Amérique latine : l’insurtech face au défi de la durabilité

L’insurtech latino-américaine progresse rapidement en matière d’accès à l’assurance, mais sa contribution aux enjeux de durabilité reste encore partielle. Un rapport régional inédit met en lumière les avancées, les limites et les leviers d’action pour renforcer l’impact environnemental et social du secteur.

Publié en octobre 2025, un rapport conjoint porté par le Programme des Nations unies pour le développement et l’Alianza Insurtech Panamericana propose la première analyse régionale dédiée à la durabilité dans l’insurtech en Amérique latine et dans les Caraïbes. L’étude s’appuie sur des données issues d’entreprises implantées en Argentine, au Chili, en Colombie, en Équateur, au Mexique et en République dominicaine. Elle examine à la fois l’intégration des critères environnementaux, sociaux et de gouvernance dans les opérations internes et l’impact réel des produits et services proposés. Pour les acteurs de l’assurance, ce travail constitue un repère structurant pour évaluer la maturité du secteur sur les enjeux ESG.

L’innovation comme levier d’inclusion et de résilience

La digitalisation rapide de l’assurance a permis à de nombreuses insurtechs d’élargir l’accès à la protection pour des populations historiquement sous-assurées. Intelligence artificielle, blockchain et automatisation des parcours clients favorisent une baisse des coûts et une meilleure adaptabilité des offres. Le rapport souligne toutefois que, malgré ce potentiel, les insurtechs n’exploitent encore qu’environ 40 % des pratiques de durabilité évaluées. Cette situation révèle un décalage entre les engagements affichés et la capacité à transformer l’innovation technologique en impact mesurable sur la société et l’environnement.

Une contribution inégale aux objectifs de développement durable

L’analyse met en évidence des avancées contrastées selon les thématiques. Les solutions liées à la santé et au bien-être occupent une place importante, près de la moitié des entreprises proposant des produits incluant télémédecine ou accompagnement psychologique. En matière d’égalité femmes-hommes, un tiers des insurtechs ont développé des offres dédiées, mais la mise en œuvre reste incomplète. À l’inverse, les assurances agricoles, de pêche ou d’élevage demeurent peu représentées, limitant la contribution à la sécurité alimentaire. Les risques climatiques non agricoles constituent également un angle mort, seuls 20 % des acteurs ayant conçu des produits spécifiques dans ce domaine, alors même que la région est fortement exposée aux aléas climatiques.

Le rôle structurant des partenariats

Les partenariats apparaissent comme un moteur clé de la durabilité. Plus de 40 % des entreprises étudiées ont noué des collaborations stratégiques avec des acteurs publics, privés ou multilatéraux. Ces alliances facilitent l’expérimentation de nouveaux modèles assurantiels, la mutualisation des données et le financement de solutions innovantes. Pour le secteur de l’assurance, cette dynamique souligne l’importance de la coopération public-privé afin de renforcer la résilience économique et la protection du patrimoine des populations vulnérables.

Une feuille de route pour accélérer la transformation

Le rapport propose une trajectoire d’action à destination des entreprises, des régulateurs, des investisseurs et des institutions publiques. Il appelle à une meilleure cohérence entre pratiques internes et offres commerciales, à des cadres réglementaires incitatifs et à des mécanismes de financement innovants. L’objectif est de faire de l’insurtech un vecteur central de l’inclusion financière, de l’adaptation climatique et de la croissance durable en Amérique latine, tout en renforçant la crédibilité du secteur auprès des assureurs traditionnels et des autorités de supervision.

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