Harmand-Icher. Nous donnons un cadre, des limites légales et déontologiques. » En cas de dérive identifiée, le CNOM peut saisir le procureur de la République pour exercice illégal de la médecine et travailler avec la Miviludes (la Mission interministérielle de vigilance et de lutte contre les dérives sectaires). Une diffusion plus large du dérivomètre est annoncée courant 2026, avec une évaluation de son impact et d’éventuels ajustements, sur la base des retours et des signalements collectés.

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