Face à l’intensification des catastrophes climatiques, l’Afrique subit des pertes humaines et économiques majeures, dans un contexte de faible couverture assurantielle. L’assurance paramétrique apparaît comme un levier structurant pour améliorer la gestion des risques climatiques et renforcer la résilience des États et des populations les plus vulnérables.
Le continent africain concentre une vulnérabilité climatique particulièrement élevée. Près de 40 % de la population vit en situation d’extrême pauvreté, ce qui réduit fortement les capacités d’absorption des chocs liés aux catastrophes naturelles. Selon les données issues de l’African Economic Outlook, l’Afrique perd chaque année entre 5 % et 15 % de son produit intérieur brut en raison du changement climatique, alors même qu’elle ne représente qu’environ 3 % des émissions mondiales de CO₂. Cette asymétrie structurelle pose un défi majeur aux systèmes d’assurance traditionnels, souvent inadaptés à la fréquence et à la gravité croissantes des sinistres.
Le principe de l’assurance paramétrique expliqué
L’assurance paramétrique, également appelée assurance indicielle, repose sur un mécanisme distinct de l’assurance indemnitaire classique. Les indemnisations ne sont pas conditionnées à l’évaluation des dommages réels, mais déclenchées automatiquement lorsque certains paramètres prédéfinis sont atteints, comme un niveau de précipitations, une intensité cyclonique ou une durée de sécheresse mesurée par des données satellitaires. Ce modèle permet des décaissements rapides, souvent en quelques jours, et offre une grande transparence dans les règles de déclenchement, un atout clé pour les États confrontés à des urgences humanitaires.
Une réponse structurelle aux limites de l’aide humanitaire
Les mécanismes traditionnels d’aide internationale restent largement réactifs, dépendants d’appels aux dons et de délais administratifs importants. En l’absence de solutions anticipées, les gouvernements sont contraints de redéployer des budgets initialement destinés au développement, à l’éducation ou à la santé. L’assurance paramétrique permet au contraire de préfinancer le risque, en associant les contrats à des plans de contingence validés en amont. Les fonds sont ainsi disponibles immédiatement après le sinistre et orientés vers des actions ciblées, favorisant une gestion plus efficace et plus responsable des ressources publiques.
Des premiers cas concrets en Afrique subsaharienne
Plusieurs pays africains ont déjà expérimenté ces dispositifs avec des résultats tangibles. Madagascar a été le premier État africain à souscrire une couverture paramétrique cyclonique auprès d’African Risk Capacity (ARC). Après le passage du cyclone Batsirai en 2022, une indemnisation de 10,7 millions de dollars a été versée, permettant une intervention rapide dans les zones les plus touchées. Des précédents existaient déjà en matière de sécheresse, avec des actions ciblées en faveur de la nutrition infantile et de l’accès à l’eau. Le Malawi a également bénéficié d’un versement de 14,2 millions de dollars à la suite d’une sécheresse agricole majeure, illustrant la capacité de ces dispositifs à soutenir la stabilité économique et sociale.
Un potentiel important, mais une couverture encore marginale
Malgré ces succès, le déficit de protection reste considérable. En Afrique, près de 97 % des pertes liées aux catastrophes naturelles ne sont pas assurées, ce qui souligne l’ampleur du protection gap. Les besoins humanitaires, comme dans la Corne de l’Afrique, dépassent largement les montants actuellement couverts par les mécanismes assurantiels existants. L’enjeu n’est donc plus seulement expérimental, mais systémique : démocratiser l’assurance paramétrique, renforcer la compréhension de ces outils par les décideurs publics et structurer des partenariats public-privé capables de soutenir une montée en charge à l’échelle continentale.

